Huit mille. C’est le nombre de robotaxis que le Nevada vient d’autoriser à circuler dans les rues de Las Vegas au cours des douze prochains mois. La Nevada Transportation Authority a approuvé à l’unanimité jeudi trois permis autorisant Tesla, Uber et Waymo à exploiter des services commerciaux de robotaxi dans le comté de Clark, où se trouve Las Vegas, permettant le déploiement de jusqu’à 8 000 véhicules autonomes sur les douze prochains mois. Un chiffre qui donne le vertige quand on sait qu’il correspond à peu près à mille de plus que le nombre total de licences de taxi traditionnelles dans toute la ville.
À retenir
- Combien de robotaxis va-t-on vraiment voir circuler sur le Strip dans les douze prochains mois ?
- Pourquoi Tesla demande 5 000 permis mais ne compte en déployer que 2 500 ?
- Quel est le vrai prix payé par les chauffeurs de Las Vegas depuis l’arrivée des Zoox ?
Une répartition à trois, mais pas à parts égales
Le permis de Tesla lui permet de déployer jusqu’à 5 000 robotaxis, tandis que Waymo est autorisé à exploiter jusqu’à 1 000 véhicules autonomes, et Uber a également été approuvé pour 1 000 robotaxis, qu’il opérera via des partenariats avec la filiale de Hyundai, Motional, et avec Zoox. Sur le papier, Tesla rafle la mise. Dans les faits, c’est une autre histoire. Un ingénieur de l’entreprise a lui-même tempéré l’enthousiasme lors de l’audience : Tesla se dirait « extrêmement heureuse et satisfaite » de déployer jusqu’à 2 500 véhicules l’année prochaine, précisant que « cinq mille a toujours été un plafond » plutôt qu’un objectif réaliste.
Et pour cause. Le mois précédent, Tesla avait déjà obtenu un premier feu vert nettement plus modeste. L’autorité des transports du Nevada avait accordé à Tesla un permis pour faire circuler des véhicules sans chauffeur à Las Vegas, plafonnant la flotte à 10 voitures, alors que la demande initiale portait sur 5 000. Ce contraste entre l’ambition affichée et la réalité opérationnelle en dit long sur l’état d’avancement réel de la technologie Tesla comparée à ses concurrents. La flotte « Robotaxi » entièrement sans supervision de Tesla aux États-Unis compte environ 20 véhicules en circulation simultanée, Austin ayant culminé près de 25 fin avril avant de redescendre. Dix voitures de plus à Las Vegas représenteraient donc une hausse de 50 % de sa flotte nationale. Le logiciel, pas le permis administratif, reste le vrai goulot d’étranglement.
Waymo, de son côté, avait une longueur d’avance. L’entreprise était déjà passée en mode entièrement autonome, sans conducteur de sécurité, à Las Vegas dès début juillet. Le nouveau permis lui permet simplement de commencer à facturer ses trajets, une étape que Zoox, filiale d’Amazon, a franchie quelques semaines plus tôt.
Zoox, le pionnier qui a ouvert la voie
Avant que Tesla, Uber et Waymo ne débarquent en nombre, c’est Zoox qui a défriché le terrain. L’entreprise a passé six ans à développer sa technologie avant de dévoiler ses robotaxis électriques et autonomes conçus sur mesure, puis a commencé à tester ses véhicules cubiques dans les rues de Las Vegas dès 2023. Le 10 août 2026, elle a franchi un cap symbolique : Zoox a commencé à facturer des trajets en robotaxi sur le Strip et le centre-ville, mettant fin à son programme de trajets gratuits lancé en septembre 2025, date à laquelle il était devenu le premier service de robotaxi autonome accessible au public à Las Vegas.
La particularité de Zoox tient à son véhicule lui-même, radicalement différent de ceux de ses concurrents. L’entreprise utilise l’un des seuls véhicules autonomes de l’industrie conçus sur mesure, sans volant ni pédales, avec une disposition des sièges face à face pour quatre passagers maximum. Une allure de petit salon roulant qui tranche avec les berlines reconverties de la concurrence. Côté tarifs, Zoox reste discret sur ses prix exacts, mais l’entreprise vise une tarification compétitive avec le niveau « confort » proposé par les services de VTC, sachant qu’Uber Comfort se situe au-dessus de l’offre de base UberX. Des analystes du secteur estiment que ces tarifs pourraient dépasser ceux de Lyft sur certains trajets à Las Vegas.
Le succès, en tout cas, ne se dément pas côté fréquentation. Depuis ses débuts, le robotaxi personnalisé de Zoox a parcouru plus de 3 millions de miles sur des routes publiques et transporté près d’un million de passagers à Las Vegas, San Francisco, Austin et Miami. Une performance à mettre en perspective toutefois : les robotaxis Waymo ont, eux, parcouru plus de 220 millions de miles et enregistrent environ 500 000 trajets par semaine dans 11 villes. Zoox reste un poids plume face au mastodonte d’Alphabet.
Le chauffeur, grand perdant de l’équation
Pendant que les entreprises technologiques se félicitent de leurs autorisations, sur le terrain, l’ambiance est tout autre. Sonny Goodman, chauffeur de taxi et de VTC à Las Vegas, a vu son quotidien basculer en quelques mois. Il ressent déjà l’impact de la concurrence sans chauffeur. Son constat est brutal : ses revenus auraient chuté de moitié depuis l’arrivée massive des Zoox sur le Strip. Une baisse spectaculaire, mais pas isolée dans le paysage mondial du transport autonome.
Une étude publiée dans la revue Humanities and Social Sciences Communications, portant sur le service chinois Apollo Go à Wuhan, apporte un éclairage chiffré à ce phénomène. Les chercheurs, qui ont collecté plus de 200 000 observations quotidiennes de chauffeurs de taxi et de leurs revenus, ont constaté que l’introduction des robotaxis réduisait le revenu quotidien moyen des chauffeurs traditionnels de 10,9 %, probablement en raison d’une baisse de la demande pour leurs services. L’étude va plus loin : les robotaxis augmentent les heures de travail, le stress professionnel, diminuent la satisfaction au travail et poussent ces chauffeurs traditionnels à chercher un emploi alternatif. Un scénario que Las Vegas semble reproduire, à sa manière, avec son propre calendrier accéléré.
Les représentants des chauffeurs n’ont d’ailleurs pas manqué de le rappeler lors de l’audience de la NTA. Kimberly Maxson-Rushton, avocate représentant la Livery Operators Association, a évoqué deux préoccupations majeures : l’une liée à la saturation de l’industrie du transport commercial dans le Nevada, l’autre à la surcharge des routes, en particulier dans le « Golden Triangle ». Cette zone entre l’aéroport et le Strip concentre déjà l’essentiel des tests de véhicules autonomes, et l’arrivée de plusieurs milliers de robotaxis supplémentaires ne devrait rien arranger côté circulation.
Reste une question que personne, pour l’instant, ne sait vraiment trancher : qui, des maintenanciers de flottes autonomes ou des chauffeurs évincés, sortira gagnant de cette bascule ? Les défenseurs de l’automatisation misent sur de nouveaux emplois liés à l’entretien, à la recharge et au nettoyage des véhicules. Les syndicats de chauffeurs, eux, rappellent une réalité plus triviale : l’argent gagné par un chauffeur reste dans sa communauté, tandis que les revenus d’un robotaxi filent directement vers le siège social de l’entreprise qui l’exploite, souvent à des centaines de kilomètres du Strip.
Sources : beingguru.com | engadget.com


