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105 milliards de dollars promis à un seul client : Nvidia paie le centre de données qui achètera ses propres puces

105 milliards de dollars promis à un seul client : Nvidia paie le centre de données qui achètera ses propres puces

Un chiffre à faire tourner la tête : 105 milliards de dollars. C’est le montant de la garantie financière que Nvidia vient d’accorder pour un unique projet de centre de données, celui qu’OpenAI s’apprête à louer pendant vingt ans dans l’Ohio. Concrètement, le fabricant de puces sécurise le financement d’une infrastructure qui, une fois construite, achètera… ses propres processeurs graphiques. La boucle est bouclée, et elle interroge autant qu’elle impressionne.

Nvidia a accepté de fournir une garantie pouvant atteindre 105 milliards de dollars pour aider OpenAI à louer un immense centre de données en Ohio, développé par SB Energy, filiale de SoftBank. Un document boursier publié le 17 août a révélé l’opération, qualifiée par plusieurs analystes d’engagement sans précédent dans le secteur. Il s’agit de l’un des plus importants engagements de financement d’infrastructures pris par le fabricant de puces. Et Nvidia ne s’arrête pas là : la société dirigée par Jensen Huang a annoncé qu’elle allait également investir 1,5 milliard de dollars dans SB Energy, quelques mois après un premier tour de table conjoint avec OpenAI et SoftBank.

À retenir

  • Pourquoi Nvidia finance-t-elle l’infrastructure qui achètera ses propres processeurs ?
  • Un montant astronomique qui s’est dégonflé de moitié en quelques semaines : que s’est-il réellement passé ?
  • Le site consommera autant d’électricité que New York entière : comment les riverains réagissent-ils ?

Un site pharaonique construit sur une ancienne usine nucléaire

Le lieu choisi ne manque pas de symbolique. Le projet, prévu en partie sur une ancienne usine d’enrichissement d’uranium de la Guerre froide, doit abriter à terme, d’ici 2032, plus d’un million et demi de puces Nvidia et fournir une puissance de calcul colossale de 8 gigawatts. Un site industriel qui aura connu deux vies : celle de l’atome militaire, puis celle des intelligences artificielles génératives. Le campus s’installe précisément au PORTS-Pike Technology Campus, dans le comté de Pike, et la garantie soutiendra une capacité initiale de 4,25 gigawatts, avec une option pour 3,75 gigawatts supplémentaires.

Pour donner une échelle à cette débauche d’énergie, un chiffre suffit : le site consommera l’équivalent de sept millions de foyers américains. Soit, en gros, la consommation électrique cumulée d’une ville comme New York. L’exploitation reviendra à SB Energy, qui gérera l’ensemble via un bail de vingt ans avec OpenAI, au PORTS-Pike Technology Campus dans le comté de Pike, en Ohio. Détail qui ne manquera pas d’alimenter les soupçons de conflit d’intérêts : OpenAI a une participation dans SB Energy, et son PDG Sam Altman a lui-même été un investisseur précoce de la société.

Pour alimenter un tel monstre énergétique, il faut plus que quelques lignes à haute tension. SoftBank et SB Energy prévoient au moins 10 gigawatts de nouvelle capacité de production d’électricité et 4,2 milliards de dollars d’investissements dans le réseau régional, en collaboration avec AEP Ohio. Sur le plan de l’emploi, la promesse est également colossale : le projet devrait créer environ 35 000 emplois pendant la construction et 2 500 postes permanents.

Une somme qui a fondu de moitié en quelques semaines

Le montant final de 105 milliards masque une négociation mouvementée. Les premières estimations circulant dans la presse évoquaient un chiffre bien plus vertigineux. Certaines sources avaient précédemment laissé entendre que Nvidia pourrait garantir jusqu’à 250 milliards de dollars pour aider OpenAI à obtenir un financement destiné à un site de 10 gigawatts, avant que des informations plus récentes n’indiquent que les autorités ramèneraient ce montant à moins de 120 milliards de dollars. Un commentaire d’internaute sur Boursorama résume assez bien la valse des chiffres : “hier c’était 250 Md$, ce matin c’était encore 125 Md$, là on est à 105 Md$.” Un dégonflement express qui, à lui seul, en dit long sur la fébrilité entourant ces montages financiers.

Reste une précision technique importante : ce chiffre ne correspond pas à un chèque signé par Nvidia. Ce chiffre ne doit pas être interprété comme un investissement en espèces de 105 milliards de la part de Nvidia. La société a souscrit des garanties sur la valeur résiduelle de l’infrastructure, liées aux différentes parties du campus au fur et à mesure de leur mise en service. En clair, Nvidia s’engage à racheter ou à couvrir une partie de la valeur des équipements si le projet venait à mal tourner. La société utilise ainsi la solidité de son bilan pour réduire le risque financier lié à la construction du centre. Une manière élégante de dire : sans cette caution, les banques n’auraient probablement jamais prêté une telle somme à un projet aussi capitalistique.

Le spectre du financement circulaire

Cette architecture financière n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large amorcée dès septembre 2025, lorsque Nvidia et OpenAI ont annoncé une lettre d’intention pour déployer au moins 10 gigawatts de systèmes Nvidia, avec un investissement pouvant atteindre 100 milliards de dollars, versé progressivement à mesure que chaque gigawatt entrait en service. Depuis, le rythme s’est encore accéléré : cet accord ohien s’ajoute à une série de manœuvres de financement de Nvidia pour soutenir le vaste chantier de l’IA, et la semaine précédente, le fabricant de puces s’était associé à six grands gestionnaires d’actifs pour construire des plateformes destinées à déployer 500 milliards de dollars de capitaux tiers pour des projets de centres de données.

Le procédé fait grincer des dents. En finançant à la fois ses clients et l’infrastructure qui accueillera ses puces, Nvidia devient à la fois vendeur, prêteur et garant, une position qui alimente les critiques sur un système auto-entretenu où la demande semble parfois fabriquée par l’offreur lui-même. Ce type de montage a raisé des concerns sur le financement circulaire dans le secteur de l’IA, même si Jensen Huang a personnellement défendu la solidité de l’opération. Le patron de Nvidia s’est même fendu d’une mise au point publique pour couper court aux soupçons.

Des riverains de plus en plus hostiles

Ce déferlement de gigawatts ne se fait pas sans grincements locaux. 71% des Américains s’opposent à la construction de centres de données près de chez eux, selon un sondage Gallup de mars, et la hausse des factures d’électricité, attribuée en partie à ces sites gourmands en eau et en électrons, s’est invitée dans les débats électoraux. Les 35 000 emplois de chantier promis dans l’Ohio suffiront-ils à faire passer la pilule d’une consommation électrique digne d’une métropole entière ? La question reste entière, et elle risque de se reposer à chaque nouveau projet du même acabit, tant le calendrier de Nvidia et OpenAI ne semble pas près de ralentir : ce campus, à lui seul, promet une capacité équivalente à l’ensemble du programme Stargate dévoilé en grande pompe début 2025.

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