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Plus personne n’enverra de rover rouler sur Titan : voici ce que la NASA finance pour descendre dans ses grottes

Plus personne n'enverra de rover rouler sur Titan : voici ce que la NASA finance pour descendre dans ses grottes

Un aérobot sphérique de la taille d’un ballon, propulsé par un moteur ionique silencieux, capable de se glisser dans un gouffre glacé à moins 180°C : voilà ce que la NASA vient de financer pour explorer les entrailles de Titan, la plus grande lune de Saturne. Le projet s’appelle SPARK, et il part d’un constat simple : aucun rover ne pourra jamais rouler sur ce terrain.

À retenir

  • Pourquoi la NASA abandonne définitivement l’idée du rover sur Titan ?
  • Quel concept technologique révolutionnaire pourrait changer la donne ?
  • Quelle est cette fenêtre de tir que SPARK risque de manquer ?

Titan, un paysage trop hostile pour un rover

Titan n’est pas une lune comme les autres. C’est le seul endroit du système solaire, en dehors de la Terre, connu pour posséder des étendues de liquide, avec des lacs, des rivières et des mers en surface, et un cycle proche de celui de l’eau, avec des précipitations qui s’évaporent. Mais il ne s’agit pas d’eau : ce sont des hydrocarbures, méthane et éthane en tête, qui sculptent la surface de cette lune orange et brumeuse.

Cette chimie particulière façonne un relief qu’on appelle karstique, comme certaines régions calcaires sur Terre. Titan est recouverte de rivières, de lacs et de mers d’hydrocarbures comme le méthane et l’éthane, ainsi que d’un étrange terrain karstique incluant des gouffres et des grottes souterraines. Résultat : aucun rover ne pourrait facilement traverser cette surface, mais des véhicules volants pourraient avoir plus de succès. Le sol y est trop instable, trop percé de failles et de cavités pour qu’un engin à roues survive plus de quelques mètres.

C’est justement dans ces cavités que se cache l’intérêt scientifique majeur. D’après l’équipe du projet, Titan abrite aussi beaucoup de terrain karstique et de grottes souterraines, des endroits où il est très probable que l’on trouve des choses intéressantes, y compris quelque chose d’aussi excitant que la vie sous une forme ou une autre. Autant dire que ces trous noirs dans le paysage titanien sont devenus la cible prioritaire des prochaines générations d’explorateurs robotiques.

SPARK : des essaims de sphères volantes propulsées par des ions

Le concept porte un nom qui sonne presque comme un jeu de mots pour geeks de l’espace : SPARK, ou Solid-state Propulsion for Autonomous Reconnaissance of Karst. Derrière l’acronyme, un chercheur bien précis : Daniel Drew, professeur assistant à l’Université d’Hawaï à Mānoa, qui planche sur ces technologies depuis ses études doctorales à Berkeley.

L’idée tient en une phrase, ou presque : développer de petits véhicules plus légers que l’air (“aérobots”) qui pourraient être déployés selon les besoins par un vaisseau plus grand pour entrer et naviguer dans les grottes. Pas un seul robot isolé, donc, mais potentiellement un essaim de petites sphères capables de se répartir la tâche d’exploration.

Le choix technologique est tout aussi singulier. Plutôt que des hélices ou des rotors classiques, l’équipe mise sur la propulsion électrohydrodynamique, des propulseurs électrohydrodynamiques distribués (“propulseurs ioniques atmosphériques”), qui sont à la fois entièrement à l’état solide et pratiquement silencieux. Concrètement, pas de pièces mobiles, pas de lubrifiant susceptible de geler dans le froid glacial de Titan. Un vrai avantage quand on sait que les rotors ou hélices mécaniques nécessitent des pièces mobiles et des lubrifiants liquides qui peuvent geler dans les températures glaciales de Titan, alors que les propulseurs ioniques génèrent un mouvement quasi silencieux.

Le calcul de Daniel Drew est particulièrement séduisant sur le papier : la propulsion EHD pourrait fonctionner plus de 100 fois plus efficacement sur Titan que sur un lieu à gravité plus élevée comme la Terre, offrant deux fois le rapport poussée-puissance des rotors traditionnels tout en générant quasiment aucun souffle turbulent. Ce dernier point n’est pas un détail : cette perturbation minimale de l’air est essentielle pour préserver les dépôts organiques potentiellement fragiles et scientifiquement précieux sur les parois des grottes et les sédiments du sol. un rotor classique risquerait de souffler et de disperser les indices chimiques mêmes que l’on cherche à étudier. Un comble.

Un financement modeste, une ambition à très long terme

Ne nous emballons pas trop vite : SPARK n’est encore qu’une esquisse sur le papier. Le projet a été retenu dans le cadre du programme NIAC (NASA Innovative Advanced Concepts), qui fournit chaque bourse de Phase I jusqu’à 175 000 dollars pour une étude initiale de neuf mois. Une somme qui paraît minuscule à l’échelle spatiale, mais qui correspond justement à la philosophie du programme : financer des idées encore trop immatures pour prétendre au statut de mission officielle, puisque les projets NIAC se concentrent sur le développement de concepts précoces et ne sont pas considérés comme des missions officielles de la NASA.

Cette année, l’enveloppe globale du programme reste elle aussi mesurée : un total de 3,2 millions de dollars répartis entre 18 idées visionnaires pour explorer l’univers environnant. SPARK n’est donc qu’une goutte dans un océan de projets exploratoires, aux côtés notamment d’un concept de sous-marin pour les mers de Titan ou d’un projet visant à descendre dans un puits lunaire de la Mer de la Tranquillité.

Pour l’instant, l’équipe de Daniel Drew doit surtout prouver que son idée tient debout. La première phase de la bourse durera neuf mois, durant lesquels l’équipe prévoit d’identifier les sous-systèmes prioritaires, notamment ceux liés à l’alimentation électrique, et de simuler l’impact thermique sur le système énergétique. Si les résultats convainquent, une deuxième phase pourrait suivre, plus longue et plus coûteuse : pour un calendrier de lancement plus réaliste, SPARK devra au moins achever la deuxième phase du programme, qui pourrait durer jusqu’à deux ans.

Dragonfly, la fenêtre de tir qui se referme

Le timing est le vrai casse-tête de ce projet. La NASA prépare déjà sa mission phare vers Titan, Dragonfly, un drone rotor destiné à survoler la surface de la lune. Mais le lancement de la mission Dragonfly de la NASA vers Titan est actuellement prévu pour 2028, sans que Drew puisse dire si les aérobots seraient prêts à temps pour rejoindre cette mission. Le calcul est simple : deux ans de développement en Phase 2, plus les tests, plus l’intégration au vaisseau. Difficile de tenir les délais.

Le chercheur lui-même reste prudent sur la question, reconnaissant à demi-mot que “où cela se situe par rapport au calendrier actuel de la mission Titan, en supposant que nous ayons manqué la fenêtre pour Dragonfly ? Je ne sais pas,” a dit Drew à propos de SPARK. Mais il garde une référence en tête qui donne du souffle au projet : l’hélicoptère martien Ingenuity, censé effectuer une poignée de vols de démonstration et qui en a finalement réalisé 72 vols, plus de dix fois ce que la mission de démonstration sur la planète rouge était censée accomplir. Si un petit hélicoptère a pu dépasser toutes les attentes sur Mars, rien n’interdit à un essaim de sphères ioniques de faire de même dans les grottes glacées de Titan, quel que soit le vaisseau qui finira par les y déposer.

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