Un artisan plombier de dix salariés n’a jamais eu l’impression que l’intelligence artificielle le concernait. C’est pourtant cette catégorie d’entreprises, les TPE et les PME, que le ministère du Travail a choisi de placer au centre de son nouveau plan « Impulsion IA 2027 », présenté le 22 septembre 2026 à Station F. Le ministère du Travail dévoile un plan de 80 millions d’euros pour accompagner les entreprises et les salariés face à la progression de l’intelligence artificielle. Douze mesures, un budget conséquent, et une cible assumée : les structures les plus petites, jugées les plus en retard.
Former salariés et chômeurs, soutenir les apprentis qui se destinent à des métiers stratégiques, inciter les petites entreprises à s’y mettre: le ministre du Travail a présenté mardi un plan pour aider le monde du travail à prendre le tournant de l’intelligence artificielle, une priorité selon lui. “Sans action déterminée de notre part, l’IA façonnera un monde qui ne sera pas forcément ce que nous voulons”, a lancé Jean-Pierre Farandou lors de la présentation. Une phrase qui sonne comme un aveu : sans intervention publique, l’écart entre grandes et petites entreprises risque de se creuser encore.
- 18 % des entreprises françaises utilisaient l’IA en 2025, deux fois moins que les pays européens les plus avancés
- Le plan « Impulsion IA 2027 » dispose de 80 millions d’euros pour accompagner salariés et petites entreprises
- Un dispositif expérimental « Impulsion IA RH » démarre en janvier 2027 pour aider les TPE-PME à structurer leur transformation
Un retard chiffré, une fracture qui inquiète
Le gouvernement justifie ce plan par le retard pris par les entreprises françaises dans l’adoption de l’IA. Selon l’Insee, 18 % des entreprises françaises utilisaient au moins une technologie liée à l’intelligence artificielle en 2025, soit environ deux fois moins que dans les pays européens les plus avancés. Derrière ce chiffre national se cache une inégalité criante entre tailles d’entreprises.
Le ministère part du constat d’un retard dans l’adoption de l’IA par les entreprises françaises et d’un risque de nouvelles fractures, les petites et moyennes entreprises s’en emparant par exemple moins que les grandes. Les grands groupes disposent de directions informatiques, de budgets dédiés, de consultants spécialisés. Les TPE, elles, n’ont souvent ni le temps ni les repères pour évaluer ce que l’IA pourrait leur apporter au quotidien.
Ce fossé n’est pas nouveau. En 2026, un cadre français sur deux utilise l’IA générative chaque semaine, un chiffre qui a bondi de 15 points en un an. Cette adoption massive crée un fossé avec les TPE/PME, qui tardent à prendre le virage. Un cadre sur deux converse avec un outil d’IA au démarrage de sa journée. Dans l’atelier ou la boutique du coin, cette pratique reste marginale.
Des « task forces » et un dispositif RH sur mesure
Concrètement, comment le ministère compte-t-il agir sur le terrain ? Des “task forces entreprises” seront chargées de sensibiliser les petites et moyennes entreprises à l’usage de l’IA, notamment en matière de recrutement, et les branches professionnelles accompagnées pour organiser le dialogue social sur ce thème. L’idée : aller directement au contact des dirigeants, plutôt que d’attendre qu’ils viennent chercher l’information.
Le dispositif phare pour les petites structures porte un nom précis. « Impulsion IA RH », dispositif expérimental destiné aux TPE et PME, couvre trois étapes : diagnostic des impacts RH, feuille de route et préparation du dialogue social. Trois étapes pensées pour des employeurs qui n’ont ni service RH étoffé ni service juridique interne. Le calendrier est déjà fixé : le dispositif Impulsion IA RH pour les TPE-PME démarre en phase pilote en janvier 2027, puis en déploiement large en mai 2027.
Une plateforme gratuite complète l’arsenal. Le gouvernement prévoit notamment le lancement d’Explore IA, une plateforme gratuite développée par Pix qui permettra de tester ses connaissances et de suivre des parcours consacrés à l’intelligence artificielle. Accessible sans prérequis, elle vise aussi bien le salarié curieux que le patron dépassé par le sujet.
Formation, certification et une ambition à 30 millions de personnes
Son ambition est de former ou d’acculturer plus de 30 millions de personnes. Plus de 80 millions d’euros y sont consacrés pour l’année à venir. Un chiffre qui donne le vertige : c’est presque la moitié de la population française visée par une initiative de sensibilisation.
Sur le terrain de la formation professionnelle, le mouvement est déjà engagé depuis deux ans. Le ministère accompagne les acteurs de la formation dans l’actualisation des certifications : 38 titres professionnels ont été révisés entre 2024 et 2026 pour intégrer l’IA, et 65 titres supplémentaires sont visés en 2027-2028. La liste des métiers émergents ou en particulière évolution sera actualisée en continu, avec un délai d’examen ramené à moins de trois mois.
Le plan prévoit aussi un volet réglementaire, avec l’entrée en vigueur progressive de l’AI Act européen. Alors que plusieurs dispositions de l’AI Act, règlement européen sur l’intelligence artificielle, sont entrées en vigueur en août, encadrant notamment l’utilisation de données biométriques ou de la reconnaissance faciale, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) sera chargée de rédiger un guide expliquant les règles applicables. Un guide attendu, tant les obligations légales restent floues pour un employeur qui n’a jamais mis les pieds dans un service juridique.
Un plan lancé en pleine cure d’austérité
Le timing interroge. Le plan intervient alors que le ministère du Travail doit réaliser 2,5 milliards d’euros d’économies dans le cadre du budget 2027. Débloquer 80 millions au moment même où l’on serre les budgets ailleurs, le contraste est frappant.
Reste que ce plan ne part pas de zéro. Ce plan prolonge le plan national « Osez l’IA », lancé en juillet 2025. Et son financement doit encore franchir une étape parlementaire : présenté le 22 septembre, son plan « Impulsion IA 2027 », doté de plus de 80 millions d’euros, doit accompagner cette transformation. Ces crédits doivent être inscrits dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2027. rien n’est encore gravé dans le marbre. Le patron de la petite entreprise du coin de la rue devra patienter jusqu’au vote du budget pour savoir si les promesses de septembre se transforment en accompagnement concret.
Sources : assemblee-nationale.fr | boursorama.com | boursedirect.fr

