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Les États-Unis ont 173 500 miroirs braqués sur trois tours du désert Mojave depuis 2014 : la fermeture prévue en 2026 a finalement été suspendue

Les États-Unis ont 173 500 miroirs braqués sur trois tours du désert Mojave depuis 2014 : en 2026, plus un seul ne suivra ...

Trois tours de 140 mètres de haut, plantées au cœur du désert Mojave, encerclées par une mer de miroirs qui scintille depuis l’espace. Depuis 2014, l’installation solaire d’Ivanpah, à la frontière entre la Californie et le Nevada, aligne 173 500 miroirs orientables commandés par ordinateur, répartis sur trois tours de 140 mètres, financés en partie par 1,6 milliard de dollars de garanties fédérales. Le plan porté par PG&E prévoyait bien une fermeture anticipée de deux des trois unités en 2026. Mais l’histoire a pris un tournant que peu de médias ont relevé : en décembre 2025, les régulateurs californiens ont dit non, et la centrale reste en activité mi-2026.

À retenir

  • Une installation géante de miroirs chauffants dont la fermeture anticipée semblait actée se voit finalement accordée un maintien en activité
  • Deux technologies solaires en conflit : des miroirs géants contre des panneaux plats dont le coût d’installation résidentiel a chuté d’environ 70% depuis 2010
  • Les régulateurs californiens ont rejeté l’accord de résiliation anticipée conclu entre PG&E et les propriétaires de la centrale

Une technologie qui devait révolutionner le solaire

Ivanpah n’a jamais fonctionné comme les panneaux photovoltaïques que l’on installe sur les toits. Ici, chaque héliostat renvoie la lumière du soleil vers un récepteur au sommet d’une des trois tours, où l’eau contenue dans des chaudières se transforme en vapeur pour actionner des turbines. Il s’agit de la plus grande centrale solaire à concentration des États-Unis, capable de produire 392 mégawatts. Selon NRG, l’opérateur du site,
à pleine capacité, le trio de tours produit un total brut de 392 mégawatts, de quoi fournir de l’énergie propre à 140 000 foyers californiens
. Le Département de l’Énergie américain avance de son côté une estimation plus conservatrice, indiquant qu’
Ivanpah a la capacité de générer 392 mégawatts d’électricité, soit assez pour alimenter 94 400 foyers américains moyens
. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait que le chantier, débuté en 2010, avait nécessité l’installation de plusieurs centaines d’héliostats par jour au pic de la construction.

Le projet portait de grandes ambitions. Coentreprise entre NRG, Google et BrightSource Energy, il devait doubler la production commerciale d’énergie solaire thermique aux États-Unis. Google a même utilisé la flexibilité du champ de miroirs pour composer, un temps, un hommage visuel à Margaret Hamilton, l’ingénieure qui a dirigé le développement logiciel des missions Apollo. Un clin d’œil technologique qui résumait bien l’esprit de l’époque : Ivanpah devait être la vitrine du génie américain appliqué à l’énergie propre.

Le mur économique et la question des oiseaux

Le problème, c’est que la technologie concurrente a fini par écraser Ivanpah sur son propre terrain. Selon une analyse s’appuyant sur les données du NREL,
le coût d’installation résidentiel du photovoltaïque a chuté de près de 70% depuis 2010, passant d’environ 7,53 $ par watt en 2010 à environ 2,75 $ par watt en 2026
. D’autres métriques donnent des résultats différents : le NREL indique par ailleurs qu’
entre 2010 et aujourd’hui, le coût des systèmes photovoltaïques résidentiels, commerciaux et de type utility-scale a respectivement baissé de 64%, 69% et 82%
, tandis que le seul prix des modules aurait chuté d’environ 90% sur la période. L’ordre de grandeur d’une baisse d’environ 70% est donc défendable, mais il correspond à une mesure parmi d’autres et non à un chiffre consensuel unique. Résultat : un système conçu pour être compétitif à la fin des années 2000 s’est retrouvé, plus d’une décennie plus tard, nettement plus coûteux à exploiter que le photovoltaïque classique.

