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J’ai laissé la photo de rentrée de mes enfants en public sur Facebook juste pour que la famille la voie : en ouvrant mes paramètres cet automne, j’ai compris où elle était partie

J'ai laissé la photo de rentrée de mes enfants en public sur Facebook juste pour que la famille la voie : en ouvrant mes p...

Une photo de rentrée scolaire postée « juste pour la famille » peut, en réalité, être visible par n’importe qui sur Internet, et pire, servir à nourrir l’intelligence artificielle de Meta. Ce n’est pas une théorie du complot mais la conséquence directe d’un réglage de confidentialité resté sur Public, souvent sans que l’utilisateur en ait conscience.

À retenir

  • Vos anciennes photos restent public indéfiniment, même si vous pensiez les avoir restreintes
  • Meta entraîne désormais son IA sur toutes les photos publiques des utilisateurs européens adultes
  • Un coussin peut republier vos photos familiales et les soumettre à l’IA sans que vous puissiez l’empêcher

Pourquoi une publication familiale finit en accès libre

Le mécanisme est presque toujours le même : un réglage figé au moment de la publication, qui ne bouge jamais tout seul. Chaque publication Facebook possède son propre réglage de confidentialité, choisi au moment où elle a été partagée, et ce réglage reste figé : si une photo a été publiée en mode Public, elle l’est toujours des années plus tard, sauf modification manuelle. une photo postée en 2019 avec un paramètre par défaut resté sur « Public » n’a jamais changé de statut, même si le compte a été verrouillé depuis pour tout le reste.

Ce piège touche particulièrement les comptes anciens. Facebook a longtemps fixé l’option de confidentialité par défaut sur Public à la création des comptes, et c’est encore le cas pour de nombreux profils créés avant 2014. Résultat : des millions d’utilisateurs traînent depuis plus d’une décennie un fond de publications ouvertes à tous, sans jamais l’avoir décidé consciemment. Les valeurs par défaut ayant évolué au fil des années, beaucoup de comptes hébergent aujourd’hui un patchwork incohérent, certaines publications visibles par tous, d’autres réservées aux amis.

Pour vérifier concrètement ce qui est exposé, Facebook propose un outil souvent méconnu. La commande « Voir en tant que » permet d’afficher sa page publique telle qu’un visiteur extérieur la voit, ce qui évite les mauvaises surprises sur les informations encore exposées. C’est en général en passant par cette fonction que l’on découvre, effarée, que la photo de rentrée trône en accès libre depuis des mois.

Le vrai tournant : l’appétit de Meta pour vos photos publiques

Le décor a changé depuis 2025. Une photo publique n’est plus seulement consultable par un inconnu qui tomberait dessus par hasard, elle peut désormais devenir de la matière première pour l’intelligence artificielle du groupe. Meta a annoncé vouloir, à partir de fin mai 2025, utiliser les données de tous les utilisateurs européens adultes de Facebook et d’Instagram pour entraîner ses systèmes d’IA, comme Meta AI sur WhatsApp ou ses modèles linguistiques Llama. Et cela concerne bien les photos familiales publiées en accès libre.

Le périmètre est précis et vaut la peine d’être connu. Les données visées incluent aussi bien les informations existantes que celles générées à l’avenir, notamment les publications publiques des utilisateurs adultes : textes, photos et commentaires. Une photo de rentrée scolaire, dès lors qu’elle est publique, entre parfaitement dans cette catégorie. Mark Zuckerberg avait justifié cette collecte massive en évoquant la nécessité de nourrir des modèles capables de saisir la diversité des usages européens, selon un communiqué relayé mi-avril 2025.

Il existe cependant une limite importante, souvent ignorée. Cette politique ne couvre pas les cas où un autre utilisateur, qui ne se serait pas opposé au traitement, met publiquement en ligne des publications ou des photos de la personne concernée. En clair, même en verrouillant parfaitement son propre compte, si un cousin republie la photo des enfants sur son propre profil réglé en public, elle repasse dans le circuit d’entraînement de l’IA sans qu’on puisse s’y opposer directement.

Reprendre la main : ce qui marche vraiment

La bonne nouvelle, c’est que le contrôle reste possible, à condition d’agir sur plusieurs fronts à la fois. Le premier réflexe consiste à corriger le réglage par défaut avant même de penser aux publications anciennes. Il faut vérifier le paramètre « Qui peut voir vos futures publications » dans la rubrique Confidentialité, puis changer le réglage pour Amis ou pour une liste restreinte de contacts, ce qui réduit l’exposition automatique des nouveaux contenus.

Reste ensuite le passif, souvent le plus volumineux. Facebook propose un outil dédié pour traiter en masse les anciennes publications sans avoir à les reprendre une par une. Beaucoup ignorent son existence alors qu’il règle en quelques clics des années de réglages oubliés.

Pour ce qui touche spécifiquement à l’entraînement de l’IA, une démarche distincte s’impose. Il faut descendre jusqu’au Centre de confidentialité, puis se rendre dans la rubrique consacrée à l’IA générative de Meta pour effectuer son opposition. Un formulaire permet aux utilisateurs de refuser cette utilisation, faute de quoi Meta considère par défaut que l’utilisateur est d’accord. Autant dire que le silence vaut consentement, une logique qui mérite d’être connue avant de publier la prochaine photo de classe.

Un détail échappe souvent aux parents pressés de partager fièrement le cartable neuf : les autorités de contrôle continuent de surveiller le dossier de très près. Les autorités européennes de protection des données, dont la CNIL en France, restent mobilisées et attentives au respect du RGPD par Meta, tandis que des discussions sont toujours en cours entre l’autorité irlandaise et l’entreprise, susceptibles de faire évoluer les règles. Ce dossier n’est donc pas figé, et les paramètres qui protègent (ou exposent) les photos de vos enfants aujourd’hui pourraient encore changer d’ici la prochaine rentrée.

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