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Jeff Bezos a fait creuser une horloge de 150 mètres dans une montagne du Texas dès 2018 : ce qu’elle attend pour sonner n’est pas une panne

Jeff Bezos a fait creuser une horloge de 150 mètres dans une montagne du Texas dès 2018 : ce qu'elle attend pour sonner n'...

Deux mille vingt-six. L’horloge la plus lente du monde continue de tourner à l’intérieur d’une montagne texane, sans qu’aucun être humain n’ait jamais entendu sonner sa première cloche. Ce n’est ni un oubli, ni un raté technique : c’est le principe même du projet. L’Horloge du Long Maintenant, aussi appelée l’horloge des 10 000 ans, est une horloge mécanique en cours de construction conçue pour garder le temps pendant 10 000 ans. Et elle a été pensée pour ne carillonner qu’une fois par siècle, voire une fois par millénaire pour son coucou.

Le financement de la fabrication et de la construction de ce premier prototype grandeur nature est assuré par le fonds d’investissement de Jeff Bezos, Bezos Expeditions, à hauteur de 42 millions de dollars, sur un terrain que Bezos possède dans les montagnes de la Sierra Diablo au Texas. Un chiffre à mettre en perspective : c’est à peu près ce que rapporte Amazon en… quelques minutes de chiffre d’affaires mondial. Mais là, l’argent ne finance pas un entrepôt logistique, mais un mécanisme qui ne montrera jamais de bénéfice au sens où on l’entend habituellement.

À retenir

  • Une horloge de la taille de la Tour Eiffel enfouie verticalement dans la roche du Texas
  • Aucune cloche n’a sonné depuis 2018 et ce n’est absolument pas une erreur technique
  • Elle produit une mélodie différente chaque jour pendant 10 000 ans grâce à Brian Eno

Une montagne évidée pour un mécanisme qui ne dépassera jamais l’humain

Le chantier a commencé bien avant que le grand public n’en entende parler. En 2012, Bezos avait annoncé qu’ils venaient tout juste de terminer de creuser le puits vertical de 152 mètres de profondeur destiné à accueillir l’horloge. Il aura donc fallu attendre 2018 pour que l’installation à proprement parler commence, une fois le gros œuvre souterrain achevé.

Les dimensions donnent le vertige. L’horloge, entièrement mécanique, mesure 150 mètres de haut et doit fonctionner pendant 10 000 ans. Pour situer l’échelle : c’est à peu près la hauteur de la Tour Eiffel enfouie verticalement dans la roche. Les équipes ont dû utiliser des méthodes peu conventionnelles pour percer la montagne. Un escalier long et sinueux a été taillé directement dans le calcaire à l’aide d’un robot de découpe de roche spécialement conçu à Seattle. Rien n’a été laissé au hasard, pas même la manière de descendre voir les rouages.

Le mécanisme repose sur une logique radicalement différente de celle d’une montre classique. Les ouvriers ont commencé à assembler le système d’alimentation principal de l’horloge, qui comprend un poids de 4 500 kilogrammes et une station d’enroulement à trois branches que les futurs visiteurs pourront actionner pour continuer à faire tourner l’horloge. sans visiteurs, pas de mouvement complet : l’engin dépend en partie de l’énergie humaine pour afficher l’heure. Une manière assez ironique de rappeler que le temps long a quand même besoin du présent pour exister.

Pourquoi la cloche ne sonne pas encore (et ce n’est pas une panne)

Le cœur du projet, c’est justement cette lenteur revendiquée. L’inventeur Danny Hillis voulait construire une horloge qui tique une fois par an, dont l’aiguille des siècles avance une fois tous les 100 ans, et dont le coucou sort au millénaire, pour les 10 000 prochaines années. Ce n’est donc pas un défaut de fabrication si personne n’a encore entendu la grande sonnerie : le mécanisme est volontairement bridé pour ne marquer que les jalons du temps long, pas les secondes qui rythment nos existences.

Le système sonore, lui, a été confié à un nom que peu attendraient sur un chantier de génie civil. Le musicien Brian Eno, membre du conseil d’administration de la Long Now Foundation, a conçu un générateur de mélodie « qui ne se répète jamais », capable de jouer un son de carillon différent chaque jour pendant 10 000 ans. Concrètement, ce dispositif est capable de produire plus de 3,5 millions de séquences uniques de sonneries de cloches, une pour chaque jour où l’horloge sera visitée durant les dix prochains millénaires. Aucune combinaison ne se répétera jamais deux fois. On parle d’une œuvre musicale générative pensée pour survivre à toutes les civilisations qui l’écouteront.

La mécanique interne fonctionne d’ailleurs sans électricité au sens classique. L’horloge est alimentée par l’énergie mécanique captée grâce à la différence de température entre le jour et la nuit, ainsi que par les visiteurs eux-mêmes. Les matériaux principaux utilisés sont des grades spéciaux d’acier inoxydable, du titane et des roulements à billes en céramique fonctionnant à sec. Le choix de la céramique n’est pas anodin : tous les roulements de l’horloge sont en céramique technique, et comme ces roulements sont si durs et tournent à très faible vitesse, ils ne nécessitent aucune lubrification, ce qui évite qu’ils n’attirent des impuretés susceptibles de les user avec le temps. Pas de graisse, pas d’entretien courant : tout a été pensé pour qu’aucune main humaine n’ait besoin d’intervenir pendant des générations.

Un pèlerinage plutôt qu’une visite touristique

Aucune date d’achèvement n’a jamais été communiquée, et ce flou est assumé. Les travaux se poursuivent sans qu’aucune date d’achèvement n’ait été fixée, et le site n’est donc pas encore ouvert au public. La localisation elle-même relève du défi logistique : le site se trouve dans un lieu reculé de la chaîne montagneuse de la Sierra Diablo, dans l’ouest du Texas, à environ 150 miles de l’aéroport le plus proche.

Le jour où l’accès sera enfin ouvert, il ne s’agira pas d’une simple excursion en bus climatisé. Selon le site de la fondation, pour voir l’horloge, il faudra partir à l’aube, comme pour tout pèlerinage, et une journée de marche sera nécessaire pour atteindre ses rouages intérieurs. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer pour un projet aussi coûteux, l’horloge sera gratuite à visiter, mais le nombre de visiteurs sera limité afin de préserver l’intégrité et le mystère du lieu. Pas de billetterie, pas de boutique de souvenirs à l’entrée : juste une marche, un silence, et des rouages qui bougent plus lentement que n’importe quelle vie humaine.

Reste une question que Bezos lui-même a posée en des termes presque testamentaires. « Sur la durée de vie de cette horloge, les États-Unis n’existeront plus… Des civilisations entières naîtront et s’effondreront. De nouveaux systèmes de gouvernement seront inventés… en l’an 4000, vous verrez cette horloge et vous vous demanderez : pourquoi diable ont-ils construit ça ? » avait-il confié. Une chose est sûre : le jour où le coucou millénaire sortira enfin de sa cachette de pierre, ni Bezos, ni personne vivant aujourd’hui ne sera là pour l’entendre. C’est précisément le pari.

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