Deux mille cent quatre-vingt-quinze dollars, sans abonnement téléphonique obligatoire. C’est le pari que vient de lancer Snap avec ses nouvelles Specs, dévoilées le 16 septembre 2026 lors d’un événement où l’entreprise a clairement affiché ses intentions : ces lunettes sont fully standalone, sans boîtier annexe, sans câble et sans besoin d’un téléphone pour fonctionner. Une promesse qui tranche avec tout ce que le marché des lunettes connectées proposait jusque-là, à commencer par les modèles Ray-Ban de Meta, pensés pour rester à la niche du smartphone.

À retenir
  • Les Specs de Snap intègrent deux processeurs Snapdragon distincts pour la vision par ordinateur et l’exécution des applications.
  • L’autonomie de quatre heures en usage mixte nécessite un boîtier de recharge offrant jusqu’à 20 heures totales d’utilisation.
  • Le prix de 2 195 dollars cible un marché premium limité à 100 000 unités, délaissant la stratégie de volume de Meta.

Deux processeurs dans une monture, zéro câble vers la poche

Le tour de force technique tient dans la répartition des tâches. Deux processeurs Snapdragon de Qualcomm se partagent le travail, l’un dédié à la vision par ordinateur et l’autre à l’exécution des Lenses, ces applications maison que Snap développe depuis des années via son atelier logiciel Lens Studio. Le résultat pèse entre 132 et 136 grammes selon la taille de monture choisie, soit environ 40 % de moins que la génération précédente réservée aux développeurs.

Avec ce positionnement à 2 195 dollars, l’appareil se glisse entre les Ray-Ban Display de Meta à 799 dollars et le Vision Pro d’Apple à 3 499 dollars. Un entre-deux assumé. Evan Spiegel, le patron de Snap, ne s’en cache pas : « Près de 20 ans après le lancement de l’iPhone, les gens sont prêts à penser l’informatique différemment », expliquait-il en présentant l’appareil comme le premier produit de sa société destiné au grand public plutôt qu’aux seuls développeurs.

Un pari qui fait vaciller la Bourse

La sanction a été immédiate. L’annonce des Specs à 2 195 dollars a fait chuter le titre Snap de près de 10 %, alors même que Spiegel rejetait les appels d’un investisseur activiste à céder la division matérielle. Le marché n’a visiblement pas apprécié le grand écart de prix avec la concurrence.

La comparaison avec Meta résume tout le duel stratégique. Meta vend ses Ray-Ban à quelques centaines de dollars et a écoulé des millions d’unités en gardant le téléphone dans la boucle, quand Snap fait l’inverse en construisant ce que Spiegel appelle un ordinateur portable destiné à remplacer le temps passé sur l’écran du téléphone plutôt qu’à le prolonger. Snap ne cherche pas à rivaliser en volume. Il joue une autre carte, celle du produit premium quitte à vendre beaucoup moins.

Et beaucoup moins, c’est un chiffre précis. La production de cette première série a été plafonnée à 100 000 unités. Une rareté organisée qui rappelle davantage le lancement d’une console de niche que celui d’un gadget grand public.

La batterie, vrai talon d’Achille de la promesse « sans téléphone »

Le revers de l’indépendance vis-à-vis du smartphone, c’est l’autonomie. Snap annonce une autonomie de seulement quatre heures en usage mixte avant de devoir recourir au boîtier de charge. Une contrainte réelle pour quiconque voudrait porter les lunettes toute une journée de travail.

Ce boîtier n’est pas un simple accessoire. Il peut recharger les lunettes quatre fois supplémentaires, portant l’autonomie totale à 20 heures. Mais la vraie nouveauté se trouve dans une version encore plus poussée de cet étui : Snap a conçu un modèle connecté capable d’apporter directement une connexion cellulaire aux lunettes.

Le détail change tout pour l’usage nomade. Ce boîtier connecté fait grimper le prix total à 2 395 dollars, avec une exclusivité Verizon pour la connectivité, et des forfaits data à partir de 10 dollars par mois pour les clients déjà chez cet opérateur, ou 20 dollars pour les autres. En France, c’est Orange qui portera cette offre, aux côtés d’EE au Royaume-Uni. Sans ce module, l’utilisateur reste dépendant du Wi-Fi ou d’un partage de connexion depuis son propre téléphone, ce qui contredit en partie la promesse d’indépendance totale.

Karissa Bell, journaliste d’Engadget qui a testé l’appareil avant son lancement, a mis le doigt sur cette limite. Elle soupçonne que la connectivité pourrait devenir un frein dans certaines situations, car certaines expériences comme le streaming vidéo ou la navigation nécessitent une connexion, ce qui limite l’utilité de l’appareil sans Wi-Fi disponible. Après avoir essayé les lunettes, son verdict reste pourtant positif : elle juge qu’il y a beaucoup à aimer, avec un système d’exploitation plus abouti que les versions précédentes et des applications qui semblent réellement utiles.

Musées, entreprises, LEGO : à qui s’adresse vraiment l’appareil

Le grand public n’est pas la seule cible visée. Snap s’associe à NVIDIA, AWS et Salesforce pour pousser ses Specs vers le marché de l’entreprise. Un choix logique tant le prix reste dissuasif pour un achat impulsif entre particuliers.

Côté grand public, les partenariats de lancement donnent le ton. LEGO, ILM Immersive (la branche de Lucasfilm) et Niantic figurent parmi les partenaires de lancement. Des noms qui pointent vers le divertissement et l’expérience immersive plutôt que vers la productivité pure.

La navigation, elle, mise tout sur les mains et la voix. Ouvrir la paume fait apparaître le menu principal, la navigation se fait sans les mains grâce au pointage et au pincement des doigts, et les commandes vocales fonctionnent partout dans Snap OS. Plus besoin de sortir un téléphone de sa poche pour lancer une application, en théorie.

Reste la question du regard extérieur, et elle n’est pas anodine. Un journaliste de Gizmodo qui a testé l’appareil résume bien le dilemme esthétique : « Ce ne sont clairement pas des lunettes ordinaires, elles sont épaisses, donc si vous les portez, il faut assumer ». À 2 195 dollars, assumer un look encore un peu geek reste le prix à payer pour, peut-être, se passer enfin de son smartphone.

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