Berlin, hall 6.2 du parc des expositions. Pendant quatre ans, le robot humanoïde de Xiaomi n’avait jamais quitté le territoire chinois. C’est chose faite : à l’occasion d’IFA 2026, le géant de Pékin a fait traverser l’Eurasie à son CyberOne pour sa toute première apparition publique hors de ses frontières.

La scène s’est jouée le 3 septembre, veille de l’ouverture officielle du salon berlinois. Xiaomi a dévoilé son robot humanoïde CyberOne et confirmé qu’il subissait une validation de performance dans son usine de véhicules électriques, marquant la première participation de la marque à IFA. Un choix loin d’être anodin : pour son entrée dans le plus grand salon de l’électronique grand public d’Europe, la firme chinoise a mis les moyens. Xiaomi a installé un hall d’exposition autonome de près de 3 300 mètres carrés, présentant CyberOne aux côtés de plus de 380 produits, de technologies de nouvelle génération et de cas d’usage concrets.

À retenir

  • Le CyberOne n’a jamais quitté la Chine jusqu’à Berlin — pourquoi maintenant ?
  • Le taux de réussite du robot bondit à 98 % sur une tâche d’usine, mais les vraies questions restent sans réponse
  • Une nouvelle génération avec 66 degrés de liberté arrive déjà — Xiaomi accélère masssivement sur la robotique

Une bête de foire qui sait aussi se montrer sociable

Sur le stand, l’animal ne rugit pas, il fait plutôt le clown. Sur le salon, CyberOne a démontré une interaction en temps réel avec les visiteurs, réalisant des gestes de « cœur avec les doigts » et de pouce levé. Une manière habile de rendre la technologie accessible, presque attachante, loin de l’image parfois froide des robots industriels. Ce numéro de charme n’est pourtant que la partie visible : Xiaomi joue une autre partition, bien plus sérieuse, à des centaines de kilomètres de là, dans ses propres usines.

Le nom du robot n’est pas neuf pour les initiés. Le robot humanoïde CyberOne de Xiaomi, également connu en Chine sous le surnom de « Tie Da », est le premier robot humanoïde bionique de taille réelle de la marque, dévoilé initialement le 11 août 2022. Quatre ans plus tard, la machine change de statut : elle n’est plus un simple concept de vitrine, mais un outil qu’on teste grandeur nature sur une chaîne de production.

Le vrai test ne se joue pas sous les projecteurs

Les démonstrations de gestes amusants font recette auprès du public, mais le chiffre qui compte vraiment se trouve ailleurs. Xiaomi a présenté son robot humanoïde CyberOne à IFA 2026 à Berlin, mais son test le plus important se déroule loin du plancher du salon : l’entreprise teste CyberOne sur une tâche de serrage d’écrous dans l’une de ses usines de véhicules électriques. Concrètement, le robot visse des boulons, sans relâche, comme n’importe quel opérateur de ligne. Après environ quatre mois, Xiaomi affirme que le taux de réussite du robot sur cette tâche spécifique est passé d’environ 90 % à 98 %.

Une progression flatteuse sur le papier. Mais il faut la remettre en perspective : réussir un geste répétitif dans un environnement contrôlé n’a rien à voir avec la polyvalence attendue d’un ouvrier humain. Pour les entreprises qui évaluent les robots humanoïdes, ce résultat montre leur potentiel sur des tâches répétitives de production, mais pas encore leur fiabilité sur des tâches variées. Un analyste résume bien la nuance : un bond de 90 % à 98 % sur une seule tâche de fabrication suggère des progrès, mais n’établit pas que les robots humanoïdes sont prêts pour un déploiement industriel à grande échelle, la fiabilité, le coût et la polyvalence restant en question.

Pour affiner ses algorithmes, Xiaomi ne travaille pas en vase clos. L’entreprise s’appuie sur des modèles d’IA maison, MiMo-V2.5-Pro, MiLoco et MiClo, pour soutenir ses travaux de robotique et de fabrication intelligente. Une stratégie cohérente avec l’ADN de la marque : tout intégrer, du silicium jusqu’au logiciel, sans dépendre des fournisseurs extérieurs.

Un successeur déjà en coulisses

Le CyberOne exposé à Berlin n’est déjà plus, en interne, la référence absolue. Si le dévoilement initial de CyberOne était avant tout une démonstration technologique, Xiaomi a continué à développer son programme de robotique humanoïde depuis, introduisant récemment une nouvelle génération de son robot lors du WRC 2026. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : ce nouveau robot mesure environ 1,70 mètre pour 66 kilos et affiche surtout 66 degrés de liberté, une augmentation substantielle par rapport à la configuration à 21 degrés du modèle original, ce qui devrait lui permettre des mouvements plus sophistiqués et une plus grande souplesse corporelle.

Tripler la mobilité articulaire en quatre ans, c’est le genre de saut technique qui distingue une démonstration marketing d’un vrai programme industriel. On sent que Xiaomi ne cherche plus juste à prouver qu’un robot peut marcher et saluer la foule, mais à construire un outil capable de rivaliser, à terme, avec la dextérité humaine sur une chaîne de montage.

Derrière le robot, un empire qui accélère partout à la fois

CyberOne n’est qu’une pièce du puzzle. À Berlin, Xiaomi a aussi présenté son smartphone pliable haut de gamme équipé d’une puce maison, ainsi que plusieurs modèles automobiles. Et derrière ces vitrines, l’ambition financière est claire : Xiaomi prévoit d’investir plus de 200 milliards de yuans, environ 29,8 milliards de dollars, en R&D entre 2026 et 2030, couvrant l’IA, les semi-conducteurs, la robotique et bien plus.

Sur le volet automobile, l’entreprise ne cache pas non plus ses intentions européennes. Après avoir livré son premier véhicule électrique en 2024, Xiaomi a livré un cumul de plus de 700 000 véhicules en Chine continentale, et prévoit d’entrer sur le marché européen, y compris l’Allemagne, en 2027. Le calendrier n’est donc pas dû au hasard : venir montrer son robot et ses voitures à Berlin, un an avant leur commercialisation sur le sol allemand, ressemble fort à une opération de séduction anticipée auprès du public européen.

Reste une question que peu soulèvent : Xiaomi n’a encore communiqué aucun prix ni calendrier de commercialisation grand public pour CyberOne. Le robot demeure, pour l’instant, un outil de test interne et une vitrine technologique, pas un produit sur étagère. La bascule de la démonstration à la vente reste le véritable défi, et c’est probablement là, plus que sur les tapis rouges des salons, que se jouera l’avenir des humanoïdes made in China.

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