in

J’ai voulu ajouter 32 Go de DDR5 à ma tour juste pour gagner en fluidité : au moment de valider le panier, la barrette coûtait plus cher que ma carte graphique

J'ai voulu ajouter 32 Go de DDR5 à ma tour juste pour gagner en fluidité : au moment de valider le panier, la barrette coû...

Deux cent quarante euros. C’est le prix affiché pour un kit de 32 Go de DDR5 au moment où j’ai voulu upgrader ma tour, cet été, simplement pour gagner en fluidité sur mes sessions de montage et quelques onglets ouverts en trop. Ma carte graphique, achetée il y a dix-huit mois, valait moins cher à l’époque. Non, ce n’est pas une exagération de rédacteur en quête de titre choc : c’est la réalité du marché de la mémoire vive en cette fin d’été 2026.

J’ai vérifié plusieurs comparateurs avant de valider le panier, pensant à une erreur d’affichage. Aucune erreur. Un kit 32 Go DDR5 coûte aujourd’hui 3 à 4 fois son prix de début 2025, toutes marques confondues. Et le pire, c’est que ce n’est pas un pic isolé lié à une rupture de stock ponctuelle. C’est structurel.

À retenir

  • Les trois fabricants mondiaux de mémoire ont complètement arrêté de produire de la DDR5 classique
  • Micron, l’un des géants, disparaît du marché grand public d’ici février 2026
  • Les analystes anticipent encore +45 % de hausse au T2 2026, avant stabilisation

Pourquoi la mémoire vive est devenue un objet de luxe

La réponse tient en trois lettres : IA. Les trois gros fabricants mondiaux (Samsung, SK Hynix, Micron, plus de 95 % de la production mondiale de DRAM à eux trois) ont complètement pivoté leur production : avant, des tonnes de DDR4 et DDR5 classiques pour les gamers ; depuis fin 2025, les lignes tournent en priorité pour la HBM3e et HBM4, la mémoire ultra-rapide des puces IA. chaque plaquette de silicium qui part vers un data center Nvidia est une plaquette qui ne finira jamais dans une barrette de PC grand public. Une galette de silicium utilisée pour de la HBM, c’est une galette en moins pour la DDR5.

Micron a d’ailleurs été particulièrement clair sur le sujet. Le fabricant a affirmé sans détour que ses capacités sont “sold out” pour toute l’année 2026. Et la marque a carrément décidé de sortir du marché grand public : Micron, l’un des trois géants mondiaux de la mémoire, a annoncé sa sortie complète du marché grand public et la disparition progressive de la marque Crucial d’ici février 2026. Concrètement, une enseigne que la plupart des acheteurs de PC connaissent depuis des années disparaît des rayons pendant que les usines se réorientent vers des mémoires que le grand public ne verra jamais.

Les chiffres qui font mal au portefeuille

La théorie économique, c’est bien. Les chiffres, c’est pire. Sur un an, entre août 2025 et août 2026, les données de PCPartPicker confirment une explosion des coûts avec des augmentations annuelles autour de 400 % pour les kits standards de 16 Go, atteignant 485 % pour les modèles de 32 Go. Et pour ceux qui visent du confort professionnel, la note grimpe encore : un kit 64 Go DDR5-5600, autrefois inférieur à 200 dollars, exige désormais plus de 1 100 dollars. Un multiplicateur de cinq. Pour mettre ça en perspective, c’est comme si le plein d’une petite voiture passait de 60 à 300 euros du jour au lendemain, sans qu’aucune pénurie de pétrole ne soit visible à l’œil nu.

En Europe, la situation n’est pas meilleure. Le site allemand ComputerBase rapporte une hausse moyenne de 345 % des prix de la RAM par rapport à septembre 2025. Et contrairement à ce qu’on pourrait espérer, se rabattre sur de l’ancienne génération DDR4 pour économiser ne sauve rien : sur le marché spot, la DDR4 a augmenté de 172 % contre 76 % pour la DDR5. La pénurie ne fait pas de distinction entre les générations de mémoire, elle frappe tout le secteur, y compris les SSD et les disques durs qui suivent une trajectoire similaire.

Ce qui rend la chose encore plus frustrante, c’est le timing. Les analystes de TrendForce, largement cités par la presse spécialisée, ne voient pas d’accalmie proche. TrendForce anticipe une hausse supplémentaire de 45 à 50 % des prix contractuels DRAM au T2 2026. Et les nouvelles capacités de production, seule vraie solution structurelle, ne pousseront pas du jour au lendemain : les nouvelles usines de production prennent 3 à 5 ans à construire. Autant dire que le problème n’est pas près de se résoudre à coups de promotions Black Friday.

Faut-il craquer quand même, ou attendre ?

Face à ce constat, deux tentations opposées se dessinent. La première, céder à la panique et acheter n’importe quoi, n’importe quand, en se disant que demain sera pire. La seconde, attendre une hypothétique baisse qui tarde à venir. Les deux ont leurs limites.

Concrètement, pour un usage gaming classique, la course aux gigaoctets n’a pas vraiment de sens dans ce contexte de prix. Ce n’est pas pour les gamers : la quasi-totalité des jeux n’exploite pas cette capacité, aucun gain de performance mesurable au-delà de 32 Go n’est constaté. viser 64 Go “pour être tranquille” quand on ne fait que jouer et surfer relève du gaspillage pur, surtout à ces tarifs. En revanche, pour qui travaille réellement la vidéo lourde ou la 3D, l’investissement peut se justifier : 64 Go prennent tout leur sens dans des usages professionnels précis comme le montage vidéo 4K/8K, le rendu 3D ou le développement multi-VM, à condition de justifier l’investissement de 900 à 1 200 euros par son activité réelle.

Sur le calendrier, mieux vaut ne pas trop tergiverser si le besoin est réel. Le pic est attendu mi-2026, avec potentiellement encore +45 % par rapport à janvier, avant une stabilisation probable au second semestre, sans effet immédiat sur les prix. Une vraie détente durable, elle, n’est pas attendue de sitôt : une normalisation durable des prix n’est pas attendue avant 2027, selon TrendForce et les analystes sectoriels.

Ce qui m’a le plus frappé en refermant ce panier resté vide, c’est un détail que peu de gens connaissent : la crise ne touche pas que les PC. Le Steam Deck OLED de Valve a vu ses tarifs relevés de façon spectaculaire le 27 mai 2026, le fabricant invoquant explicitement la hausse des coûts de la mémoire et du stockage. Quand une console portable de jeu se retrouve otage d’une guerre industrielle autour de l’intelligence artificielle, on mesure à quel point cette pénurie dépasse largement le cadre du simple upgrade de tour.

Notez ce post

Passez l’ongle au fond de votre poêle antiadhésive et regardez la trace : c’est le test que font les cuisiniers avant de la garder

J’ai retiré le distributeur de savon de ma salle de bain juste pour tester une semaine : trois mois plus tard, il n’est jamais revenu sur le lavabo