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Le Japon a gréé un vraquier d’une voile rigide de 55 m en 2022 : trois ans plus tard, ce qu’elle fait gagner sur le fioul tient en un seul chiffre

Le Japon a gréé un vraquier d'une voile rigide de 55 m en 2022 : trois ans plus tard, ce qu'elle fait gagner sur le fioul ...

Dix-sept pour cent. C’est le gain maximal de consommation de fioul obtenu certains jours par le Shofu Maru, ce vraquier japonais équipé d’une voile rigide télescopique de 54 mètres de haut. En moyenne sur un voyage complet, l’économie tombe à 5-8%, mais le signal envoyé à toute l’industrie maritime est sans équivoque : le vent peut redevenir un carburant sérieux pour le transport de marchandises lourdes.

Le vraquier charbonnier Shofu Maru a confirmé que le navire a atteint des économies de carburant quotidiennes allant jusqu’à 17% et des économies moyennes par voyage de 5 à 8%. Ces chiffres, communiqués par l’armateur japonais Mitsui O.S.K. Lines (MOL), ne sortent pas d’un laboratoire ou d’une simulation informatique. Ils proviennent de mesures réelles, effectuées voyage après voyage, sur une ligne commerciale bien réelle entre l’Australie, l’Indonésie, l’Amérique du Nord et le Japon.

À retenir

  • Un chiffre surprenant révèle l’efficacité réelle de cette technologie après trois années d’exploitation commerciale
  • Comment une voile composite de 18 étages se déplie automatiquement en pleine mer sans intervention humaine
  • L’armateur japonais MOL prévoit 80 navires équipés d’ici 2035 : un tournant majeur pour la décarbonation maritime

Un vraquier de 100 000 tonnes propulsé par une aile géante

Le Shofu Maru n’a rien d’un prototype expérimental caché dans un chantier naval. Le navire de 100.000 tonnes de port en lourd a été équipé de la voile rigide télescopique Wind Challenger lors de sa construction dans le chantier Oshima Shipbuilding, sur l’île de Kyushu. Livré en octobre 2022, il assure depuis un service dédié pour le compte de Tohoku Electric Power, un énergéticien japonais qui exploite plusieurs centrales à charbon.

La technicité de l’installation mérite qu’on s’y attarde. Replié, le dispositif de quatre panneaux conçu avec le chantier mesure 15 mètres de haut, pour 20 de large. Il atteint 54 mètres de haut une fois déployé, soit l’équivalent d’un immeuble de 18 étages qui se déplie en pleine mer. Placée à la proue du navire, cette voile composite fonctionne en totale autonomie : elle ajuste seule son angle et sa surface exposée selon la direction et la force du vent, sans intervention humaine. Un choix d’ingénierie qui change tout par rapport aux gréements traditionnels, où l’équipage devait manœuvrer manuellement.

Sur le papier, les promesses initiales visaient une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 5% sur la ligne Japon-Australie et de 8% entre le Japon et la côte ouest américaine, par rapport à un navire conventionnel. Trois ans d’exploitation réelle ont permis d’aller plus loin que ces estimations théoriques.

Le bilan après 18 mois d’exploitation réelle

MOL a livré son verdict après une période d’observation suffisamment longue pour écarter tout effet d’aubaine ponctuel. Sur environ 18 mois depuis la livraison du Shofu Maru en octobre 2022, MOL a mesuré en continu la performance du Wind Challenger lors de voyages réels, et confirmé que la voile réduisait la consommation quotidienne de carburant jusqu’à 17%, et de 5 à 8% par voyage en moyenne. Ce suivi ne repose pas sur une méthode maison : l’effet des économies de carburant est calculé selon une méthode vérifiée par le Lloyd’s Register of Shipping, basé au Royaume-Uni.

Le navire a eu le temps de faire ses preuves sur le terrain. Le Shofu Maru a effectué un total de sept voyages aller-retour vers le Japon, principalement depuis l’Australie, l’Indonésie et l’Amérique du Nord, en tant que navire de transport dédié pour Tohoku Electric Power. Un détail technique explique pourquoi le gain fluctue autant selon les journées : même en fonctionnement, le Wind Challenger ne produit pas de poussée en cas de vent contraire. L’effet des économies de carburant dépend largement des conditions de vent rencontrées par le navire. la voile n’est pas un gadget marketing qui fonctionne uniquement dans des conditions idéales, mais un dispositif dont l’efficacité varie honnêtement avec la météo, comme n’importe quel voilier depuis toujours.

MOL passe à la vitesse supérieure

Le succès du Shofu Maru n’est plus resté un cas isolé. Un deuxième navire, le vraquier Ultramax Green Winds, un vraquier de 63 896 tpl, est le deuxième des neuf navires du groupe MOL qui ont été ou seront équipés du Wind Challenger. Puis, en avril 2026, l’armateur a franchi une étape symbolique en installant le système non plus sur un navire neuf, mais sur un cargo déjà en service : cette réalisation marque la première installation mondiale en rétrofit du Wind Challenger sur un navire actuellement en service. Il s’agit du troisième navire de MOL équipé du Wind Challenger, après le vraquier charbonnier Shofu Maru et le vraquier Ultramax Green Winds de 64 000 tpl.

L’ambition affichée dépasse largement le charbon. MOL vise carrément le transport de gaz liquéfié : il a été décidé d’installer deux voiles Wind Challenger sur un nouveau méthanier construit à neuf, qui doit être livré en 2026 et marquera le premier méthanier au monde équipé de systèmes de propulsion assistée par le vent. Un design encore plus poussé est même à l’étude pour le transport de CO2 liquéfié, avec une approbation de principe obtenue le 14 avril 2026 pour un porte-conteneurs de CO2 liquéfié équipé de trois unités de Wind Challenger.

Ces jalons s’inscrivent dans une trajectoire chiffrée précise. MOL prévoit d’étendre le nombre de navires équipés du Wind Challenger à 25 d’ici 2030 et 80 d’ici 2035. À ce jour, trois navires ont déjà été livrés, et l’installation a été confirmée pour un total de huit navires, dont deux méthaniers dont la livraison est prévue en 2026. Un rythme qui tranche avec l’image d’un secteur maritime englué dans le fioul lourd depuis deux siècles.

Le projet le plus audacieux reste toutefois ailleurs, dans un programme baptisé Wind Hunter, qui pousse la logique encore plus loin : transformer le vent capté par les voiles non plus seulement en propulsion, mais en hydrogène vert stocké à bord. En mars 2025, ce navire expérimental a franchi une étape inédite en livrant à terre de l’hydrogène produit en pleine mer, une première mondiale selon l’armateur. De quoi rappeler que la voile rigide japonaise, née pour économiser du fioul sur un vraquier de charbon, sert désormais de brique de base à une ambition bien plus vaste : faire des cargos de véritables usines énergétiques flottantes.

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