Trente secondes de vidéo générées en une seule passe, un prix de départ à 0,05 dollar la seconde, et surtout : plus de code source ouvert. Le 24 août 2026, Alibaba a fait basculer l’équilibre du secteur en généralisant l’accès à Wan3.0, son nouveau modèle de génération vidéo par intelligence artificielle. Depuis ce jour, Google Veo, longtemps considéré comme la référence incontestée, doit composer avec un rival chinois qui ne joue plus dans la même catégorie de discrétion.
Quelques jours après avoir levé environ 10,2 milliards de dollars lors d’un placement d’actions à Hong Kong, Alibaba a officiellement lancé Wan3.0, la dernière version de son modèle de génération vidéo. Le timing n’a rien d’un hasard. Le produit de cette levée de fonds est destiné à des investissements dans l’intelligence artificielle, soulignant l’engagement du groupe envers le développement de l’IA. Alibaba ne se contente plus de suivre la course, il met le paquet financier pour la mener.
À retenir
- Alibaba ferme définitivement son code source : fin de la stratégie open-source qui faisait sa réputation
- Wan3.0 double la durée vidéo par rapport à Veo, à moitié prix : un argument commercial dévastateur pour les créateurs indépendants
- Le marché explose en mille pièces : Kling, Runway, HappyHorse bousculen la hiérarchie établie depuis des mois
Un modèle qui double la mise sur la durée
Techniquement, Wan3.0 marque un vrai saut. Le modèle améliore nettement les capacités de génération vidéo, permettant aux utilisateurs de créer des clips allant jusqu’à 30 secondes en une seule passe, soit le double de la durée de sortie de son prédécesseur, Wan2.7, limité à 15 secondes. Sur le papier, l’écart avec Veo 3.1, plafonné à des séquences bien plus courtes, se creuse nettement.
La polyvalence impressionne aussi. Alibaba a lancé Wan3.0, un nouveau modèle d’IA vidéo capable de créer des vidéos jusqu’à 30 secondes à partir de texte, d’images, de vidéos et d’autres fichiers. Plus surprenant encore : en entrée, les utilisateurs peuvent fournir tout type de document, des images et vidéos aux PDF, présentations PowerPoint ou tableurs. Une page e-commerce transformée en spot publicitaire en quelques clics, voilà le genre d’usage qu’Alibaba met en avant, et qui parle directement aux équipes marketing plus qu’aux seuls studios de cinéma.
Côté qualité d’image, le modèle promet de la constance. Le nouveau modèle génère des vidéos en résolution jusqu’à 1080p et maintient le détail des personnages, la disposition spatiale et la cohérence du mouvement tout au long de la vidéo, tout en étant conçu pour produire des micro-expressions synchronisées sur les visages et une sortie vocale multilingue.
La bataille des prix, terrain où Google recule
C’est peut-être là que le bras de fer devient le plus concret pour l’utilisateur final. Wan3.0 démarre à environ 0,05 dollar par seconde pour une vidéo en 480p, un tarif qui grimpe à 0,10 dollar par seconde pour du 720p et 0,20 dollar par seconde pour du 1080p. En comparaison, cette stratégie tarifaire compétitive positionne Wan3.0 face à d’autres modèles du marché, dont Veo 3.1 de Google, qui facture 0,40 dollar par seconde pour son service standard. Deux fois moins cher pour une résolution équivalente : voilà un argument qui pèse lourd pour les créateurs indépendants et les petites agences qui produisent en volume.
Mais un chiffre bas ne suffit pas à convaincre les professionnels. Pour l’instant, le vrai test reste la qualité : si Wan3.0 parvient à livrer des vidéos convaincantes à moindre coût, Alibaba pourrait devenir un rival sérieux pour Google et les autres fabricants d’IA vidéo. Et sur ce point, la prudence reste de mise : les performances du modèle n’ont pas encore été évaluées de manière indépendante, laissant ses affirmations de qualité principalement dépendantes des déclarations de l’entreprise elle-même.
Le vrai basculement : Alibaba ferme le code, mais Veo n’est plus seul
Le détail qui change tout, c’est ailleurs. Pendant des années, Alibaba a construit sa réputation sur la transparence. Alibaba avait bâti une partie de sa réputation dans le domaine en publiant le code de ses modèles, mais Wan2.2, sorti en juillet 2025, reste le dernier modèle à être open-source, l’entreprise ne publiant plus le code de ses modèles désormais. Un revirement stratégique assumé : la décision d’Alibaba de fermer les poids du modèle marque un changement par rapport à son approche open source précédente, qui constituait une marque de fabrique de la série Wan, alors que l’entreprise avait bâti sa réputation sur cette pratique. Traduction : Alibaba a compris que le code gratuit ne rapporte rien, mais que l’API payante, elle, génère du chiffre d’affaires. Et les résultats financiers du groupe donnent du poids à cette bascule.
Mais Wan3.0 n’est qu’une pièce du puzzle. Le paysage de la vidéo générative s’est fragmenté à une vitesse qui donne le tournis. Kling 3.0, sorti début février 2026, a par exemple introduit une génération native en 4K à 60 images par seconde, des clips de 15 secondes et un doublage labial multilingue. Runway, lui, a occupé la première place du classement Artificial Analysis à son lancement fin 2025 avant d’être détrôné, mais conserve la meilleure interface de contrôle du secteur, avec ses pinceaux de mouvement et sa cohérence de scène. Même Alibaba se retrouve concurrencé par sa propre filiale : le modèle HappyHorse, développé par une autre unité du groupe, a pris la première place du classement Artificial Analysis sans audio avec un score Elo de 1357, avec 15 milliards de paramètres et un doublage labial en sept langues.
Face à cette avalanche, Google conserve un atout que personne n’a encore répliqué à l’identique. Ce qui distingue Veo, ce n’est pas sa position dans le classement : c’est qu’il reste le seul modèle largement disponible générant un dialogue synchronisé en 48kHz, et non de simples effets sonores ou bruits d’ambiance. Sur le papier, la firme de Mountain View n’est plus seule en tête des classements bruts. Mais sur la qualité du son parlé, synchronisé au mouvement des lèvres avec une fidélité proche du direct, elle garde une longueur d’avance que ni Wan3.0 ni ses rivaux chinois n’ont pour l’instant comblée. La course ne se jouera plus sur un seul critère, et c’est justement ce qui rend la suite imprévisible.
Sources : clubic.com | informatiquenews.fr | atlascloud.ai


