Un satellite Starlink ne se désintègre pas toujours en retombant. Le 20 août 2024, un morceau d’aluminium de 2,5 kg a été retrouvé dans une ferme du Saskatchewan, et les ingénieurs de SpaceX l’ont rattaché à un Starlink rentré dans l’atmosphère. Deux ans plus tard, l’entreprise veut mettre des centres de données en orbite, par centaines de milliers.
Selon SpaceX, c’est le seul fragment Starlink connu à avoir survécu.
- Un morceau d’aluminium de 2,5 kg provenant d’un satellite Starlink a survécu à sa retombée au Saskatchewan, contrairement aux calculs de la NASA et de l’ESA.
- SpaceX envisage de déployer un million de satellites en orbite pour former des centres de données, soit 125 fois sa flotte actuelle.
- À cette échelle, environ 200 satellites par année auraient des fragments qui atteindraient le sol, sans cadre légal clair entre agriculteurs et entreprises spatiales.
Un couvercle de modem qui n’aurait pas dû survivre
La pièce était le couvercle d’un boîtier de modem, monté sur l’antenne de liaison d’un satellite Starlink « direct-to-cell ». Les outils de modélisation de la NASA et de l’ESA prédisaient sa destruction complète. Elle est retombée après un déploiement erroné d’un Falcon 9, lors de la mission G9-3. Elle a atterri sur les terres de Dan Kennedy, au sud de Swift Current. Il l’a renvoyée en Californie et SpaceX lui a envoyé un chèque de 3 900 dollars américains.
Ce n’était pas le premier visiteur venu du ciel cette année-là. Près d’Ituna, l’agriculteur Barry Sawchuk avait découvert un amas de métal brûlé de deux mètres de large et de 40 kilos. Il provenait d’une capsule Dragon revenue de la Station spatiale, et l’ensemble des débris représentait environ 250 livres, soit plus de 110 kilos. En juin, SpaceX avait dépêché deux employés dans un U-Haul loué pour tout récupérer.
Une poignée de Starlink retombent chaque jour.
Un million de satellites, et l’arithmétique qui va avec
Starlink compte aujourd’hui plus de 8 000 satellites, chacun de la taille d’un Ford F-150. Leur durée de vie tourne autour de cinq ans. En janvier, Elon Musk a annoncé un projet d’un million de satellites formant des centres de données orbitaux. Il n’est pas seul sur ce créneau : Starcloud a déposé une demande auprès de la FCC pour 88 000 satellites, et Blue Origin pour 51 000.
Un million, c’est 125 fois la flotte Starlink actuelle. Si ces machines vivaient aussi longtemps que les Starlink, cela ferait en moyenne 200 000 retours par an, soit environ 550 par jour (un calcul de ma part, la durée de vie réelle de ces satellites n’étant pas connue). Même si 999 satellites sur 1 000 se volatilisaient comme prévu, il en resterait 200 par an dont des morceaux atteindraient le sol. Ces appareils, destinés à abriter des serveurs, seraient en outre plus lourds que des satellites de communication.
L’astronome Samantha Lawler, de l’Université de Regina, voit le problème de près. Elle rappelle que les Prairies du Sud se trouvent sous la bande la plus dense de satellites en orbite : « Ils passent plus de temps au-dessus de nous. » Ces rentrées ne sont pas contrôlées : les satellites retombent n’importe où le long de leur orbite.
Qui paie quand un morceau tombe dans un champ ?
La Convention sur la responsabilité internationale est un accord entre États. Les rapports entre un agriculteur et une entreprise comme SpaceX y sont moins clairs, et sans action des gouvernements, les particuliers devraient passer par les tribunaux. Dans le cas de Sawchuk, la facture s’est réglée à l’amiable. Une mort, ou des dégâts sur une machine de plusieurs millions, auraient rendu l’affaire bien plus compliquée.
En septembre 2025, le Starlink n° 1 066 a traversé le ciel de Vancouver à Saskatoon.
Lawler y a vu une boule de feu compacte au-dessus de Vancouver et de Calgary, puis de nombreux morceaux distincts voyageant ensemble à hauteur de Saskatoon. Elle estimait que l’engin était retombé au nord-est de Saskatoon, et elle a demandé aux agriculteurs de signaler tout objet métallique d’origine inconnue pendant les travaux d’automne. Les débris tombés en Colombie-Britannique ou dans le nord du Québec ne seront probablement jamais retrouvés, alors que les champs de la Prairie, en pleine moisson, sont bien placés pour en trouver.
Lawler reconnaît pourtant que Starlink s’en sort plutôt bien pour l’instant : une seule pièce confirmée au sol en plus de 8 000 satellites, un score que les data centers orbitaux devront égaler à 125 fois l’échelle.
Sources : scientificamerican.com | theconversation.com

