Une requête envoyée à une intelligence artificielle générative consomme en moyenne 0,24 wattheure, soit moins que le visionnage de neuf secondes de télévision moderne qui correspond à environ 100 Wh, selon une étude publiée par Google. Un chiffre dérisoire, presque anecdotique à l’échelle individuelle. Mais Google vient pourtant de signer, le 9 septembre 2026, un accord énergétique d’une ampleur inédite en Europe pour alimenter ses futurs centres de calcul en Finlande, preuve que la multiplication de ces micro-consommations finit par peser lourd.
Treize milliards d’euros. C’est l’investissement annoncé par le groupe américain.
- Une requête Google Gemini consomme 0,24 wattheure, soit l’énergie de neuf secondes de télévision
- Google finance 50% de la capacité de la centrale nucléaire finlandaise de Loviisa sur 22 ans pour ses data centers IA
- Les data centers IA sont quatre à cinq fois plus énergivores que les data centers traditionnels et représentent déjà 2% de la consommation mondiale
Un contrat de 22 ans autour d’une centrale née dans les années 1970
Google a annoncé, le 9 septembre 2026, un investissement d’au moins 13 milliards d’euros dans ses infrastructures finlandaises, réparti sur les chantiers de 2027 et 2028. Ce programme, le plus important jamais engagé par le groupe en Europe, est conditionné à un contrat d’achat d’électricité de 22 ans signé avec l’énergéticien Fortum. Dans le cadre de ce plan d’investissement de 13 milliards d’euros dans les infrastructures d’intelligence artificielle en Finlande, Google a accepté d’acheter jusqu’à 50 % de la capacité de la centrale nucléaire de Loviisa, ouvrant la voie à un fonctionnement prolongé de la centrale jusqu’à la fin de sa licence, en 2050.
Maintenir la centrale en service jusqu’en 2050 nécessitera environ un milliard d’euros d’investissements dans les années à venir. Sans l’engagement financier de Google, ces travaux de prolongation n’auraient probablement jamais été rentables pour Fortum. C’est là toute la mécanique du deal : un géant du numérique finance, indirectement, la survie d’un actif industriel vieillissant. L’accord garantit que la centrale de Loviisa continuera de fonctionner au-delà de 2030, une échéance qui aurait pu marquer sa fermeture.
Trois sites concentrent les nouveaux data centers.
L’investissement de Google couvrira des projets à Hamina, Kajaani, Muhos et Vaala, incluant trois nouveaux centres de données dans le nord de la Finlande, ainsi que des améliorations du réseau, des projets d’énergie propre et du stockage par batteries. Selon les chiffres avancés par Google, la phase de construction soutiendrait plus de 37 000 emplois à l’échelle du pays et une fois les installations en service, environ 7 000 emplois seraient soutenus chaque année.
Pourquoi la Finlande, pourquoi maintenant
Le choix ne doit rien au hasard. La Finlande offre une combinaison de facteurs que peu d’autres marchés européens réunissent simultanément : une électricité nucléaire de base représentant environ 38 à 40 % de la production nationale, un climat froid et un accès à l’eau de mer côtière qui réduisent quasiment à zéro les coûts de refroidissement mécanique, un réseau nordique en surplus de production permettant d’implanter des data centers sans investissements majeurs de transmission, et une présence opérationnelle établie depuis quinze ans à Hamina. Loviisa, à elle seule, fournit environ 10 % du réseau électrique finlandais et fonctionne comme la source d’énergie continue et indépendante de la météo dont les data centers IA ont besoin.
Le mouvement n’est pas isolé. Microsoft soutient la remise en service d’un réacteur sur le site de Three Mile Island, Meta a conclu un contrat destiné à prolonger l’exploitation de la centrale de Clinton dans l’Illinois, Amazon finance des projets de SMR et Google a réservé auprès de Kairos Power la production de futurs réacteurs avancés. Mais l’accord finlandais change de registre : contrairement à un pari sur une technologie qui doit encore franchir plusieurs étapes industrielles et réglementaires, Loviisa fonctionne déjà. Le risque n’est plus technologique, il devient financier et contractuel.
Des analystes de Citigroup y voient un signal fort. Selon eux, l’accord Google démontre une demande significative pour une électricité propre et de base à grande échelle pour les data centers en Europe, et d’autres accords similaires devraient suivre sur le continent, y compris potentiellement avec des centrales nucléaires en Espagne.
Le paradoxe du coût invisible d’une requête
Revenons à la fameuse requête, presque gratuite en apparence. Une requête textuelle dans les applications Gemini consomme en moyenne 0,24 wattheure d’énergie, et elle émet 0,03 gramme d’équivalent dioxyde de carbone et consomme 0,26 millilitre d’eau, l’équivalent d’environ cinq gouttes. Côté OpenAI, Sam Altman a révélé en juin 2025 que chaque requête envoyée à ChatGPT consommait en moyenne 0,34 Wh d’électricité, soit l’énergie nécessaire pour faire fonctionner un four pendant une seconde. À l’unité, rien d’alarmant.
Le problème surgit dans la multiplication. Les datacenters d’IA sont quatre à cinq fois plus énergivores que les datacenters traditionnels, et les centres de données IA représentent déjà 2 % de la consommation électrique mondiale, une part qui pourrait quadrupler d’ici 2030. Multipliez 0,24 Wh par des milliards de requêtes quotidiennes, ajoutez l’entraînement des modèles, et l’addition change de dimension.
Un détail technique mérite d’être posé, car il tempère l’image d’Épinal du “data center alimenté directement par le nucléaire”. Un contrat d’achat d’électricité de ce type ne signifie pas qu’un flux dédié d’électrons de Loviisa atteint physiquement et exclusivement les data centers de Google : il s’agit plutôt d’un montage commercial et financier qui garantit des revenus stables au producteur et équilibre, sur le papier et dans la durée, la consommation de l’acheteur avec la production de la centrale. Google sécurise du volume et de la visibilité financière, pas un câble direct entre le réacteur et ses serveurs.
Un marché finlandais qui change d’échelle
La Finlande partait pourtant d’une base modeste. Le pays comptait 33 data centers représentant environ 285 MW de capacité électrique en 2025, une capacité qui pourrait atteindre 1,5 GW en 2030 si les projets annoncés se concrétisent. L’accord Google, complété par 629 MW de nouveaux projets éoliens terrestres et une batterie de 94 MW à Kajaani devant être mise en service fin 2027, multiplie potentiellement par cinq la capacité électrique dédiée au numérique du pays en cinq ans à peine.
Ce que révèle finalement ce dossier, c’est un changement de nature du rapport entre géants technologiques et infrastructures énergétiques nationales. Google ne se contente plus d’acheter de l’électricité verte sur le marché : il finance directement la survie d’une centrale construite dans les années 1970, avec un horizon contractuel qui dépasse la durée de vie de la plupart des équipements informatiques qu’elle alimentera.
Sources : lenergeek.com | emarketerz.fr | techcrunch.com
