Quarante-trois grammes. C’est le poids affiché par les GetD WayfarLite AI Glasses, présentées cette semaine sur le stand GetD de l’IFA 2026 à Berlin. Mais derrière la promesse d’une traduction instantanée qui s’est jouée en direct devant les visiteurs, un détail change tout : ces lunettes n’ont pas d’écran. Elles reposent entièrement sur l’audio, contrairement à plusieurs concurrentes qui affichent le texte traduit sous forme de sous-titres devant les yeux.
La présence de GetD à Berlin n’est pas anodine. L’IFA 2026 se tient du 4 au 8 septembre à Messe Berlin et rassemble de nombreux acteurs de l’électronique grand public, de l’intelligence artificielle et des nouveaux usages connectés. Installée dans le Hall 25, au sein de l’espace IFA Next, la marque inscrit ses GetD WayfarLite AI Glasses dans une démonstration plus large du savoir-faire du fabricant en matière de produits portables. Le message est clair : proposer un objet léger, abordable, et capable de comprendre plusieurs dizaines de langues sans passer par un boîtier caché dans l’oreille.
À retenir
- Un fabricant ose le pari de l’audio seul : qu’en coûte-t-il vraiment ?
- Chaque gramme compte, mais à quel prix en termes de fonctionnalités ?
- La latence reste le vrai problème que personne n’avoue en direct sur les stands
Une monture ultralégère qui mise tout sur l’audio et l’IA
Les GetD WayfarLite AI Glasses sont des lunettes connectées orientées audio et intelligence artificielle, dont la principale promesse repose sur l’accès à un assistant IA, la traduction et les interactions vocales via l’écosystème GetD, sans chercher à remplacer un écran de réalité augmentée. Sur le papier, la fiche produit impressionne : 145 langues, une autonomie musicale annoncée à 11 heures et une compatibilité avec ChatGPT. De quoi séduire les voyageurs pressés qui veulent commander un café à Séoul sans sortir leur téléphone.
Le fonctionnement reste simple, presque minimaliste. Les lunettes peuvent afficher ou restituer des propos traduits en temps réel, avec une logique proche de sous-titres intégrés dans le champ de vision, une promesse qui vise d’abord les déplacements internationaux, les réunions multilingues et les échanges rapides dans les transports, les hôtels ou les salons professionnels. Mais cette formulation prête à confusion. Dans les faits, il n’y a aucun sous-titre visuel chez GetD : tout passe par le son, dans l’oreille, exactement comme le ferait une oreillette de traduction classique, mais glissée dans une monture de lunettes de soleil.
Le détail qui manque : pas d’écran pour lire la traduction
C’est là que le bât blesse pour une partie du marché des lunettes connectées version 2026. Certains modèles misent sur l’affichage, d’autres non, et le choix change radicalement l’expérience. Chez INMO, par exemple, la philosophie est inverse : les GO3 permettent une traduction en temps réel de 77 langues sources vers 98 langues cibles, avec des sous-titres en direct qui s’affichent directement dans le champ de vision de l’utilisateur. Un écran, aussi discret soit-il, change la donne dans un environnement bruyant : difficile d’entendre une traduction audio au milieu d’un hall de conférence bondé, alors qu’un texte projeté reste lisible quoi qu’il arrive.
RayNeo a choisi le pari inverse et tout aussi radical. L’iO adopte une conception visuelle avant tout et ne comprend pas de haut-parleurs : la conversation traduite ne résonne jamais dans le crâne de l’utilisateur, elle s’affiche en texte défilant, la saisie vocale passant par un capteur de conduction osseuse et les microphones, sans aucune restitution audio. Deux approches, deux compromis. GetD sacrifie l’écran pour rester léger et abordable, à un tarif référencé entre 59,99 et 69,99 dollars selon la version sur la boutique internationale de la marque, quand RayNeo sacrifie le son pour préserver la confidentialité des échanges dans l’espace public. Aucune des deux n’a encore trouvé la formule parfaite, et c’est justement ce qui rend ce segment technologique aussi mouvant.
Un marché où chaque gramme et chaque compromis technique comptent
La bataille du poids reste omniprésente. Face aux 43 grammes de GetD, la concurrence s’aligne serré : Solos culmine à 42g, Even à 44g, Ray-Ban à 50g, Oakley à 67g, tandis qu’INMO GO3 pèse à peine 58 grammes malgré des écrans Micro-LED binoculaires intégrés. Porter une paire de lunettes plusieurs heures d’affilée, ce n’est pas anodin : au-delà de 50 grammes, la pression sur l’arête du nez devient perceptible en fin de journée, un détail que peu de fiches techniques mentionnent mais que tous les porteurs remarquent.
La latence, elle, reste le vrai nerf de la guerre pour une traduction crédible. Il faut compter en moyenne entre 1,5 et 3 secondes entre la fin d’une phrase et la traduction restituée, un délai standard du cloud puisque la quasi-totalité des modèles passent par les serveurs du fabricant. aucune paire présentée à Berlin ne réalise une vraie traduction simultanée façon interprète professionnel. On obtient une traduction décalée d’une à deux phrases, ce qui suffit pour une discussion fluide sans jamais atteindre l’instantanéité promise dans les argumentaires marketing. Et sans connexion internet correcte, la fonction s’effondre purement et simplement : en zone blanche, il faut oublier la traduction en temps réel, aucun modèle du marché ne fonctionnant aujourd’hui hors ligne pour cette fonction.
Reste une question que peu de fabricants abordent frontalement lors de leurs démonstrations sur salon : celle du micro toujours actif. Des lunettes dotées de micros et d’une IA capable de traiter des conversations soulèvent des interrogations dans les bureaux, les écoles, les administrations ou les lieux publics, où les utilisateurs devront comprendre ce qui est enregistré, ce qui est transmis vers des serveurs et ce qui reste local. Un détail qui, contrairement au poids ou au prix, ne figure jamais sur l’étiquette et pourtant pèsera lourd dans l’adoption grand public de ces objets encore hybrides entre gadget de salon et véritable outil du quotidien.
Sources : infohightech.com | planet-sansfil.com
