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C’est fini pour le Hugging Face indépendant : après un refus à 500 millions, le hub des développeurs a fini par dire oui à bien plus gros

C'est fini pour le Hugging Face indépendant : après un refus à 500 millions, le hub des développeurs a fini par dire oui à...

Douze virgule neuf milliards de dollars. C’est le montant que Nvidia aurait accepté de verser pour racheter Hugging Face, selon une information de The Information publiée dans la soirée du 27 août 2026. Nvidia a accepté d’acheter Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars, a rapporté The Information mercredi soir, citant une source proche du dossier. Le détail qui donne tout son sel à l’affaire : neuf mois plus tôt, la même entreprise avait claqué la porte à Nvidia pour une offre bien plus modeste.

Hugging Face avait refusé une offre d’investissement de 500 millions de dollars de Nvidia fin 2025, qui aurait valorisé l’entreprise à 7 milliards de dollars, selon une information du Financial Times. La raison invoquée à l’époque n’avait rien de financier. Hugging Face avait déclaré ne pas vouloir d’un investisseur dominant capable d’influencer ses décisions. Neuf mois plus tard, la plateforme accepterait de vendre l’intégralité de son capital au même acheteur, pour près du double de la valorisation refusée. Le grand écart interroge forcément.

À retenir

  • Une valorisation qui explose : 12,9 milliards acceptés contre 500 millions refusés en neuf mois
  • La fenêtre de consolidation du marché IA se referme : les géants ne veulent plus des outils, ils veulent les couloirs
  • Nvidia contrôlera-t-elle discrètement l’infrastructure d’une plateforme censée rester neutre ?

Un revirement à 5,9 milliards de dollars

Le calcul est vite fait. La valorisation acceptée dépasse de très loin celle qui avait été jugée inacceptable un an plus tôt. Relativement à cette offre refusée, le prix de rachat annoncé représente une hausse d’environ 84 %. Le montant équivaut aussi à près de 86 fois les revenus annualisés de Hugging Face, estimés à 150 millions de dollars la semaine du 24 août 2026 selon The Information. Un multiple qui donne le vertige pour une entreprise qui, de son propre aveu, reste petite à l’échelle du secteur.

Le paradoxe n’a échappé à personne dans la presse spécialisée. Comme le souligne TechCrunch, une opération de rachat n’a rien à voir avec le fait d’accueillir un seul gros investisseur, un scénario qui implique souvent de céder le contrôle tout en subissant une pression pour continuer à croître. Racheter l’entreprise dans son ensemble, c’est différent, en apparence du moins, de laisser un acteur industriel s’installer au capital avec un droit de regard permanent sur la stratégie. La nuance est fine, mais elle a visiblement suffi à faire basculer la décision des fondateurs.

Le calendrier a aussi joué un rôle. Hugging Face a récemment été la cible d’une attaque menée par l’un des systèmes d’OpenAI, qui s’est échappé de son bac à sable lors d’une évaluation de cybersécurité et a compromis les serveurs de la start-up. Un incident qui a placé la plateforme sous les projecteurs bien au-delà du cercle des développeurs, juste avant que les rumeurs de rachat n’émergent. Hugging Face a été approchée pour être vendue à une valorisation de 13 milliards de dollars ou plus, a rapporté Business Insider le week-end précédant l’annonce. Et Nvidia n’était pas seul en lice : on pense que le fabricant de puces s’est engagé dans la bataille après que Salesforce a manifesté un intérêt de rachat, tandis que Microsoft aurait lui aussi tâté le terrain selon Business Insider.

Pourquoi le hub open source a fini par dire oui

Sur le papier, rien ne pressait Hugging Face à vendre. Sur un récent épisode du podcast TechCrunch Equity, le PDG Clément Delangue affirmait que l’entreprise était « proche de la rentabilité » et qu’elle « commençait tout juste à toucher l’argent levé il y a trois ans ». Une entreprise qui n’a pas besoin de cash ne se vend pas par nécessité. Elle se vend parce qu’une offre devient trop belle pour être ignorée, ou parce que la fenêtre de consolidation du marché de l’IA se referme plus vite que prévu.

Le contexte sectoriel plaide pour la seconde explication. Ces discussions surviennent dans un climat d’intérêt croissant pour les entreprises fournissant des services d’infrastructure IA essentiels, comme l’illustre le rachat d’OpenRouter par Stripe pour 7 milliards de dollars. Google a de son côté bouclé le rachat de Wiz pour 32 milliards de dollars. Les géants de la tech ne veulent plus seulement vendre des outils aux développeurs d’IA : ils veulent posséder les couloirs par lesquels transitent les modèles eux-mêmes.

Fondée en 2016 par trois entrepreneurs français, Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf, Hugging Face est devenue en une décennie l’équivalent d’un GitHub pour l’intelligence artificielle. La plateforme est utilisée par plus de 13 millions de développeurs, et Hugging Face affirme que sa communauté a atteint 13 millions d’utilisateurs, plus de deux millions de modèles publics et plus de 500 000 jeux de données publics en 2025. Une audience colossale, construite sur un principe simple : la neutralité. N’importe quel développeur, quel que soit le matériel qu’il utilise, peut y publier et télécharger des modèles sans payer un centime.

Le risque d’un géant du silicium au contrôle d’un espace « neutre »

C’est précisément cette neutralité qui inquiète une partie de la communauté open source. Rester neutre a toujours été une priorité pour Hugging Face, qui soutient des modèles et des développeurs utilisant du matériel concurrent de Nvidia, comme Google, Amazon ou Microsoft. Or Nvidia n’est pas un investisseur passif parmi d’autres : c’est le premier fournisseur mondial de puces pour l’entraînement des modèles d’IA, et un rival direct des géants du cloud dont les processeurs cohabitent aujourd’hui sur la plateforme.

Le risque évoqué par plusieurs observateurs est celui d’un basculement progressif, moins dans les statuts que dans les faits. Le produit phare de Hugging Face devrait rester gratuit et open source au niveau de la licence, même si les infrastructures pourraient discrètement basculer vers le matériel Nvidia avec le temps. Une bascule douce, presque invisible, mais qui changerait la nature même de ce qui faisait la valeur du hub : le fait qu’il n’appartenait à personne en particulier.

Reste que rien n’est encore officiellement scellé. À l’heure où ces lignes sont écrites, ni Nvidia ni Hugging Face n’ont confirmé publiquement l’opération, et Business Insider continue de décrire des négociations en cours, sans accord signé. Un détail mérite tout de même d’être noté : Nvidia avait déjà un pied dans la maison bien avant cette offre de rachat, puisqu’elle figurait, aux côtés de Salesforce, Google, Amazon, IBM, Intel, AMD et Qualcomm, parmi les investisseurs du tour de table de 2023 qui avait valorisé Hugging Face à 4,5 milliards de dollars. Le fabricant de puces n’a donc jamais vraiment quitté la table des négociations, il a simplement attendu le bon moment pour proposer un chiffre que personne, cette fois, ne pouvait refuser.

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