Le bouton Recherche Google, fidèle compagnon de la page d’accueil depuis plus d’un quart de siècle, est en train de s’effacer pour une partie des internautes. Une nouvelle version de la page d’accueil Google a été repérée, et elle supprime le bouton Google Search pour faire de la place aux outils d’IA, remplaçant ce bouton par trois raccourcis vers des fonctionnalités d’intelligence artificielle. Concrètement, l’utilisateur qui atterrit sur cette version voit toujours le champ de recherche familier, mais plus le bouton juste en dessous.
À la place ? Google met en avant AI Mode, Create images, Ask about files et Brainstorm. plutôt que de vous inviter à taper un mot-clé et à cliquer pour obtenir une page de liens, la firme de Mountain View vous pousse vers la génération d’images, l’analyse de documents ou une conversation ouverte avec son assistant. Détail qui ne manquera pas de faire sourire les nostalgiques : le bouton I’m Feeling Lucky, lui, survit. Comme s’il était devenu, selon la formule d’un média américain, une sorte de relique dont personne n’ose se débarrasser.
Ce n’est pas une rumeur en l’air. Robby Stein, vice-président de Google Search, a confirmé dans un message sur X qu’il s’agissait bien d’un test mené auprès d’un petit nombre d’utilisateurs. Il a tenu à rassurer : les changements de boutons n’affectent pas la fonctionnalité principale de la recherche, qui affiche toujours les résultats classiques de Google lorsqu’on appuie sur Entrée. Le message est clair : on ne supprime rien, on réorganise l’affichage. Mais réorganiser l’affichage d’une page vue par des milliards de personnes chaque jour n’a jamais rien d’anodin.
À retenir
- Le bouton Google Search, pilier de la page d’accueil depuis 25 ans, s’efface progressivement
- Google propose à sa place des raccourcis vers l’IA : génération d’images, analyse de documents et mode conversation
- Ces nouvelles fonctionnalités sont accessibles sans compte Google, sauf la génération d’images
Où et pour qui apparaît cette nouvelle interface
Le site spécialisé Search Engine Watch, qui a repéré le changement en premier, a pu reproduire l’expérience sur plusieurs navigateurs. L’équipe a observé cette page d’accueil en utilisant Google Search dans la version stable de Chrome sans compte connecté, et a vu la même mise en page dans Microsoft Edge et dans le navigateur Comet de Perplexity. Le test n’est donc pas lié à un navigateur en particulier : il semble dépendre du statut de connexion de l’utilisateur, pas de l’outil qu’il utilise pour naviguer.
Et c’est justement là que se trouve la clé de l’énigme. La page d’accueil change de configuration après une connexion à un compte Google : les trois raccourcis IA disparaissent après la connexion et reviennent après une déconnexion. En clair, si vous êtes connecté à votre compte Gmail ou YouTube en permanence sur votre ordinateur, vous ne verrez probablement jamais cette version test. Elle cible spécifiquement les visiteurs anonymes, ceux qui arrivent sur google.com sans être identifiés. Une stratégie qui a du sens : c’est justement ce public, moins captif, que Google cherche visiblement à convertir aux usages de l’IA générative.
Des outils accessibles même sans compte Google
Le détail le plus surprenant de ce test ne réside pas dans l’esthétique, mais dans l’accessibilité de ces nouveaux boutons. On aurait pu imaginer une simple vitrine publicitaire, cliquable mais inutilisable sans inscription. Il n’en est rien. Dans les essais menés par Search Engine Watch, les fonctions Ask about files et Brainstorm ont fonctionné sans compte Google, et le Mode IA a également pu être utilisé en étant déconnecté. Seule la génération d’images a nécessité un compte Google, sans doute pour des raisons de modération ou de coût de calcul liées au modèle Nano Banana.
Le fonctionnement de l’outil d’analyse de documents mérite qu’on s’y attarde. Un bouton « + » apparaît à l’intérieur du champ de recherche et permet d’attacher un fichier avant de soumettre une question. Plus besoin d’ouvrir un onglet séparé vers Gemini ou NotebookLM : l’analyse de PDF, de contrats ou de notes de cours se fait directement depuis la page qui, hier encore, ne servait qu’à taper trois mots suivis d’Entrée. C’est ce glissement qui interpelle le plus : la page d’accueil de Google ne se contente plus d’orienter vers l’information, elle propose de la transformer, de la résumer ou d’en créer de nouvelle.
Un contexte de bascule généralisée vers l’IA
Ce test ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une trajectoire amorcée depuis deux ans avec les résumés générés par IA en tête des résultats de recherche, puis avec le déploiement du Mode IA, capable de tenir une conversation avec relances successives plutôt que de se contenter d’une requête isolée. Gemini, l’assistant conversationnel de Google, a d’ailleurs franchi le cap du milliard d’utilisateurs, un chiffre qui donne une idée de l’ampleur de l’appétit du public pour ces nouveaux formats.
La question qui agite les observateurs du secteur va bien au-delà de l’esthétique d’un bouton. Cette modification progressive de l’expérience de recherche réduit la visibilité des liens traditionnels vers d’autres sites, ce qui fragilise l’écosystème des médias en ligne dont le modèle économique repose largement sur le trafic généré par les moteurs de recherche. Un journaliste américain a résumé la tension avec une formule frappante, expliquant qu’il détestait aimer autant cette nouvelle barre de recherche dopée à l’IA, tout en reconnaissant qu’elle rendait sa propre profession plus fragile. Difficile de ne pas y voir un paradoxe assez révélateur de notre époque numérique.
Pour l’heure, rien n’indique un déploiement mondial imminent. Google n’a pas précisé dans quelle mesure ce test sera déployé, et il n’est pas encore clair si tous les utilisateurs verront éventuellement cette version de la page d’accueil. Les expérimentations de ce type se comptent par dizaines chaque année chez Google, et beaucoup finissent enterrées sans annonce officielle. Mais un signal mérite d’être noté : le fait que ce nouveau design se limite volontairement aux utilisateurs non connectés suggère que Google teste avant tout sa capacité à convertir de nouveaux publics à l’IA, avant d’envisager d’imposer ce changement à ses utilisateurs les plus fidèles, ceux qui ont justement le plus d’habitudes à bousculer.
Sources : siecledigital.fr | fr.vgtimes.com

