Une plateforme flottante de 760 m² amarrée quai d’Austerlitz, quatre vertiports construits en Île-de-France, et plusieurs centaines de millions de dollars investis dans le projet selon les estimations disponibles :
Volocopter has ploughed US$600 million into its air taxi — an expensive endeavour as it has yet to be made available to consumers
, tandis que d’autres médias avancent un chiffre différent,
over 10 years, the company raised $544 million from investors like Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman, Mercedes-Benz and Intel
, ces deux montants ne mesurant pas nécessairement le même périmètre (investissement total contre argent levé auprès des investisseurs). Et pourtant, à l’été 2024, aucun passager n’a survolé Paris à bord d’un taxi volant. Deux ans plus tard, l’entreprise allemande derrière ce rêve d’aviation urbaine, Volocopter, existe toujours, mais son histoire ressemble davantage à une leçon d’humilité industrielle qu’à un conte de fées technologique.
À retenir
- Un projet dont le coût est estimé, selon les sources, entre 544 et 600 millions de dollars, promis pour les JO 2024 et annulé à quelques jours de la clôture
- Volocopter dépose le bilan en décembre 2024, avant que son personnel, environ 450 employés, ne cesse ses fonctions début mars 2025
- L’Allemagne elle-même repousse ses ambitions à 2032, loin de la promesse de 2021
Un feu vert ministériel qui n’est jamais venu
Le pari semblait pourtant crédible. Dès 2021, la start-up allemande multipliait les démonstrations spectaculaires près de Paris. L’engin a volé au salon aéronautique du Bourget, un vol télécommandé qui a duré trois minutes, parcourant une route de 500 mètres à une vitesse allant jusqu’à 30 km/h et à une hauteur de 30 mètres. De quoi convaincre la région Île-de-France, qui a mis la main à la poche : l’aéronef de deux places, équipé de 18 batteries disposées au-dessus du cockpit, a été financé à hauteur de 1,5 million d’euros par la région.
Le projet devait relier des points stratégiques de la capitale. La ligne était supposée relier le quai d’Austerlitz à l’héliport d’Issy-les-Moulineaux en survolant la Seine vers l’est, puis le périphérique sud. Une promesse de « première mondiale », vendue comme le symbole d’une aviation décarbonée pour des Jeux olympiques déjà taxés de gigantisme écologique.
Le couperet est tombé quelques jours seulement avant la clôture des Jeux. Alors qu’ils espéraient effectuer un vol inaugural à l’occasion des Jeux olympiques de Paris 2024, les taxis volants ont dû renoncer à quelques jours de la clôture de la compétition, en raison d’un retard dans la certification de Volocity. La cause exacte du blocage tient à un détail mécanique presque anecdotique face à l’ampleur du projet : un problème de certification lié à une défaillance des moteurs, qui ont dû être renvoyés aux Etats-Unis pour être contrôlés par leur fournisseur. Trois minutes de vol télécommandé en 2021, zéro passager payant en 2024. Le décalage entre la promesse et la réalité résume à lui seul le fossé qui sépare une démonstration de salon d’une certification aéronautique en bonne et due forme.
De la démonstration ratée à la faillite pure et simple
L’échec parisien n’était que le premier acte d’une chute plus brutale. Cinq mois après l’annulation des vols aux JO, l’entreprise a jeté l’éponge. Volocopter a déposé une demande d’ouverture de procédure d’insolvabilité le 26 décembre 2024, et un tribunal du Bade-Wurtemberg, où l’entreprise est basée, a confirmé le début de ce processus juridique. Concrètement, la totalité du personnel s’est retrouvée sur la touche du jour au lendemain : le personnel de Volocopter, composé de près de 450 employés, a reçu l’ordre de cesser ses fonctions le 3 mars 2025.
L’entreprise n’était pourtant pas un cas isolé dans le secteur. L’insolvabilité de Volocopter fait suite à l’effondrement de son concurrent allemand Lilium, qui a stoppé toutes ses opérations après l’échec d’une ultime tentative de restructuration, marquant le deuxième échec retentissant du secteur européen des eVTOL en quelques semaines. Coûts de développement colossaux, délais de certification interminables, investisseurs lassés d’attendre un retour sur investissement qui ne vient jamais : le secteur entier du taxi volant électrique a vacillé au même moment. Un détail piquant mérite d’être souligné : ces engins qui devaient incarner l’avenir décarboné du transport aérien n’ont, in fine, jamais réussi à décarboner le bilan comptable de leur propre fabricant.
Une renaissance sous perfusion, loin de la Seine
Volocopter n’a pourtant pas totalement disparu. L’entreprise a trouvé un repreneur inattendu venu du secteur de l’aviation générale. Volocopter, le développeur allemand d’eVTOL qui avait fait l’objet d’une procédure d’insolvabilité en 2024, a été racheté par le propriétaire de Diamond Aircraft. De cette renaissance est né un projet entièrement différent du Volocity qui devait survoler la Seine. Sauvé de l’insolvabilité en 2025, Volocopter est revenu avec un tout nouveau modèle d’eVTOL ultraléger biplace, dont la certification est attendue vers la fin 2026.
Le changement de nom en dit long sur le recentrage stratégique de l’entreprise. Le VoloXPro est lancé comme un développement entièrement nouveau, bien qu’il présente certaines similitudes avec le précédent modèle de l’entreprise, le VoloCity, lancé en août 2019. Exit donc le taxi urbain censé remplacer le taxi parisien classique, place à un appareil ultraléger dont les usages restent à préciser. Une inflexion qui traduit une vérité simple : transporter des passagers payants au-dessus d’une capitale exige une certification bien plus lourde que celle d’un aéronef de loisir, et l’industrie entière semble avoir revu ses ambitions à la baisse.
Le rêve du taxi volant n’est pas mort, il a juste changé d’adresse
Reste la question qui fâche : où en est-on du côté français ? Le Groupe ADP, partenaire historique du projet parisien, avait dû acter l’échec avant même la faillite allemande. Le groupe ADP a acté vendredi l’abandon de l’expérimentation des taxis volants à Paris, ce projet n’ayant pas obtenu à temps l’homologation de sécurité nécessaire pour voler au-dessus de la capitale en 2024. Aucune date de reprise officielle n’a depuis été communiquée pour un vol commercial au-dessus de la Seine.
Pendant ce temps, l’Allemagne elle-même mise sur un calendrier bien plus prudent que celui vendu aux Parisiens en 2021. Le ministère fédéral des Transports a fixé des jalons nettement plus lointains : des pistes d’essai pour les taxis aériens à partir de 2026 et des opérations à l’échelle nationale à partir de 2032. Un horizon qui contraste furieusement avec l’enthousiasme des vidéos promotionnelles diffusées avant les JO. La leçon de ces années de chantier tient peut-être en une phrase : il est plus facile de faire voler un prototype devant des caméras que de faire décoller une filière industrielle entière.
Sources : finance.yahoo.com | senat.fr | assemblee-nationale.fr