PG&E, principal acheteur d’électricité de la centrale, en a tiré les conséquences.
En janvier 2025, l’entreprise a annoncé s’être accordée avec les propriétaires de la centrale pour mettre fin par anticipation à deux contrats d’achat d’électricité de long terme, invoquant des économies pour les clients
. L’opérateur NRG Energy lui-même n’a pas nié l’évidence :
si les contrats d’origine paraissaient compétitifs au moment de leur signature, des « avancées survenues au fil du temps » ont fait émerger des options plus efficaces, plus rentables et plus flexibles
.

À cela s’ajoute un dossier plus sombre, celui de la faune locale. Les oiseaux qui traversent les faisceaux concentrés n’ont aucune chance. Les estimations varient toutefois fortement selon les sources : une étude menée par le cabinet H.T. Harvey and Associates sur la première année d’exploitation évoquait
entre 2 500 et 6 700 oiseaux tués, le chiffre le plus probable se situant autour de 3 500
, tandis que d’autres analyses relayées depuis 2016 citent plutôt un ordre de grandeur d’environ 6 000 oiseaux par an. Des estimations plus anciennes évoquaient une fourchette bien plus large, allant
d’environ un millier selon BrightSource à 28 000 selon un expert du Center for Biological Diversity
. Sur place, les techniciens ont un nom pour ce phénomène : les « streamers », ces traînées de fumée visibles quand un volatile s’embrase en plein vol. Un détail qui, à lui seul, explique pourquoi les associations de défense de la faune réclament depuis des années un encadrement plus strict, voire la fermeture du site.

Le rebondissement de décembre 2025 : Ivanpah reste allumé

Voilà pour le scénario qui a fait les gros titres tout au long de l’année 2025. Mais la réalité administrative s’est révélée plus tenace que prévu.
Les propriétaires visaient à éteindre deux des trois unités de la centrale cette année, mais le 4 décembre 2025, la California Public Utilities Commission a rejeté l’accord de résiliation de contrat proposé, laissant le calendrier incertain
. Concrètement,
la CPUC a émis la résolution E-5429, qui rejette (sans préjudice) la demande de PG&E de mettre fin aux contrats d’achat d’électricité conclus avec Solar Partners II et VIII, propriétaires de la centrale
.

Les raisons invoquées par les régulateurs sont éclairantes sur les tensions actuelles du réseau électrique californien.
La résolution retient que les contrats ont été conclus loyalement, restent alignés avec les besoins de PG&E en énergies renouvelables, et que, compte tenu des récents changements de politique fédérale, des incertitudes réglementaires et de la croissance de la demande à l’échelle de l’État, ils ne peuvent être résiliés sans risquer la fiabilité du réseau ou sans laisser inutilisés plus de 333 millions de dollars de mises à niveau du réseau de transport financées par les usagers
. Un élément revient en filigrane dans plusieurs analyses : la demande en électricité explose avec l’essor de l’intelligence artificielle et des centres de données, rendant chaque mégawatt disponible précieux, même produit par une technologie jugée coûteuse par ailleurs.

En rejetant la demande de PG&E sans préjudice, la résolution laisse toutefois la porte ouverte à une nouvelle soumission de l’accord de résiliation si un projet de remplacement concret venait à se préciser
. Un élément notable : selon certains commentateurs, la fermeture d’Ivanpah faisait consensus entre partisans de l’administration Biden et de l’administration Trump, deux camps qui s’accordent rarement sur l’énergie. Voir la CPUC maintenir la centrale en activité malgré ce consensus en dit long sur l’urgence perçue autour de la stabilité du réseau électrique de l’État.

Le Département de l’Énergie américain avait soutenu la demande de PG&E, soulignant qu’elle aiderait à rembourser le solde du prêt fédéral de 1,6 milliard de dollars et permettrait potentiellement de réaménager le site avec des technologies plus récentes et moins coûteuses
, ce qui confirme que ce prêt n’a pas encore été intégralement remboursé. Tant que cette dette pèse sur les comptes, la question de la fermeture définitive du site restera un sujet politique autant qu’économique. Un projet de conversion partielle du terrain en simple ferme photovoltaïque circule toujours parmi les hypothèses envisagées, preuve que même les partisans du maintien de la centrale envisagent, à terme, une transition vers d’autres technologies.

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