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« Je pensais qu’un seul refus suffisait » : pourquoi Meta fait remplir deux formulaires distincts pour vos données

« Je pensais qu'un seul refus suffisait » : pourquoi Meta fait remplir deux formulaires distincts pour vos données

Un clic, une case cochée, un sentiment de mission accomplie. Mais non : s’opposer une seule fois à l’utilisation de ses données par l’intelligence artificielle de Meta ne protège qu’une partie de son profil. Le groupe de Mark Zuckerberg a mis en place deux formulaires distincts, l’un pour les contenus que vous publiez vous-même, l’autre pour les informations que des tiers partagent à votre sujet. Deux démarches, deux logiques, et un vrai risque de passer à côté de l’une des deux sans même s’en rendre compte.

À retenir

  • Refuser une seule fois ne suffit pas : deux formulaires parallèles gèrent vos données
  • Le second formulaire, méconnu, protège les contenus que d’autres partagent à votre sujet
  • Une architecture juridique délibérée ou une friction volontaire pour contourner le RGPD ?

Un premier formulaire pour vos propres publications

Le parcours commence dans les paramètres de confidentialité. Il faut se rendre dans “Paramètres et confidentialité”, accessible depuis le menu de Facebook, puis choisir “Sujets en lien avec la confidentialité” et cliquer sur “Démarrer” dans le widget consacré à l’IA chez Meta. C’est là qu’apparaît la première option d’opposition, celle qui concerne les données que vous avez volontairement publiées : posts, commentaires, légendes de photos, stories visibles publiquement.

Dans la section “Envoyer une demande d’opposition”, il suffit de cliquer sur “Informations que vous avez partagées sur les Produits Meta”, de saisir son adresse email puis de valider l’envoi. Une manipulation rapide, presque anodine. Le problème, c’est que la plupart des utilisateurs s’arrêtent là, convaincus d’avoir bouclé le dossier. Or ce premier formulaire ne couvre qu’une moitié du problème.

Le second formulaire, celui qu’on oublie presque toujours

Une fois la collecte automatique de ses propres données désactivée, il reste à désactiver la collecte pour “les tiers” : il y a donc concrètement deux formulaires distincts à remplir. Cette seconde brique concerne un cas moins évident mais tout aussi réel : celui où d’autres utilisateurs partagent du contenu qui vous concerne, sans que vous ayez publié quoi que ce soit vous-même. Une photo où vous êtes identifié, un commentaire qui vous mentionne, une story qui vous filme en arrière-plan. Autant de traces numériques qui échappent totalement à votre contrôle direct, mais que Meta peut potentiellement exploiter pour entraîner ses modèles.

Même sans compte, les données d’une personne peuvent être utilisées si d’autres utilisateurs partagent des contenus la concernant, et dans ce cas, il est possible de remplir un formulaire d’opposition spécifique accessible sans connexion. C’est là toute la subtilité du système : on peut n’avoir jamais ouvert de compte Facebook et se retrouver quand même dans le viseur de l’entraînement de l’IA, simplement parce qu’un proche a publié une photo de groupe. Logique, en un sens. Mais rarement anticipé.

Autre point à surveiller : si les comptes Facebook et Instagram sont liés via le Centre de comptes, une seule opposition suffit, sinon il faut répéter la procédure pour chaque compte. Deux réseaux, deux profils non liés, deux démarches à refaire. Le double formulaire peut donc, dans certains cas, se transformer en quadruple exercice.

Pourquoi Meta a construit un système aussi éclaté

Ce découpage n’est pas le fruit du hasard ni d’une simple maladresse technique. Il reflète deux catégories juridiques distinctes de données personnelles : celles que vous produisez directement, et celles produites par des tiers mais qui vous identifient. Le RGPD européen distingue ces situations, et Meta a manifestement calqué son architecture d’opposition sur cette distinction plutôt que de proposer un interrupteur unique.

Cette complexité a d’ailleurs valu au groupe des critiques appuyées de la part des défenseurs de la vie privée. L’association autrichienne de défense de la vie privée NOYB a accusé l’entreprise de violer le RGPD, son fondateur Max Schrems dénonçant une “malicious consent trickery” reposant sur un mécanisme d’opposition difficile à trouver. Selon lui, “Meta is clearly trying to get away with using European data without proper consent”. Deux formulaires plutôt qu’un, cachés dans les tréfonds des paramètres de confidentialité : difficile de ne pas y voir une forme de friction volontairement entretenue.

Le calendrier de ce chantier remonte à avril 2025. Meta a annoncé qu’elle entraînerait ses modèles d’IA avec le contenu public et les conversations avec le chatbot Meta AI de ses utilisateurs européens, tout en leur permettant de s’opposer à cette utilisation. L’annonce est intervenue alors que le groupe avait lancé avec succès Meta AI dans l’UE en mars, près d’un an après avoir suspendu son lancement en raison des préoccupations des régulateurs européens. Une reprise en main du dossier, mais assortie d’un parcours utilisateur qui reste, encore aujourd’hui, loin d’être limpide.

Ce qui a changé (et ce qui n’a pas changé) depuis la date butoir

La date du 27 mai 2025 a marqué un tournant symbolique. Meta avait fixé cette échéance pour s’opposer à l’utilisation des données ; passé ce délai, les contenus publics ont pu être utilisés pour entraîner l’intelligence artificielle du groupe, faute de démarche d’opposition. Mais l’histoire ne s’arrête pas là pour les retardataires. Il reste possible de s’opposer à la collecte après cette date, même si toute opposition formulée après le délai ne peut empêcher l’utilisation des données déjà collectées ; le refus ne prend effet que pour les données futures.

Concrètement, cela signifie qu’un refus tardif protège l’avenir, pas le passé. Vos publications d’avant mai 2025 restent potentiellement dans les jeux de données déjà exploités pour l’entraînement des modèles, sans retour en arrière possible. La seule parade radicale, pour ceux qui refusent catégoriquement toute exploitation, reste la fermeture pure et simple du compte : si Meta rejette la demande d’opposition, la seule façon garantie de protéger ses informations d’un usage pour l’entraînement de l’IA est de supprimer son compte Facebook, un choix difficile mais actuellement le plus efficace pour ceux qui privilégient la confidentialité de leurs données. Un dilemme qui, à lui seul, résume assez bien le rapport de force entre utilisateurs et plateformes en 2026 : la sortie complète reste souvent l’option la plus fiable, quand les cases à cocher se multiplient sans jamais vraiment simplifier la vie de ceux qui veulent garder la main sur leurs données.

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