C’est une petite révolution qui passe presque inaperçue dans les réglages de votre iPhone, mais qui va changer la façon dont vous payez vos abonnements Netflix, Spotify ou vos jeux préférés. À partir du 1er octobre 2026, Apple abandonne dans l’Union européenne son système où l’achat intégré (In-App Purchase) était la seule porte d’entrée pour payer dans une application. Apple a élaboré avec la Commission européenne un nouveau cadre pour la distribution d’applications et les paiements sur iPhone dans l’Union européenne, qui entrera en vigueur le 1er octobre 2026, pour remplacer l’empilement de régimes introduits avec le Digital Markets Act par un ensemble de conditions commerciales commun à tous les développeurs européens. Concrètement, une seconde caisse s’ouvre à côté de celle d’Apple, et selon celle que choisit le développeur, le prix affiché pourra varier.

À retenir

  • Trois systèmes de paiement distincts avec des commissions radicalement différentes : laquelle Apple favorisera-t-elle vraiment ?
  • Les boutiques d’applications concurrentes deviennent accessibles, mais à quel prix réel pour les consommateurs européens ?
  • Les mineurs bénéficieront d’une protection renforcée, mais Tim Sweeney crie déjà à la manipulation

Trois guichets, trois tarifs différents

Fini le prix unique imposé par défaut. Désormais, chaque développeur doit choisir comment il encaisse ses clients européens, et ce choix a un coût qui se répercute potentiellement sur la facture finale. Pour les applications utilisant le système d’achats intégrés d’Apple, la commission sera de 26 %, ramenée à 15 % pour la grande majorité des développeurs (programmes Small Business, Mini Apps Partner, Video Partner) ainsi que pour les abonnements à renouvellement automatique après la première année. Un cran en dessous, pour les applications utilisant un système de paiement alternatif, la commission sera de 20 %, avec un taux réduit de 10 % pour les développeurs participant à ces mêmes programmes.

Troisième option, la plus légère : rediriger carrément l’utilisateur vers un site web extérieur pour finaliser l’achat. L’utilisateur peut alors être renvoyé vers un site web pour effectuer ses achats, moyennant une commission de 15 %. Et pour les applications qui quittent totalement l’écosystème App Store, distribuées via une boutique concurrente ou directement sur le web, Apple prélèvera une Core Technology Commission de 5 % sur les transactions numériques. Une baisse spectaculaire par rapport à l’ancien système, où le principal changement concerne la Core Technology Fee, cette redevance de 0,50 € qui s’appliquait à chaque première installation annuelle au-delà d’un million, indépendamment des revenus générés par l’application.

La vraie nouveauté, c’est surtout la fin du carcan qui obligeait à choisir une seule méthode. Les développeurs pourront désormais proposer simultanément le système de paiement intégré d’Apple et des solutions de paiement alternatives au sein d’une même application, une combinaison qui n’était jusqu’ici pas autorisée dans l’UE. Une fois le choix arrêté, pas question d’en changer au gré des saisons : les options choisies devront être maintenues pendant douze mois.

Un accord né d’un bras de fer musclé avec Bruxelles

Rien de tout cela n’est spontané. Ce virage fait suite à un conflit ouvert qui dure depuis l’entrée en application du DMA en mars 2024. Bruxelles a infligé une amende de 500 millions d’euros à Apple en avril 2025, ce qui a ensuite poussé Apple à modifier ses règles, puis à contester la sanction. Le grief était précis : la Commission européenne sanctionnait Apple pour violation des obligations de l’article 5(4) du DMA concernant l’orientation des utilisateurs vers des offres externes, et ordonnait à Apple de supprimer les restrictions techniques et commerciales.

Après des mois de négociations en coulisses, les deux parties ont fini par trouver un terrain d’entente. La Commission européenne elle-même valide la démarche : elle salue les modifications apportées par Apple à ses conditions commerciales, qui font suite à un dialogue étroit après la décision de non-conformité d’avril 2025 concernant les conditions de redirection et les conclusions préliminaires sur la distribution alternative d’applications. Bruxelles promet aussi de garder l’œil ouvert : elle veillera à ce qu’Apple mette en œuvre ces nouvelles conditions.

Des boutiques alternatives plus faciles à lancer, des mineurs mieux protégés

Le verrou le plus critiqué par les développeurs concernait les conditions pour ouvrir sa propre boutique d’applications concurrente à l’App Store. Il saute en grande partie. La condition exigeant une lettre de crédit bancaire d’un million d’euros est supprimée ; sont désormais éligibles les entités ayant bénéficié de fonds de roulement, auditées par un comptable agréé, ou d’intérêt public et éducatif. De quoi ouvrir la porte à des acteurs bien plus petits que les géants habituels.

En contrepartie de cette ouverture, Apple muscle son dispositif de protection des plus jeunes utilisateurs, et le sujet n’est pas anecdotique quand on sait à quel point les enfants sont exposés aux achats en un clic. Les apps de la catégorie « Enfants » ne pourront pas contenir de liens vers des pages de transaction externes ; pour les utilisateurs de moins de 18 ans, les apps utilisant un moyen de paiement alternatif ou redirigeant vers un site web devront prévoir un mécanisme imposant l’intervention d’un parent avant tout achat, et les liens externes seront interdits dans les apps destinées aux enfants de moins de 13 ans.

Tout le monde n’applaudit pas des deux mains

Le compromis passe mal chez certains habitués des querelles avec Apple. Tim Sweeney, le patron d’Epic Games, connu pour son procès retentissant contre la firme de Cupertino, ne mâche pas ses mots. Il a déclaré qu’Apple mettait en place « une nouvelle structure de frais abusifs dans l’UE, calquée sur les conditions en vigueur au Brésil et au Japon ». Son reproche principal porte sur la persistance des commissions même hors du système Apple : il affirme qu’Apple continue de facturer illégalement les transactions redirigées vers des sites externes, ce qui serait clairement interdit par le DMA, et ajoute des restrictions poussant les jeunes vers les paiements Apple.

Reste une question très concrète pour l’utilisateur français : verra-t-il vraiment des prix plus bas ? Rien n’est automatique. Les utilisateurs pourraient voir davantage de choix de règlement dans les apps, avec la possibilité de comparer plus facilement les offres proposées, mais la façon dont les développeurs présenteront ces nouvelles options déterminera leur impact réel sur les habitudes d’achat sur iPhone. la seconde caisse existe désormais, mais rien n’oblige un éditeur à y faire moins cher. Tout dépendra de sa volonté de répercuter, ou non, une commission allégée sur le prix final de votre abonnement.

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