Le 11 octobre 2026, Yuji Horii a dévoilé sur X une création très éloignée de ses travaux habituels. Le créateur de Dragon Quest y partageait le lien d’un petit jeu d’enquête jouable dans un navigateur, réalisé avec Claude, l’IA d’Anthropic, en « just about 30 minutes » selon lui. Le matin du 13 octobre, le message avait déjà récolté 2,72 millions de vues, soit plus que la population de Paris intra-muros.

Le jeu s’appelle Interrogation Room Komiya, ou 取調室の小宮 en japonais.

À retenir
  • Yuji Horii a créé un jeu d’enquête jouable dans un navigateur avec Claude en environ 30 minutes.
  • Le joueur interroge un suspect de 72 ans avant l’arrivée de son avocat à 23 heures.
  • Le jeu est gratuit, sans téléchargement ni compte, et fonctionne sur ordinateur comme sur mobile.

Un ancien serrurier, un coffre forcé, un avocat attendu à 23 heures

Le joueur incarne un policier chargé d’interroger Komiya, un ancien serrurier de 72 ans soupçonné d’être impliqué dans le cambriolage du coffre-fort d’un prêteur sur gages. Le scénario impose un compte à rebours : le joueur dispose de temps jusqu’à l’arrivée de l’avocat, à 23 heures, pour tirer des déclarations du suspect, puis confronter ses mensonges aux preuves. C’est un schéma de série policière, condensé en une seule pièce.

Le jeu ne se résume pas à enchaîner des questions. Komiya dispose de paramètres représentant son agitation et son opposition face à l’interrogatoire, qui évoluent selon la manière dont l’échange est mené. Il faut donc doser la fermeté et le ménagement, comme un vrai enquêteur. Quand le niveau de résistance atteint 100, le suspect refuse de continuer à parler.

L’accès est gratuit, directement dans le navigateur.

Le jeu est diffusé via un lien Claude Artifact, sans téléchargement ni compte requis, et il se lance sur ordinateur comme sur mobile. Selon plusieurs sites spécialisés, Claude traite en temps réel les choix du joueur pour générer les réactions du suspect.

De Portopia à Claude : quarante-trois ans d’écart

Horii n’a pas choisi sa comparaison au hasard. En 1983, pour The Portopia Serial Murder Case, il devait tout gérer lui-même : l’histoire, les dessins, le code. Dans son message, il explique qu’aujourd’hui, même sans savoir dessiner ni programmer, on peut créer un jeu seul en le demandant à l’IA, et il juge le résultat « stupéfiant ».

Le choix du genre ressemble à un clin d’œil. Portopia était déjà une enquête criminelle où l’on faisait parler des suspects, un jalon de l’aventure sur ordinateur au Japon.

Quarante-trois ans séparent les deux projets.

Cette expérience ne sort pas de nulle part. Le créateur de Dragon Quest avait déjà manifesté publiquement son intérêt pour les possibilités de l’intelligence artificielle, et il avait confié plus tôt cette année au magazine Famitsu que l’IA évoluait sans cesse. Horii, co-auteur de Chrono Trigger, regarde l’outil depuis la place de l’auteur, pas celle de l’ingénieur.

Un succès d’audience, un débat qui reste ouvert

La réception a été contrastée. Les médias japonais ont salué la réalisation, tandis que certains médias occidentaux ont remis en cause la qualité et le potentiel commercial des jeux générés par IA. Kotaku, GamesIndustry.biz et Eurogamer ont relayé l’information, chacun avec son angle. Les uns y voient une démonstration de démocratisation de la création, les autres un prototype sans ambition.

Le débat mérite une nuance. Un jeu textuel conçu en une demi-heure ne se compare pas à un RPG de plusieurs années de développement, et personne ne prétend le contraire. Mais le chiffre de trente minutes est une déclaration de Horii lui-même, et il décrit une version jouable, pas des semaines de tests et d’équilibrage. Un auteur qui a passé quarante ans à écrire des dialogues et à régler des systèmes de jeu sait aussi mieux qu’un débutant quoi demander à une machine.

Les sources consultées ne détaillent pas les consignes données à Claude.

Ce que le projet montre à ceux qui voudraient s’y essayer

Le résultat laisse deviner une recette simple. Un personnage net (un vieux serrurier), un objectif daté (l’avocat à 23 heures) et deux jauges (agitation et résistance) suffisent à donner une structure de jeu à un dialogue libre. Ces trois éléments, un lecteur curieux peut les reprendre dans Claude pour imaginer son propre huis clos, avec un autre suspect ou une autre époque.

Il reste un détail, presque une signature : le suspect, Komiya, a 72 ans, comme son créateur.

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