SmileBASIC 4 est une application de programmation sortie sur la première Switch, et un chercheur l’a utilisée pour s’introduire dans la Switch 2 via sa rétrocompatibilité. L’exploit, baptisé ns2jb, a été annoncé le 22 octobre 2026. Il vise le firmware 23.0.1 et n’exige aucune modification matérielle.
Son auteur, Sammy Hajhamid (alias pepsipu), a publié la chaîne d’exploitation sur GBAtemp et son code source sur GitLab.
- Un dépassement d’entier dans SmileBASIC 4 combiné à une faille du système de fichiers permet d’exécuter du code natif.
- L’accès obtenu reste limité au userland : pas d’accès au noyau et aucun custom firmware permanent.
- Aucun ban lié à l’exploit n’a été signalé, mais Nintendo peut sanctionner les consoles qui se connectent en ligne.
Une faille née d’une appli de programmation
Le principe tient en deux bugs enchaînés. Un dépassement d’entier 32 bits dans SmileBASIC 4 est combiné à un dépassement de tampon dans le service de système de fichiers de la Switch 2, ce qui permet d’exécuter du code natif. Le chercheur parle de deux semaines d’efforts soutenus pour que le premier bug donne accès à un pointeur de tableau, puis à la lecture et à l’écriture d’une partie de la mémoire système. Il affirme aussi que le Codex d’OpenAI, piloté via un banc matériel sur mesure, l’a aidé à repérer ces failles. Une intelligence artificielle dans la boucle, voilà qui change l’économie de la recherche de failles.
L’exploit est « tethered » : il doit être relancé à chaque redémarrage de la console et rien ne persiste après un reboot. Il faut aussi un PC sous macOS ou Linux, sur le même réseau, qui exécute un paquet node.js chargé d’ouvrir l’accès privilégié.
Les démonstrations se sont enchaînées en quelques heures. Elles couvrent l’exécution de code homebrew non signé, la sauvegarde des données de jeu et l’injection de ressources personnalisées, avec des personnages ajoutés à Mario Kart World. Des images montrent aussi un Homebrew Launcher tournant sur la console. L’exploit a ensuite servi à extraire le firmware pour l’étudier hors ligne.
Un piratage partiel, loin du custom firmware
Le noyau reste hors d’atteinte.
L’accès obtenu se limite au niveau userland, avec des permissions réduites, sans accès au noyau ni custom firmware permanent. Aucune démonstration publique n’a non plus montré comment faire tourner des copies pirates de jeux Switch 2. Pour un joueur ordinaire, l’intérêt pratique reste donc mince, et la scène homebrew y gagne surtout un terrain d’expérimentation.
SmileBASIC 4 a disparu des eShop nord-américain et européen, et des utilisateurs japonais signalent la même chose, sans que Nintendo ait confirmé le lien avec l’exploit. Les copies déjà installées ne sont pas désactivées pour autant.
Nintendo a déjà joué cette partition. En juillet 2016, l’éditeur avait retiré SmileBASIC de l’eShop après la découverte d’un exploit qui servait à pirater la 3DS. L’application avait ensuite été corrigée, et la mise à jour système 11.1.0-X était sortie en septembre 2016. Le délai entre retrait et correctif avait donc dépassé deux mois, ce qui laisse une fenêtre à la communauté. Sur les forums, certains pariaient pourtant sur un correctif en quelques jours.
Le risque de ban, point noir du homebrew
Aucun ban lié à ns2jb n’a été signalé à ce jour.
Nintendo n’a publié aucune déclaration officielle sur l’exploit. Le précédent existe pourtant. La firme a banni des Switch 2 qui utilisaient la cartouche MIG Switch pour des copies de jeux, et une console bannie affiche l’erreur 2124-4508 et perd l’eShop, les mises à jour, le jeu en ligne, GameChat et la bibliothèque Nintendo Switch Online.
Reste à savoir si ns2jb est détectable. Comme l’exploit ne laisse pas de modification permanente, on ignore si Nintendo peut repérer son usage. La politique de confidentialité de Nintendo a toutefois été mise à jour pour autoriser l’examen de vidéo et d’audio de jeu via le système de signalement, ce qui ajoute une piste de détection pour les parties modifiées vues par d’autres joueurs.
Une console utilisée hors ligne, qui ne se connecte jamais aux serveurs de Nintendo après l’exploit, pourrait échapper au dispositif de sanction. En revanche, les fonctions en ligne, les jeux qui contactent un serveur et même la vérification d’une mise à jour créent un risque de détection. Un média spécialisé suppose que la sanction visée serait la coupure des services en ligne, les jeux restant jouables hors connexion, comme sur une Switch 1 piratée. C’est une hypothèse, pas une garantie, et un compte principal rattaché à des achats numériques mérite mieux qu’un pari.
Que faire si vous possédez une Switch 2
Sans appétit pour le bricolage, la réponse est simple : ne touchez à rien et gardez la console à jour. Un correctif devrait fermer la faille tôt ou tard. Pour les curieux, la prudence consiste à séparer la console d’expérimentation de son compte principal.
Méfiance aussi envers les « packs de hack Switch 2 » et les kits vendus en ligne, souvent des arnaques ou des vecteurs de malware. Nintendo poursuit en justice les vendeurs de dispositifs de contournement, avec des poursuites pénales contre des membres de Team Xecuter.
Aux États-Unis, le Digital Millennium Copyright Act restreint le contournement des protections techniques, et Nintendo s’en est servi contre des vendeurs d’appareils de jailbreak. En France, la copie privée et l’interopérabilité ne suffisent pas à rendre la manipulation anodine face aux conditions d’utilisation du constructeur. Même si Nintendo colmate cette brèche, d’autres seront découvertes. Et l’IA abaisse la barrière d’entrée pour les chercheurs.
Sources : notebookcheck.net | newscord.org

