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Au fond du désert du Nevada repose depuis 2017 un tube d’essai de 500 m si court qu’un seul passager y aura jamais roulé

Au fond du désert du Nevada repose depuis 2017 un tube d'essai de 500 m si court qu'un seul passager y aura jamais roulé

Un tube de métal de 500 mètres, posé sur des piliers en béton au milieu des cactus et des Joshua trees, à moins d’une heure de route du Strip de Las Vegas. Voilà tout ce qui reste, aujourd’hui, du rêve d’un transport à la vitesse d’un avion sans jamais quitter le sol. Baptisé DevLoop, ce tronçon d’essai a vu défiler des centaines de capsules vides lancées à pleine vitesse. Un seul être humain aura eu le droit d’y monter, ou plutôt deux, pour un aller simple de quinze secondes qui restera l’unique voyage passager de toute l’histoire du projet.

À retenir

  • Un tube expérimental de 500 m surgit du désert du Nevada en seulement 10 mois de construction
  • Deux employés ont vécu l’expérience d’une vie : 15 secondes de voyage à 172 km/h, jamais renouvelées
  • Une infrastructure d’un milliard de dollars qui n’a livré que des mètres et des secondes au lieu des promesses transcontinentales

Un chantier sorti de terre en dix mois, en plein désert du Nevada

L’histoire commence par un pari fou porté par Elon Musk dans un document publié en 2013, avant d’être repris par une société baptisée Hyperloop Technologies, devenue ensuite Hyperloop One. Hyperloop One’s “DevLoop” est une structure d’essai à échelle réelle de 500 mètres qui pèse plus de mille tonnes. Le tube fait 500 mètres de long et 3,3 mètres de diamètre, une dimension modeste comparée aux centaines de kilomètres promis entre Los Angeles et San Francisco.

Le calendrier de construction, lui, a de quoi surprendre pour une infrastructure aussi ambitieuse. Selon les propos du co-fondateur Josh Giegel rapportés à l’époque, l’équipe de plus de 150 ingénieurs, techniciens et fabricants a transformé en cinq mois à peine une étendue désertique aride en un site d’activité intense. Dix mois plus tard, le tube était debout, posé sur ses pylônes, prêt pour les premiers essais. C’est peu, pour ce que la presse spécialisée qualifiait alors de premier site d’essai Hyperloop à échelle réelle au monde.

Les tests sans passager se sont enchaînés dès 2017. En juillet de cette année-là, une capsule appelée XP-1 a battu tous les records du secteur en parcourant la quasi-totalité des 500 mètres de piste, atteignant jusqu’à 310 km/h. Un exploit obtenu grâce à une dépressurisation poussée du tube, recréant des conditions similaires à celles rencontrées à 200 000 pieds d’altitude, une zone de l’atmosphère où l’air raréfié n’oppose presque plus de résistance. Sur le papier, la technologie fonctionnait. Restait à savoir si un corps humain pourrait un jour y survivre confortablement.

Quinze secondes, 172 km/h : l’unique trajet passager de l’histoire du Hyperloop

Il aura fallu attendre novembre 2020 pour voir le tube accueillir enfin des occupants. Ce jour-là, deux passagers, tous deux employés de l’entreprise, ont parcouru la longueur de la piste d’essai de 500 mètres en 15 secondes, atteignant 172 km/h. Les deux cobayes volontaires n’étaient autres que Josh Giegel, directeur technique et co-fondateur, et Sara Luchian, directrice de l’expérience passager, tous deux salariés de la maison. Personne d’autre, avant ou après eux, n’est jamais monté à bord d’une capsule Hyperloop en mouvement.

Le décor de la scène a quelque chose d’anticlimatique pour un événement présenté comme historique. Loin des combinaisons futuristes qu’on aurait pu imaginer, les deux passagers portaient de simples polaires et jeans plutôt que des combinaisons de vol. Luchian a confié aux journalistes que l’expérience était fluide et pas du tout comparable à des montagnes russes, même si l’accélération était plus vive qu’elle ne l’aurait été sur une piste plus longue. Une nuance qui en dit long : sur 500 mètres seulement, impossible de monter en vitesse progressivement comme le ferait un vrai système commercial capable, en théorie, de dépasser les 1 000 km/h.

Ce test a été mené avec un sérieux presque disproportionné par rapport à sa portée symbolique. L’essai, supervisé par un évaluateur de sécurité indépendant certifié, s’est déroulé sur le site d’essai DevLoop de 500 mètres, où l’entreprise avait déjà réalisé plus de 400 tests sans passager. Quatre cents essais à vide pour préparer un unique aller simple humain : le ratio donne une idée de la prudence, ou de la difficulté, à faire franchir le pas à un être vivant dans un tube en quasi-vide.

Le tube toujours planté dans le sable, la société définitivement liquidée

Le rêve s’est arrêté net trois ans plus tard. Fin décembre 2023, la société, rebaptisée entre-temps Virgin Hyperloop puis simplement Hyperloop One après le retrait de Richard Branson, a mis la clé sous la porte. L’entreprise a licencié ses employés, vendu ses actifs restants, dont une piste d’essai et des machines, et fermé ses bureaux. Un chiffre résume l’ampleur de l’échec commercial : elle n’a jamais réussi à décrocher le moindre contrat pour construire un Hyperloop fonctionnel, malgré plus de 450 millions de dollars levés.

Le tube du désert, lui, n’a pas disparu du paysage. D’après les informations disponibles fin 2023, les actifs restants de l’entreprise, y compris les vestiges de sa piste d’essai construite dans le Nevada, devaient être cédés au meilleur offrant, tandis que la propriété intellectuelle revenait à DP World, le conglomérat portuaire dubaïote devenu actionnaire majoritaire. Aucune annonce publique n’a depuis fait état d’un démantèlement du tube ou d’un rachat abouti : la structure semble être restée, telle quelle, plantée dans le sable du Nevada.

Ce qui frappe, avec le recul, c’est le contraste entre l’ambition affichée et la réalité mesurée en mètres et en secondes. On a promis des trajets Los Angeles-San Francisco en une demi-heure ; on a livré un aller de 500 mètres à moins de 110 miles à l’heure, pour deux personnes, une seule fois, en sept ans d’existence. Le physicien Tom Hartsfield, cité par la presse américaine au moment de la fermeture, résumait le paradoxe en soulignant que la technologie promettait des gains réels en vitesse et en émissions, mais butait sur des questions de sécurité et de coût qui restaient les plus préoccupantes. D’autres acteurs, comme Hardt Hyperloop aux Pays-Bas, poursuivent des essais à plus petite échelle : le tube du Nevada, lui, restera sans doute comme la seule capsule habitée jamais lancée dans un vide partiel sur le sol américain.

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