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Les humanoïdes chinois s’affrontent désormais au ping-pong, au foot et sur un ring de MMA : voici ce qui les attend à la frontière américaine

Les humanoïdes chinois s'affrontent désormais au ping-pong, au foot et sur un ring de MMA : voici ce qui les attend à la f...

Un coup de pied circulaire, une tête qui s’envole littéralement du torse d’un robot humanoïde, une foule chinoise en délire. La scène s’est déroulée le 16 juillet 2026 à Shenzhen, lors d’un combat de MMA entre deux machines identiques, et elle résume à elle seule où en est la robotique chinoise : spectaculaire, filmée, exportée dans le monde entier. Mais au moment même où ces robots s’affrontent sur les rings, les tatamis et les pelouses, Washington vient de leur fermer la porte du plus gros marché de la planète.

Reprenons les faits. Le 16 juillet dernier, lors de l’ouverture d’une compétition organisée par l’entreprise Engine AI à Shenzhen, deux robots humanoïdes T800 se sont affrontés dans une cage de MMA pour ce qui est présenté comme le premier combat du genre. Les deux humanoïdes, qui mesurent 1,73 mètre et pèsent 75 kilos, se sont échangé des coups, jusqu’à ce que l’un des deux décapite l’autre avec un gros coup de pied. Un moment surréaliste, filmé et diffusé jusqu’au South China Morning Post. Le match inaugural s’est tenu au Centre culturel et sportif de Nanshan, à Shenzhen, pour l’URKL (Ultimate Robot Knock-out Legend), une compétition qui a réuni des équipes venues de Chine, des États-Unis, de Pologne et de Singapour, toutes en lice avec le même robot standardisé, le T800 d’EngineAI. Sur plus de 200 équipes inscrites, 32 ont été retenues pour le tournoi principal, la différenciation ne se jouant pas sur le matériel, identique pour tous, mais sur les algorithmes et les optimisations logicielles propres à chaque équipe.

À retenir

  • Des robots humanoïdes chinois se décapitent au MMA et jouent au foot en toute autonomie lors de compétitions spectaculaires
  • Les États-Unis viennent d’interdire l’importation de ces robots, invoquant la sécurité nationale dans un contexte géopolitique tendu
  • La Chine contrôle 85% du marché mondial avec une production massive, tandis que les géants américains Tesla et Figure AI traînent loin derrière

Ping-pong, football, boxe : les jeux de Pékin comme vitrine géopolitique

Le MMA n’est qu’un aperçu. Du 22 au 26 août 2026, Pékin accueille la deuxième édition des World Humanoid Robot Games, un événement d’une tout autre ampleur. Ils seront 2 056 robots, répartis au sein de 666 équipes, à participer, les concurrents représentant 16 pays répartis sur six continents. La domination domestique ne laisse guère de place au suspense comptable, puisque 641 des 666 équipes sont chinoises, adossées à 157 entreprises privées et quelque 200 universités ou instituts de recherche. L’édition précédente donne une idée de la diversité des épreuves : 280 équipes avaient concouru avec plus de 500 robots humanoïdes dans 26 épreuves incluant la boxe, le football, le nettoyage et le tri de médicaments.

Le foot robotique a d’ailleurs déjà fait ses preuves comme attraction populaire. Lors d’un match test à Pékin en juin 2025, quatre équipes de robots humanoïdes se sont affrontées dans des matchs de football entièrement autonomes en 3 contre 3. Le résultat n’a rien d’un exploit sportif : tandis que l’équipe nationale masculine de football chinoise n’a pas suscité beaucoup d’enthousiasme ces dernières années, les équipes de robots humanoïdes ont conquis le public de Pékin, davantage grâce à la technologie d’intelligence artificielle impliquée qu’à une quelconque prouesse athlétique. Et l’ambiance sur le terrain n’a rien d’un long fleuve tranquille : plusieurs robots ont dû être évacués du terrain sur des civières par le personnel, ajoutant au réalisme de l’expérience. Un but manqué à cause d’une chute, ce n’est plus un gag, c’est presque un argument marketing.

