La page est tournée. Depuis début mai 2026, plus une seule Model S ni Model X ne sort des chaînes de l’usine Tesla de Fremont, en Californie. Après quatorze ans de production pour la berline et onze ans pour le SUV à portes papillon, Tesla a définitivement arrêté ses deux modèles historiques pour transformer l’espace libéré en ligne d’assemblage de robots humanoïdes Optimus. Un virage industriel assumé, annoncé sans détour par Elon Musk lors de la présentation des résultats du quatrième trimestre 2025.
« It’s time to basically bring the Model S and X programs to an end with an honorable discharge », a lâché le patron de Tesla le 28 janvier 2026, lors d’un appel avec les investisseurs marqué par une annonce que peu attendaient sous cette forme. “We are going to take the Model S and X production space in our Fremont factory and convert that into an Optimus factory with a long-term goal of having a million units a year of Optimus robots in the current S and X space,” a-t-il précisé. Trois mois plus tard, la promesse était tenue : les derniers exemplaires ont quitté la chaîne début mai, et le démontage complet de la ligne historique n’a pris que 46 jours, du gros œuvre à la pose des nouvelles fondations.
À retenir
- Une usine emblématique se métamorphose : fin de 14 ans d’histoire pour deux modèles iconiques
- L’ancienne ligne historique se transforme en moins de deux mois, sans équivoque possible
- Tesla vise l’impensable : convertir une capacité automobile en production robotique à l’échelle du million
Une retraite méritée, mais forcée par les chiffres
Le discours de l’« honorable discharge » masque mal une réalité plus prosaïque : ces deux modèles ne pesaient quasiment plus rien dans les ventes de la marque. Tesla a produit au total plus de 610 000 exemplaires combinés des deux modèles, mais les ventes avaient chuté à environ 30 000 unités par an, très loin de la capacité de 100 000 véhicules par an de la ligne de Fremont. l’usine tournait à moins du tiers de son potentiel pour des voitures devenues marginales dans le catalogue.
La faute, en partie, à l’âge du capitaine. Le Model S a connu plusieurs mises à jour au cours de sa production, les plus marquantes en 2016 et 2021, portant généralement sur le moteur, la puissance ou le couple, ainsi que sur des éléments extérieurs et intérieurs. Un rafraîchissement en juin 2025, avec nouvelle teinte, caméra frontale et autonomie améliorée, n’a rien changé à la tendance : le lifting de juin 2025 (nouvelle couleur, caméra de pare-chocs avant, autonomie accrue et éclairage d’ambiance, assorti d’une hausse de prix de 5 000 dollars) n’a fait que peu pour inverser le déclin, arrivant trop tard face aux nouvelles berlines de luxe de Mercedes, BMW, Porsche et Lucid. Le Model S et le Model X ont fait leur temps face à une concurrence devenue nettement plus affûtée sur le segment premium.
Entre-temps, le reste de la gamme a pris le relais sans effort. Les modèles moins chers comme la berline Model 3 et le SUV Model Y sont devenus les moteurs de volume de l’entreprise, représentant la grande majorité des livraisons mondiales de Tesla, qui a livré environ 1,64 million de véhicules dans le monde en 2025, le Model S et le Model X ne pesant ensemble qu’environ 3 % de ce total. Un chiffre qui dit tout : ces voitures, jadis vitrines technologiques de la marque, étaient devenues un produit de niche.
À la place : une usine à robots
Ce qui remplace les deux modèles n’est pas une nouvelle voiture, mais un pari beaucoup plus radical. L’espace libéré à Fremont est converti en première ligne de production dédiée au robot humanoïde Optimus, avec un début de production limitée prévu fin juillet ou en août 2026. Le calendrier a été respecté : mi-2026, Tesla confirmait que la ligne était bel et bien opérationnelle sur le même plancher qui accueillait autrefois les carrosseries de la Model S.
La bascule n’a rien d’anodin en termes d’ingénierie. « Parce que c’est une toute nouvelle chaîne d’approvisionnement, il n’y a vraiment rien de la chaîne existante qui se retrouve dans Optimus », a expliqué Musk. Un constat qui explique la prudence affichée sur le rythme de montée en cadence : l’production initiale sera « assez lente », impossible à prévoir tant Optimus compte plus de 10 000 pièces uniques réparties sur une chaîne entièrement nouvelle. Musk lui-même a résumé la difficulté d’un mot presque fataliste : « Ça ira aussi vite que la pièce la moins chanceuse, la plus lente et la plus bête parmi les 10 000 ».
Reste que l’ambition de long terme ne manque pas de souffle. L’objectif est de faire de Fremont une première génération d’usine robotique capable de produire un million d’unités par an, tandis que Tesla voit déjà plus loin : le groupe a commencé à préparer le terrain pour une deuxième génération d’usine à Giga Texas, visant une capacité de long terme de 10 millions de robots par an. Une échelle qui, si elle se concrétise, dépasserait de très loin tout ce que l’industrie automobile a connu en matière de production de véhicules électriques.
Que deviennent les propriétaires actuels ?
Pas d’inquiétude à avoir pour ceux qui roulent déjà en Model S ou Model X : la marque assure le service après-vente comme d’habitude. Les propriétaires continuent de recevoir les mises à jour à distance, l’entretien et les pièces détachées, la fin de la production ne concernant que les nouvelles commandes. Pour les retardataires, la fenêtre s’est refermée très vite : Musk a confirmé début avril 2026 l’arrêt des commandes personnalisées, avec seulement environ 600 véhicules restant en stock dans le monde.
Ce qui frappe, avec le recul, c’est la vitesse de la bascule. En quatre mois à peine, une usine qui fabriquait depuis 2012 les vaisseaux amiraux de la marque s’est transformée en laboratoire de robotique grandeur nature. Le site de Fremont, qui employait autrefois des ouvriers de General Motors puis de la coentreprise NUMMI avant de devenir le berceau de l’ère Tesla, entame ainsi un nouveau chapitre : celui où l’on n’y fabrique plus des voitures, mais des machines censées, un jour, travailler à la chaîne aux côtés des humains.
Sources : therobotreport.com | fox29.com
