Cinquante minutes et vingt-six secondes. C’est le temps qu’il a fallu à un robot humanoïde pour boucler les 21,0975 kilomètres du semi-marathon de Pékin, le 19 avril 2026, un chrono qui bat de plusieurs minutes le record du monde masculin détenu par l’Ougandais Jacob Kiplimo. Cette performance devance de près de sept minutes le record humain de 57 minutes et 20 secondes, détenu par Jacob Kiplimo depuis sa victoire à Lisbonne le 8 mars. Un an après une première édition catastrophique, la machine a rattrapé, puis dépassé, l’élite mondiale de la course à pied. Reste à savoir ce que cette prouesse vaut vraiment.
À retenir
- Un robot chinois a abaissé le chrono de 2h40 à 50 minutes en douze mois
- Les ingénieurs ont percé le secret des athlètes d’élite pour concevoir Lightning
- Mais la vraie bataille des humanoïdes se joue ailleurs que sur une piste d’athlétisme
Une progression fulgurante en douze mois
Le contraste avec l’édition précédente donne le vertige. À l’inaugural événement en 2025, il y avait peu de robots concurrents avec un total de 21 robots venus d’équipes nationales, et leur performance était insuffisante, avec seulement un qui a terminé dans la limite de 3 heures et 10 minutes. Le vainqueur de l’époque, le fameux Tiangong Ultra, avait mis 2 heures, 40 minutes et 42 secondes pour boucler le parcours, loin, très loin, du niveau d’un athlète professionnel. Certains robots s’étaient même effondrés dès la ligne de départ, nécessitant des réparations au ruban adhésif en pleine course.
Douze mois plus tard, le tableau a radicalement changé. Le nombre de participants a explosé, avec plus de 70 équipes sur la ligne de départ au lieu d’une vingtaine en 2025, certaines sources évoquant même plus de 300 machines engagées. Le robot vainqueur, baptisé Lightning et développé par la marque chinoise Honor (filiale de Huawei), n’a pas seulement fini premier chez les robots : les équipes d’Honor ont raflé les trois premières places du podium, toutes avec des robots autonomes qui ont battu des records du monde. Le directeur du bureau de l’industrie robotique de la zone de développement de Pékin résume la bascule sans détour : “L’année dernière le robot champion a couru le semi-marathon en 2h40, cette année de nombreux robots ont franchi la ligne d’arrivée en moins d’une heure”.
Le secret d’une telle vitesse
Cette accélération ne doit rien au hasard. Les ingénieurs d’Honor ont conçu leur machine en s’inspirant directement de la biomécanique humaine. Le design du robot a été modelé sur des athlètes exceptionnels, avec des jambes longues d’environ 95 centimètres, et il était équipé d’un puissant système de refroidissement liquide développé en interne. Cette gestion thermique n’a rien d’anecdotique : la surchauffe des moteurs reste le talon d’Achille de ces machines qui encaissent des efforts continus pendant près d’une heure.
L’autre bascule technologique concerne la navigation. Environ 40% des robots ont parcouru le circuit de manière autonome, tandis que les autres étaient télécommandés, une proportion en nette hausse par rapport à l’édition précédente où le pilotage manuel dominait largement. Pour les organisateurs, cette capacité à s’orienter seul sur un parcours accidenté, comptant une vingtaine de virages cette année, constitue une avancée aussi significative que la vitesse pure. Un robot a même été affecté à un rôle inattendu : diriger la circulation des participants avec ses bras et sa voix.
Tout n’a pas été parfait pour autant. La course a connu son lot d’incidents : un robot est tombé au départ, un autre a percuté une barrière. Un autre s’est arrêté net sans raison apparente à quelques mètres de l’arrivée, selon des témoins sur place. Ces ratés rappellent que la fiabilité, loin d’être acquise, reste le véritable enjeu industriel derrière l’exercice de communication.
Ce que le chrono ne dit pas
Comparer directement les deux performances relève pourtant du raccourci. Le scientifique Rodney Brooks, figure historique de la robotique, a tenu à recadrer l’exploit dans Scientific American. Pour lui, cette course ressemble à une compétition entre chevaux et voitures : la performance en elle-même n’a pas grand sens. Lightning n’a pas couru un semi-marathon dans des conditions comparables à celles d’un humain, et rien dans cette démonstration n’indique une quelconque sécurité d’usage. Le parcours était intégralement pré-cartographié, sans obstacle imprévu, sans interaction avec le public, sans les aléas météo ou physiologiques qui pèsent sur un coureur de chair et d’os.
Les organisateurs eux-mêmes ne prétendent pas avoir créé un concurrent pour les marathoniens professionnels. Les équipes derrière ces machines ne prétendent pas que les robots vont remplacer les coureurs de marathon, ce serait passer à côté du sujet ; elles voient plutôt ces événements comme un terrain d’essai. L’objectif affiché touche à des applications bien plus terre à terre : les progrès en matière de mouvement, de refroidissement et de solidité structurelle doivent se répercuter sur des usages concrets comme la fabrication industrielle, la logistique et potentiellement des rôles de service. Un chercheur français en robotique, pointant les voies séparées entre humains et machines lors de la course pékinoise, y verrait sans doute la preuve que la comparaison reste avant tout scénarisée pour l’image.
Reste un chiffre qui, lui, ne trompe personne sur l’ampleur du chantier industriel chinois : en un an, le temps de référence a été divisé par plus de trois, passant de 2h40 à 50 minutes. Si cette cadence de progression se maintenait, la question ne serait plus de savoir si les robots peuvent courir vite, mais combien de temps il faudra avant qu’ils le fassent dans des conditions réellement comparables à celles d’un stade rempli de spectateurs, sans parcours balisé à l’avance ni équipe de techniciens postée tous les kilomètres.
Sources : lenergeek.com | usine-digitale.fr | rts.ch