Ce que Pékin cherche à démontrer dépasse largement le score final. Chaque match de football entre bipèdes titubants vaut démonstration de puissance : la performance sportive, en soi, importe peu, ce qui compte, c’est que le monde entier regarde. L’organisation du tournoi de combat va dans le même sens : l’objectif était de créer une compétition de robots humanoïdes commerciaux d’envergure mondiale, tout en accélérant la recherche et l’industrialisation, selon le fondateur d’Engine AI Zhao Tongyang.

La frontière américaine se ferme aux robots chinois

Voilà pour le spectacle. Sur le terrain commercial, l’ambiance est nettement plus tendue. Le 29 juillet 2026, quelques semaines avant les Jeux de Pékin, la Commission fédérale des communications américaine (FCC) a interdit l’importation de nouveaux robots humanoïdes et onduleurs de puissance fabriqués à l’étranger, invoquant des risques pour la sécurité nationale, dans une mesure qui vise la Chine. L’interdiction de la FCC inclut également les nouvelles importations de robots quadrupèdes, souvent appelés robots-chiens. Le calendrier n’a rien d’anodin : ces mesures risquent de tester les relations avec Pékin à l’approche d’une visite prévue du dirigeant chinois Xi Jinping aux États-Unis pour rencontrer le président Donald Trump en septembre.

La riposte diplomatique n’a pas tardé. Le ministère chinois des Affaires étrangères a répliqué en accusant Washington d’étendre abusivement la notion de sécurité nationale pour étouffer les entreprises chinoises, affirmant que la Chine prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour défendre les intérêts légitimes de ses entreprises. Sur le fond, l’argument américain cible directement des poids lourds du secteur : Nvidia a par exemple dévoilé en juin un modèle de référence de robot humanoïde utilisant le châssis humanoïde de l’entreprise chinoise Unitree, tandis que le Pentagone a récemment inclus Unitree et plusieurs autres grandes entreprises technologiques chinoises sur sa liste de firmes ayant des liens avec l’armée chinoise. Un rapprochement embarrassant, puisque des composants chinois se retrouvent jusque dans les architectures américaines les plus avancées. Il faut cependant nuancer la portée de la mesure : l’interdiction ne semble pas affecter l’utilisation continue des appareils existants ni la vente par les entreprises chinoises de modèles déjà approuvés aux États-Unis.

Une domination chinoise qui dépasse largement le folklore sportif

Derrière les uppercuts et les tirs au but ratés se cache un rapport de force industriel écrasant. La Chine domine le marché mondial des robots humanoïdes avec une part de marché estimée à environ 85 %. Les chiffres de production donnent le vertige : sur les quelque 15 000 robots humanoïdes expédiés dans le monde en 2025, Unitree et AGIBOT, deux des plus grandes entreprises chinoises de robotique avancée, en ont chacune livré plus de 5 000, contre quelques centaines ou moins pour leurs homologues américains comme Tesla et Figure AI, selon le cabinet Omdia. L’écart n’est pas près de se combler : « les fabricants chinois ont accéléré leur montée en puissance et réduit leurs coûts plus rapidement que la plupart de leurs concurrents étrangers », résume l’analyste Kangyuxiao Li chez Morningstar.

Fermée à l’export vers les États-Unis, cette industrie ne va pas rester les bras croisés. Plusieurs observateurs notent déjà un basculement stratégique vers d’autres débouchés : « beaucoup de fournisseurs chinois se tournent vers l’Europe comme destination privilégiée », selon un analyste cité par CNN, qui ajoute que ces entreprises étaient réalistes quant à leurs perspectives sur le marché américain. De quoi rappeler qu’un robot capable de décapiter son adversaire d’un coup de pied bien placé reste, avant tout, une pièce sur un échiquier commercial où se jouent des milliards de dollars et l’accès à des infrastructures jugées sensibles des deux côtés du Pacifique.

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