Un appareil sans écran capable de comprendre son environnement par la voix, la caméra et des capteurs ambiants. C’est le pari fou que prépare OpenAI depuis qu’elle a mis la main, en 2025, sur le studio de Jony Ive pour la somme record de 6,5 milliards de dollars. L’ancien designer en chef d’Apple, celui qui a façonné l’iPhone, l’iPod et l’iPad, planche désormais sur ce qui pourrait devenir le premier objet capable de rivaliser avec le smartphone depuis près de vingt ans.
À retenir
- Pourquoi OpenAI a-t-elle dépensé plus de 6 milliards pour le studio d’un designer d’Apple ?
- Comment un appareil sans écran pourrait-il devenir plus révolutionnaire que le smartphone ?
- Quels obstacles cachés menacent le lancement prévu pour 2026 ?
Une acquisition record qui a fait trembler la Silicon Valley
L’opération a été annoncée le 21 mai 2025 et officiellement bouclée un mois et demi plus tard. OpenAI a complété son opération à près de 6,5 milliards de dollars, entièrement en actions, pour racheter le studio de matériel cofondé par l’ancien directeur du design d’Apple Jony Ive, scellant l’entrée du fabricant de ChatGPT dans le marché du hardware. Ce n’était pas un coup de tête isolé : OpenAI détenait déjà une participation de 23 % dans io et a investi 5 milliards de dollars supplémentaires, l’opération entièrement en actions totalisant 6,5 milliards de dollars au total. Un montant qui fait de ce rachat, de loin, la plus grosse acquisition jamais réalisée par l’entreprise.
Derrière la marque io se cachait une équipe resserrée mais redoutable. Ive avait fondé io aux côtés des ingénieurs Scott Cannon, Evans Hankey et Tang Tan, des noms qui ont façonné des produits Apple parmi les plus vendus au monde. Au total, ce sont 55 employés qui ont rejoint OpenAI, founders inclus. Détail qui a son importance : LoveFrom, le studio créatif d’Ive fondé avec Marc Newson, n’a pas été racheté. OpenAI n’acquiert pas LoveFrom, mais les deux organisations maintiendront un partenariat créatif étroit, LoveFrom continuant de diriger les efforts de design pour OpenAI. Ive garde une main libre en dehors du navire OpenAI, tout en pilotant sa direction artistique de l’intérieur.
Un objet pensé pour disparaître, pas pour briller
Sur le papier, la promesse est presque paradoxale pour un designer qui a passé sa carrière à sculpter des écrans devenus iconiques. Le nouvel appareil d’OpenAI est attendu comme un objet de poche, sans écran, et contextuellement conscient, captant des informations de son environnement via des caméras et microphones intégrés. Fini le geste réflexe de sortir son téléphone pour taper une requête : ici, on parlerait à l’appareil comme on parlerait à un proche, et il répondrait en tenant compte du lieu, du moment, de la situation.
Sam Altman ne cache pas son enthousiasme depuis qu’il a vu les premiers prototypes. En novembre 2025, il confiait que « nous avons enfin les premiers prototypes » et qu’il « n’arrivait pas à croire à quel point le travail était bluffant et excitant ». Une déclaration qui tranche avec le flou habituel entourant ce projet resté secret pendant des mois. Le positionnement stratégique, lui, est plus limpide : la logique d’OpenAI consiste à contrôler l’ensemble de la chaîne IA, matériel, logiciel et modèles, plutôt que de dépendre des plateformes d’Apple ou de Google. Une manière polie de dire qu’OpenAI ne veut plus être locataire de l’App Store.
Le concept revendiqué, celui d’un calm computing, sonne presque comme une critique à peine voilée de l’industrie qui l’a précédé. L’entreprise entre dans le hardware grand public avec un appareil pensé pour réduire l’addiction aux écrans plutôt que pour concurrencer frontalement le smartphone. Difficile de ne pas y voir une pointe d’ironie : c’est justement l’héritage de Jony Ive, avec des objets aussi séduisants qu’accaparants, que ce nouveau projet tente en partie de corriger.
Des obstacles techniques qui repoussent le calendrier
Tout n’est pas si simple derrière les paillettes de la présentation. Le Financial Times a révélé que le duo Altman-Ive butait sur des questions loin d’être anecdotiques. L’objectif est un appareil de la taille de la paume de la main, sans écran, capable de capter des indices audio et visuels de l’environnement physique pour répondre aux demandes des utilisateurs. Mais des questions non résolues autour de la « personnalité » de l’appareil, de la gestion de la vie privée et de l’infrastructure de calcul pourraient retarder le lancement. Rien d’anodin quand on sait qu’un micro et une caméra allumés en permanence dans un salon soulèvent immédiatement des questions de confidentialité.
Autre complication, plus terre-à-terre : le nom même du produit a dû être abandonné. OpenAI a abandonné le nom « io » pour le hardware et annonce qu’un nouveau nom sera dévoilé, suite à un litige de marque. Et la tension avec l’ancien employeur de Jony Ive ne se limite pas à une bataille de marque : une plainte d’Apple déposée en juillet 2026 affirme que plus de 400 anciens employés d’Apple travaillent désormais chez OpenAI. Un chiffre qui donne le vertige et qui explique pourquoi Cupertino observe ce projet avec une nervosité à peine dissimulée.
Foxconn, 50 millions d’unités et un calendrier serré
Malgré les turbulences, OpenAI n’a jamais paru vouloir ralentir la cadence. Lors du Forum économique mondial de Davos, en janvier 2026, le directeur des affaires internationales de l’entreprise a confirmé le calendrier. Chris Lehane a confirmé que la société dévoilera son premier appareil grand public au second semestre 2026, précisant que ce lancement figurait « parmi les grandes attractions à venir pour OpenAI en 2026 ». Les ambitions industrielles donnent le tournis : une production initiale de 40 à 50 millions d’unités est visée via le partenaire de fabrication Foxconn, avec un déplacement de la fabrication depuis Luxshare en Chine vers Foxconn, une partie de la production étant attendue aux États-Unis.
Reste que l’histoire récente du secteur invite à la prudence. Les tentatives précédentes d’appareils IA autonomes se sont soldées par des échecs cuisants, et OpenAI le sait mieux que quiconque : les précédentes tentatives de création d’appareils IA ont échoué, l’AI Pin de Humane et le Rabbit R1 ayant reçu des critiques extrêmement négatives et s’étant révélés ruineux pour les entreprises qui les ont conçus. Ive et Altman jouent donc gros : reproduire l’alchimie de l’iPhone, sans en reproduire les écueils, avec un objet qui n’a même pas encore de nom officiel à quelques mois de sa sortie annoncée.
Sources : geeky-gadgets.com | builtinsf.com | cnbc.com

