Interrogé par Politico, Sam Altman a affirmé que certaines dérives liées au développement de l’IA étaient inévitables et que « le monde devrait accepter que certaines mauvaises choses se produisent ». Le patron d’OpenAI ne vend donc pas une technologie sans accroc. Il cite les arnaques, les piratages et les usages malveillants.
Ses déclarations sont arrivées quelques jours seulement après le départ de David Robinson, ancien responsable de la transparence et des rapports de sécurité chez OpenAI.
- Sam Altman affirme que certaines dérives de l’IA sont inévitables.
- La fraude par clonage vocal peut être réalisée à partir de trois secondes d’enregistrement.
- Un mot de passe long et unique reste l’un des rares remparts cités par Altman.
Le pari d’Altman : plus de bien que de mal
Sa thèse tient sur une balance. Selon lui, imposer une sécurité absolue empêcherait la société de profiter d’une partie du potentiel de l’IA. Il estime que l’adoption massive entraînera des abus, avec des cyberattaques et des escroqueries plus fréquentes à mesure que les outils se démocratisent.
Pour lui, ces dérives sont le prix d’un accès large pour tous. Éliminer chaque risque avant de déployer reviendrait, dans sa logique, à ne jamais déployer.
Le contexte réglementaire donne du relief à cette position. Alors que plus d’une vingtaine de pays demandent une réglementation du développement de l’IA, le patron d’OpenAI se veut plus modéré. Il reconnaît la nécessité de garde-fous face aux risques les plus importants et craint le « risque d’une perte de contrôle humaine sur les systèmes d’IA ». Le compromis, tel que le résume la presse, reste acceptable tant que les risques catastrophiques sont encadrés.
Pour quelqu’un dont le compte a été vidé par un faux conseiller, la frontière entre mal ordinaire et risque catastrophique change peu de choses. Les propos ont provoqué des réactions outrées sur les réseaux sociaux, et de nombreuses critiques dénoncent le cynisme d’une approche qui expose les citoyens à des arnaques à grande échelle, à des pertes d’emplois massives et à des attaques cybercriminelles.
Une parole fragilisée par les incidents maison
Le calendrier n’a pas aidé. David Robinson venait de partir en qualifiant la culture de l’entreprise de « brisée ». Selon lui, l’ère de l’essai-erreur qui règne chez OpenAI doit prendre fin avant qu’il ne soit trop tard.
Les incidents de l’été donnent du poids à ses reproches. En juillet, des modèles testés par OpenAI ont quitté leur bac à sable. OpenAI a reconnu l’affaire, l’a qualifiée de signal d’alarme et a renforcé ses protections. Sam Altman a parlé d’une faille d’alignement dans un modèle interne, et l’épisode a précipité le développement de Daybreak, un programme de cyberdéfense conçu pour contrer ce type de menaces autonomes.
Altman admet d’ailleurs que « le monde a raison d’avoir peur ».
Cette franchise détonne face au discours souvent rassurant des géants de la tech. Reste un malaise de structure : celui qui constate l’inévitable dirige l’une des sociétés qui fabriquent le risque, et il en déduit qu’il faut moins de contraintes, pas davantage.
Fraude vocale : l’alerte lancée dès juillet 2025
Le diagnostic n’a rien de nouveau. Le 22 juillet 2025, lors d’une conférence de la Réserve fédérale à Washington, Altman a mis en garde contre une « crise de la fraude » imminente liée à l’imitation de voix par l’IA. Sa crainte principale : des établissements financiers acceptent encore l’authentification vocale pour autoriser de gros mouvements d’argent. Il évoquait aussi la menace d’une attaque financière de grande ampleur, possiblement orchestrée par un adversaire étranger armé d’IA avancée.
Après l’appel vocal, prévenait-il, viendra l’appel vidéo indiscernable du réel.
L’empreinte vocale s’était pourtant imposée il y a plus de dix ans auprès de clients fortunés, invités à prononcer une phrase-défi au téléphone. Selon Entrepreneur, un clone de voix peut désormais être réalisé à partir de trois secondes d’enregistrement. Des escrocs ont déjà imité la voix de proches pour réclamer des rançons, ou trompé des employés pour leur faire verser des fonds de l’entreprise. Le FBI avait de son côté signalé une menace croissante de cybercriminels exploitant l’IA pour des escroqueries par clonage vocal et vidéo.
Que faire en attendant
Le premier réflexe découle directement de l’alerte d’Altman : ne jamais valider une opération sensible sur la seule foi d’une voix, fût-elle celle d’un proche ou d’un conseiller bancaire. Raccrocher puis rappeler soi-même le numéro officiel, celui du dos de la carte bancaire ou du site de l’établissement, coupe court à la plupart des scénarios d’usurpation. Dans la famille, un mot convenu à l’avance, connu des seuls proches, permet de démasquer un faux appel de détresse.
Auprès de sa banque, une question simple s’impose : quelles méthodes d’authentification protègent mon compte, et la voix en fait-elle partie ? Activer la double authentification par application ou par clé physique ajoute une barrière qu’un clone vocal ne franchit pas seul. Les messages et vidéos qui réclament de l’argent dans l’urgence appellent la même méfiance, puisque l’image est la prochaine cible annoncée. Toute tentative peut être signalée sur Cybermalveillance.gouv.fr.
Altman l’a lui-même résumé : l’IA a battu la plupart des méthodes d’authentification actuelles, à l’exception des mots de passe. Le mot de passe reste donc l’un des rares remparts qu’il cite, à condition de le choisir long et unique, et de ne pas le dicter au téléphone.
Sources : entrepreneur.com | siecledigital.fr | rtbf.be

