Les développeurs informatiques arrivent en tête, avec 74,5 % de leurs tâches déjà couvertes par l’usage réel de l’IA. Viennent ensuite les conseillers du service client (70,1 %) et les opérateurs de saisie (67,1 %). Ce classement vient d’une étude publiée par Anthropic en mars 2026, qui introduit un indicateur baptisé « observed exposure ».
Ce chiffre ne signifie pas que 75 % des programmeurs vont perdre leur poste.
- Les développeurs informatiques arrivent en tête, avec 74,5 % de leurs tâches couvertes par l’usage réel de l’IA
- Les conseillers du service client suivent à 70,1 %, et les opérateurs de saisie à 67,1 %
- Chez les 22-25 ans, l’embauche recule d’environ 14 % dans les métiers très exposés
Une mesure qui part de l’usage réel, pas des promesses
Les prévisions d’automatisation se sont longtemps appuyées sur ce que les modèles de langage pourraient faire en théorie. Anthropic a retourné la démarche : l’indicateur croise ces estimations théoriques, issues de travaux d’économistes, avec les conversations réelles des utilisateurs de Claude. Un métier est donc jugé exposé quand ses tâches sont à la fois réalisables par une IA et confiées à un assistant dans le cadre professionnel. L’écart entre les deux courbes est large, et l’étude conclut que l’IA reste loin de son potentiel théorique.
Le score pèse davantage les usages en automatisation que ceux en simple assistance. Une tâche déléguée de bout en bout compte plus qu’une tâche où l’humain relit et corrige chaque ligne.
Le palmarès : programmation, relation client, saisie
Les trois premières places reviennent à des métiers dont la matière première est du texte ou de la donnée. Les programmeurs sont en tête, et leur tâche la plus souvent automatisée est l’écriture, la mise à jour et la maintenance de programmes. Les conseillers clients suivent, avec les échanges de renseignements, de commandes et de réclamations. Les opérateurs de saisie complètent le podium, avec la lecture de documents sources pour entrer les données dans des systèmes.
Le reste du top 10 confirme la logique : les spécialistes des dossiers médicaux (66,7 %), les analystes en études de marché et marketing (64,8 %), les commerciaux de gros et d’industrie (62,8 %) et les analystes financiers (57,2 %). Les testeurs de logiciels (51,9 %), les analystes en sécurité informatique (48,6 %) et les techniciens de support informatique (46,8 %) ferment la liste. Dix métiers, tous au-dessus de 46 %. Les comptables, les avocats et les infirmiers se situent, d’après le graphique de l’étude, dans une zone nettement plus basse, entre 25 et 40 %.
À l’autre bout du spectre, 30 % des travailleurs américains affichent une exposition nulle.
Cuisiniers, mécaniciens de moto, sauveteurs, barmans : leurs tâches n’apparaissent quasiment pas dans les données de Claude. Un geste physique, un lieu, une présence, et l’assistant n’a rien à proposer.
Un profil à rebours des idées reçues
On associe souvent l’automatisation aux emplois peu qualifiés et peu payés. Les données d’Anthropic montrent l’inverse : les travailleurs des métiers les plus exposés sont plus âgés, plus souvent des femmes, plus diplômés et mieux rémunérés que les autres. Ce n’est pas la chaîne de montage qui est dans la ligne de mire, c’est le bureau.
Côté capacités théoriques, les grandes familles professionnelles le confirment. L’informatique et les mathématiques atteignent 94 % de tâches réalisables par une IA, l’administratif 90 %, la finance et les affaires 80 %, l’architecture et l’ingénierie 72 %, le droit 70 %. Les métiers de l’administration emploient à eux seuls environ 19,3 millions d’Américains.
Entre ce que l’IA saurait faire et ce qu’elle fait réellement, l’écart protège encore ces emplois. Il tient à des freins très concrets : contraintes légales, besoin de vérification humaine, logiciels non connectés, habitudes d’équipe.
Chômage stable, embauches de jeunes en retrait
Les auteurs ont comparé le chômage des métiers les plus exposés à celui des métiers non exposés. Ils ne relèvent aucune hausse systématique depuis l’arrivée de ChatGPT fin 2022. Les licenciements spectaculaires annoncés par certaines entreprises technologiques ne se retrouvent donc pas, pour l’instant, dans les statistiques d’ensemble.
Chez les 22-25 ans, l’embauche recule d’environ 14 %.
Ce chiffre concerne les jeunes qui entrent dans des métiers très exposés, mesuré depuis fin 2022 sur les données de l’enquête américaine CPS. Il rejoint l’étude de Stanford sur les « canaris dans la mine de charbon » (Brynjolfsson et al., 2025), qui avait observé environ 13 % d’emplois en moins pour les jeunes dans les métiers exposés. Anthropic parle prudemment d’indices suggestifs, pas de preuve. Mais deux travaux indépendants qui pointent dans la même direction méritent d’être pris au sérieux.
Pour un salarié ou un recruteur, la lecture utile se fait au niveau des tâches, pas de l’intitulé de poste. Un analyste financier dont le quotidien consiste surtout à produire des synthèses chiffrées n’est pas dans la même situation que celui qui passe ses journées en rendez-vous clients. Il faut garder en tête que l’étude porte sur des données américaines et sur un seul assistant, Claude, ce qui en fait un instantané partiel des usages de l’IA, daté de début 2026.
Sources : supgrade.github.io | opentools.ai

