Airbus, le géant aéronautique dont le siège est basé à Toulouse, vient de passer un cap symbolique. Le groupe a confirmé “Airbus a fait l’acquisition du robot Walker S2 d’UBTech dans le cadre d’un plan visant à explorer conjointement les applications robotiques dans la fabrication aéronautique”. Fini les vidéos spectaculaires tournées à Shenzhen ou Hangzhou : un robot humanoïde chinois va désormais fouler le sol d’un site industriel français, avec une mission déjà identifiée, celle d’épauler les équipes sur les lignes de production d’avions.
La nouvelle a de quoi surprendre, tant l’image des usines aéronautiques reste associée à des bras robotisés massifs, fixes, cantonnés derrière des barrières de sécurité. UBTech, l’entreprise chinoise à l’origine du Walker S2, a précisé que les deux groupes ont annoncé le 18 janvier avoir reçu une commande d’Airbus portant sur l’achat de ses robots Walker S2, et exploreront la manière dont ces systèmes pourront réaliser des tâches dans la fabrication d’avions. Une page se tourne : le fantasme du robot bipède cantonné aux démonstrations de kung-fu chinoises s’installe désormais dans un atelier occitan.
À retenir
- Pourquoi Airbus renonce-t-il à développer son propre robot humanoïde ?
- Combien de machines le géant aéronautique a-t-il vraiment commandées ?
- Quel secret fait du Walker S2 une machine plus fiable que ses prédécesseurs ?
Un robot déjà rodé ailleurs dans l’industrie mondiale
Le choix du Walker S2 n’a rien d’un pari aveugle. Le robot mesure 1 mètre 76 et 70 kg de muscles électroniques, et affiche des capacités pensées pour l’usine plutôt que pour le salon high-tech. Ses mains articulées comptent 11 degrés de liberté et des capteurs tactiles, et peuvent porter 7,5 kg dans chaque main et 1 kg avec chaque doigt. Autre argument de poids pour tourner en continu sur une chaîne : le Walker S2 peut aussi remplacer lui-même sa batterie, une première pour un robot humanoïde selon UBTech en novembre 2025.
Concrètement, chez Airbus, les premières pistes explorées touchent à des gestes très concrets d’atelier. Selon les informations disponibles, UBTech a réalisé des tests du Walker S2 chez Airbus pour des tâches d’assemblage, de manutention et d’inspection. Rien d’extraordinaire sur le papier, mais tout l’enjeu est là : réussir ces gestes basiques avec la fiabilité et la répétabilité qu’exige un secteur où la moindre vis mal serrée peut coûter cher. Le robot n’arrive pas non plus en terrain totalement vierge côté avionneur, puisque le groupe aéronautique a déjà recours à des robots industriels, en particulier dans le pré-assemblage des fuselages des A320.
Ce choix ne sort pas de nulle part non plus côté fournisseur. UBTech multiplie les contrats avec des mastodontes industriels : Texas Instruments, BYD, Foxconn pour ne citer qu’eux l’utilisent également, et l’entreprise chinoise avait déjà franchi une étape symbolique fin 2025, avec 1 000 Walker S2 déjà produits dans l’usine de Liuzhou, dans le sud de la Chine. Airbus ne teste pas un prototype de laboratoire mais une machine qui a déjà tourné, en vrai, sur d’autres chaînes.
Pourquoi l’Europe regarde vers la Chine pour ses humanoïdes
Ce choix illustre un basculement plus large. La Chine a méthodiquement pris la tête de la course à l’humanoïde industriel, avec une production qui donne le vertige : le pays a fabriqué environ 20 000 robots humanoïdes en 2025, un volume déjà dépassé sur le seul premier semestre 2026, avec plus de 40 000 unités, la prévision pour l’année pleine dépassant les 100 000. Trois groupes trustent l’essentiel du marché, Unitree, AgiBot et UBTech, qui captent plus de 80% du marché chinois à eux trois.
Face à cette avance industrielle, difficile pour un groupe comme Airbus de faire l’impasse sur les acteurs chinois, même si des alternatives émergent en France, comme la jeune pousse parisienne Uma. Le sujet est d’ailleurs suffisamment sensible pour que Washington ait tranché de son côté : les États-Unis viennent d’interdire l’importation de ces robots humanoïdes par ces sociétés considérées comme des compagnies militaires chinoises. L’Europe, elle, choisit pour l’instant la voie de l’expérimentation encadrée plutôt que celle de l’interdiction, un pari qui n’est pas sans risque géopolitique.
Un test, pas encore une révolution sur les chaînes
Reste que l’annonce mérite d’être remise à sa juste échelle. Airbus reste volontairement vague sur l’ampleur du déploiement : aucune information n’a été communiquée sur le calendrier de déploiement de ces robots ni sur le nombre d’appareils commandés. Le groupe lui-même a tenu à tempérer les attentes, précisant que “la collaboration avec UBtech Robotics en est encore à un stade très précoce”. Pas question donc de voir demain des dizaines de Walker S2 remplacer des opérateurs sur les lignes d’assemblage des A320 ou A350.
Le prudence est d’autant plus logique que le secteur aéronautique ne badine pas avec la sécurité. Chaque nouvelle technologie, humanoïde ou non, doit franchir une batterie de validations avant d’approcher un poste de travail sensible, sans même parler d’intervenir directement sur des pièces critiques de l’appareil. Cette opération n’est d’ailleurs pas la première incursion du groupe dans la robotique humanoïde côté recherche : Airbus avait déjà collaboré, dès 2016, avec le Joint Robotics Laboratory, issu du CNRS et de l’institut japonais AIST, pour travailler sur des algorithmes de planification en environnement exigu. Le sujet couvait donc depuis longtemps en interne, bien avant que la Chine n’inonde le marché de robots à forme humaine.
Un détail mérite d’être gardé en tête : ce type de robot se vend aujourd’hui à un tarif qui reste loin d’être anecdotique, de l’ordre de six chiffres par exemplaire selon plusieurs estimations du secteur. De quoi rappeler qu’avant de remplacer un poste de câbleur ou de contrôleur qualité, le Walker S2 devra d’abord prouver qu’il coûte moins cher à faire tourner qu’un humain formé, une équation économique qui, pour l’instant, reste largement à écrire.
Source : sciencepost.fr

