Quarante-cinq véhicules. Aucun volant, aucune pédale, aucun rétroviseur. C’est le chiffre qui inquiète désormais les régulateurs américains, quelques jours à peine après le lancement commercial du Cybercab de Tesla dans les rues d’Austin.
Selon les registres de l’État, Tesla avait 420 véhicules autonomes enregistrés au Texas, dont 45 Cybercabs. Ce chiffre, en apparence modeste, a suffi à déclencher une réaction en chaîne à Washington. Tesla a commencé à facturer des courses en Cybercab à Austin le 3 septembre 2026. Les régulateurs fédéraux ont réagi le jour même. La National Highway Traffic Safety Administration a ouvert l’Audit Query AQ26002, portant sur environ 1 000 Cybercabs.
La rapidité de la riposte réglementaire frappe. À peine quelques heures séparent l’annonce du lancement et l’ouverture de l’enquête fédérale.
- Tesla a commencé à facturer des courses en Cybercab à Austin le 3 septembre 2026 avec 45 véhicules sans volant ni pédales.
- La NHTSA a ouvert une enquête le même jour pour vérifier si l’auto-certification de Tesla respecte les normes fédérales de sécurité.
- Tesla a affirmé que ses Cybercabs respectent toutes les normes fédérales applicables sans demander de dérogation réglementaire.
Un véhicule qui n’a jamais été pensé pour un conducteur humain
La NHTSA relève que le Cybercab est dépourvu de commandes manuelles conventionnelles fixées de façon permanente, notamment un volant, une pédale de frein, une pédale d’accélérateur et des rétroviseurs. Or les normes fédérales existantes n’ont pas été conçues avec ce genre de véhicule en tête. Le droit fédéral autorise les constructeurs à auto-certifier que leurs véhicules respectent la réglementation en vigueur. Mais ces règles exigent justement que les voitures disposent d’un volant et de freins.
Le système américain fonctionne ainsi depuis des décennies : pas d’homologation préalable, mais une confiance a priori. Sous les règles américaines du 49 CFR Part 571, les constructeurs certifient eux-mêmes leur conformité aux normes de sécurité. Ils construisent le véhicule, décident qu’il respecte les normes fédérales, puis le vendent sans validation préalable de la NHTSA. L’agence audite ensuite cette documentation et peut ouvrir des enquêtes si elle constate des problèmes. C’est précisément ce mécanisme qui a permis à Tesla de lancer son service sans attendre un feu vert de Washington.
Reste une question centrale, et elle n’a rien d’anecdotique : la NHTSA veut savoir si l’auto-certification de Tesla reposait sur la conclusion que certaines normes fédérales de sécurité des véhicules à moteur ne s’appliquaient pas au Cybercab. l’agence cherche à comprendre si Tesla a tout simplement décidé, de son propre chef, que les règles sur les volants et les pédales ne le concernaient pas.
Ce que Tesla a répondu à l’agence
La position du constructeur est claire, presque abrupte. Dans le résumé de l’enquête, la NHTSA note que Tesla l’a informée avoir certifié que ces véhicules Cybercab étaient conformes à toutes les normes fédérales de sécurité des véhicules à moteur applicables. Conforme, point final, sans demander la moindre dérogation.
Tesla a indiqué à la NHTSA avoir certifié les véhicules comme conformes à toutes les normes fédérales applicables plutôt que de solliciter une exemption. Ce choix intrigue les spécialistes du secteur. Ann Carlson, ancienne administratrice par intérim de la NHTSA et aujourd’hui professeure de droit environnemental à l’UCLA, y voit un signal révélateur des tensions entre l’agence et le constructeur.
L’administrateur actuel de la NHTSA, Jonathan Morrison, a tenu à nuancer le propos sans reculer d’un pouce. « La NHTSA soutient pleinement le développement et le déploiement sûrs des véhicules autonomes. Mais en tant que régulateur fédéral, nous devons nous assurer que toutes nos lois sont respectées », a déclaré Jonathan Morrison. « Notre approche, qui consiste à équilibrer innovation et surveillance de la sécurité, permettra aux États-Unis de conserver leur leadership mondial en matière d’innovation dans les véhicules autonomes ».
L’enquête n’équivaut pas, pour l’instant, à une condamnation. L’agence n’a pas déclaré le Cybercab illégal ni ordonné à Tesla d’arrêter son service à Austin. L’Audit Query est une action d’application qui permet à la NHTSA d’examiner la base de l’auto-certification de Tesla. Ouvrir cette enquête n’établit pas en soi un défaut ou une infraction.
Un contexte réglementaire déjà mouvant
L’affaire tombe à un moment paradoxal. L’administration en place cherche justement à assouplir les règles qui gênent aujourd’hui Tesla. En juin dernier, l’agence a proposé de mettre fin à l’obligation gouvernementale de pédales de frein manuelles dans les véhicules à conduite autonome, une mesure qui faciliterait le déploiement de tels véhicules sur les routes américaines. Elle a aussi proposé d’autres modifications aux normes fédérales de sécurité pour permettre aux véhicules autonomes de se passer d’équipements supplémentaires destinés à un conducteur humain. Le Cybercab arrive donc pile entre deux mondes réglementaires, l’ancien qui exige encore un volant, le futur qui s’apprête à s’en passer.
Ce n’est pas non plus la première alerte concernant les robotaxis de Tesla. Dès le lancement initial du service, en juin 2025 avec des Model Y modifiées, la NHTSA avait contacté Tesla après que de nombreuses vidéos publiées en ligne semblaient montrer des robotaxis Tesla enfreignant le code de la route dans le sud d’Austin. Un an plus tard, le problème n’est plus le comportement au volant, mais l’absence même de volant.
La flotte reste pour l’instant restreinte à un périmètre limité de la ville. Tesla a enregistré 45 Cybercabs dans le cadre de sa flotte de robotaxis au Texas, mais a précisé que les courses en Cybercab ne seraient disponibles que dans une section limitée d’Austin. Une prudence qui contraste avec les ambitions affichées par Elon Musk, qui évoque régulièrement une multiplication rapide du nombre de véhicules dans les mois à venir.
La différence avec la concurrence saute aux yeux. Waymo, filiale de Google, exploite un service commercial de robotaxis dans 14 villes américaines, avec une flotte d’environ 4 000 véhicules sans conducteur, tous équipés de lidar, de radar et de caméras. Tesla, elle, mise tout sur la caméra, et surtout sur un pari technologique et réglementaire qu’aucun autre constructeur n’a osé pousser aussi loin : supprimer purement et simplement les commandes destinées à un être humain.
Sources : nhtsa.gov | motor1.com | detroitnews.com
