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Fini la barrette de RAM à petit prix : en un an, le kilo exporté a bondi de 401 % et les PC suivent

Fini la barrette de RAM à petit prix : en un an, le kilo exporté a bondi de 401 % et les PC suivent

Un kilogramme de mémoire vive coûte aujourd’hui plus cher qu’un kilogramme d’or. Ce n’est pas une exagération journalistique : entre le 1er et le 20 août 2026, le prix unitaire à l’exportation de la DRAM s’est établi à 92 183 dollars par kilogramme, soit environ 127 millions de wons sud-coréens. En comparaison, en Corée du Sud, 620 grammes d’or 24 carats coûtent actuellement 126,6 millions de KRW. la puce banale qui équipe votre ordinateur vaut désormais plus, au gramme, que le métal précieux qui trône dans les coffres des banques centrales.

La hausse donne le vertige : 401 % sur un an. Et ce chiffre n’est pas un pic isolé. Ce tarif est 12,5 fois plus élevé que celui observé en janvier 2023, période qui marquait les débuts de l’expansion des infrastructures d’IA après l’ouverture publique de ChatGPT par OpenAI en novembre 2022. Trois ans. C’est le temps qu’il a fallu à un composant considéré comme une commodité industrielle pour devenir un actif spéculatif au même titre que l’or.

À retenir

  • Un composant autrefois banal a transformé l’équilibre économique des industries des semi-conducteurs en seulement trois ans
  • Les trois titans mondiaux de la mémoire ont systématiquement stoppé la production destinée au marché grand public pour une raison précise
  • La situation s’aggravera encore avant de s’améliorer, mais pas avant une date clé que l’industrie redoute

L’intelligence artificielle a aspiré toute la production

Le mécanisme derrière cette flambée n’a rien de mystérieux, mais son ampleur reste sidérante. Les géants coréens et américains de la mémoire, Samsung, SK Hynix et Micron, ont massivement réorienté leurs usines vers la HBM (High Bandwidth Memory), le type de mémoire ultra-performante réservée aux puces d’intelligence artificielle des centres de données. Samsung, SK Hynix et Micron ont réorienté leurs capacités vers cette mémoire à forte marge, provoquant une pénurie de DRAM et de NAND grand public, un basculement de fond plutôt qu’un simple accident conjoncturel.

Le calcul des fabricants est purement économique : les marges sur la HBM sont dix fois plus élevées que celles de la DRAM traditionnelle. Résultat, quand un client comme Nvidia ou un opérateur de datacenter réclame des volumes massifs à prix fort, personne ne va sacrifier cette rente pour continuer à fabriquer des barrettes DDR5 à destination du grand public. SK Hynix a redirigé 30 % de ses investissements 2026, environ 20 milliards de dollars, vers la HBM3E et la future HBM4. Le symbole le plus frappant de ce désengagement reste sans doute Micron, qui a purement et simplement claqué la porte du marché grand public : Micron, l’un des trois géants mondiaux de la mémoire, a annoncé sa sortie complète du marché grand public et la disparition progressive de la marque Crucial d’ici février 2026. Une marque connue de millions de bricoleurs de PC qui disparaît des rayons, tout simplement parce qu’elle n’était plus assez rentable face à l’appétit de l’IA.

Les chiffres de la demande donnent la mesure du phénomène. Selon les propos rapportés de Michael Dell, la demande totale de mémoire pour les infrastructures d’IA a été multipliée par environ 625. Six cent vingt-cinq. Ce n’est pas une coquille. Face à un tel appel d’air, la mémoire vive classique, celle qui équipe ordinateurs, smartphones et voitures, passe mécaniquement au second plan.

Les fabricants de PC préviennent leurs clients

Cette flambée sur les marchés d’exportation ne reste pas cantonnée aux bilans financiers des fondeurs coréens. Elle remonte directement jusqu’au consommateur final, avec quelques mois de décalage seulement. Le cabinet d’études IDC a tiré la sonnette d’alarme dès la fin 2025 : le prix moyen des ordinateurs pourrait augmenter jusqu’à près de 9 % en 2026 en raison d’une pénurie mondiale de puces mémoire DRAM et NAND. Une hausse qui touche directement les volumes de vente, puisque le cabinet prévoit un recul du marché des PC de 8,9 % en 2026.

Les grands noms du secteur ne cachent plus leurs intentions. Lenovo, Dell, HP, Acer et Asus ont averti leurs clients de conditions plus difficiles à venir, confirmant des hausses de 15 à 20 %. Dell, par exemple, envisagerait des augmentations d’au moins 15 % à 20 % sur ses gammes. Ces annonces ne sont pas des effets d’annonce : elles traduisent une répercussion mécanique des coûts, dans un secteur où la mémoire pèse une part non négligeable de la facture finale, en particulier sur les configurations dites « AI PC » qui embarquent davantage de RAM par défaut.

IDC résume la situation avec une formule qui claque : « Le moment choisi pour la pénurie de mémoire crée une tempête parfaite pour l’industrie des PC, qui se heurte au cycle de renouvellement de fin de vie de Microsoft Windows 10 et à la campagne marketing en faveur des PC IA ». Trois crises qui se superposent au pire moment possible : la fin de vie de Windows 10 pousse des millions d’utilisateurs à changer de machine, les nouveaux PC Copilot+ exigent davantage de mémoire embarquée, et cette même mémoire n’a jamais été aussi chère.

Vers un retour à la normale, mais pas avant 2027

Le rythme de la hausse a légèrement ralenti sur certains segments récemment, sans pour autant s’inverser. TrendForce a revu les hausses du troisième trimestre à +13-18 % sur les contrats DRAM, loin des +40-50 % redoutés en juillet. Mais attention à ne pas crier victoire trop vite : ce ralentissement ne vient pas d’une offre qui s’améliore, mais d’acheteurs qui refusent d’absorber davantage après des trimestres de hausses massives. Les prix continuent de grimper, juste un peu moins vite qu’anticipé.

Construire une usine de semi-conducteurs prend des années, pas des mois. Samsung a bien activé une quatrième usine à Pyeongtaek, mais sa véritable montée en puissance n’est attendue qu’en 2027, et une cinquième unité dédiée à la HBM ne verra pas le jour avant 2028. En clair, le kilo de RAM plus cher que l’or n’est pas une anomalie passagère à attendre patiemment : c’est le nouveau prix d’entrée dans un monde où les datacenters d’intelligence artificielle ont désormais la priorité absolue sur les usines qui, hier encore, équipaient sans effort le PC familial.

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