Un bouton peut-il changer la nature d’un flux d’actualités entier ? Google teste actuellement une fonctionnalité baptisée « Dive deeper » (« Plongez plus profondément ») dans Google Discover, et elle place pour la première fois un résumé rédigé par son intelligence artificielle avant tout lien vers un site d’éditeur. Les liens vers les éditeurs sont là, mais placés en seconde position. Une bascule discrète, mais lourde de conséquences pour les médias qui vivent de ce trafic.
Le vice-président produit de Google Search, Robby Stein, a annoncé publiquement ce test le 18 septembre 2026. Le repérage a été fait par le journaliste Barry Schwartz, qui a relayé l’annonce postée sur X. Robby Stein a écrit : « Today we’re experimenting with a new way to make exploring a topic and discovering related web content easier in Discover », précisant que l’expérimentation démarre sur les vidéos. Trois jours seulement après cette annonce, plusieurs médias spécialisés en SEO tiraient déjà la sonnette d’alarme.
- Google teste « Dive deeper » qui affiche un résumé IA en premier, reléguant les liens éditeurs au second plan.
- Le trafic Google Discover a chuté de 15 % entre décembre 2024 et décembre 2025 selon Chartbeat.
- Google refuse de communiquer les chiffres d’impact, les pays concernés ou les options de retrait pour les éditeurs.
Comment fonctionne ce nouveau parcours
Quand on clique sur la carte « Dive deeper », on obtient bien des liens vers des articles connexes, mais dans le cadre d’un aperçu approfondi du sujet, ce qui risque de dissuader les utilisateurs de cliquer ensuite vers les éditeurs. Concrètement, le parcours se déroule en deux temps. Un second écran, intitulé « Explore more stories », décline ensuite le sujet en plusieurs angles, chacun associé à des liens vers d’autres médias.
Le détail technique compte. Des chercheurs indépendants ont trouvé des indices côté client suggérant que le bouton pourrait être activé aussi bien sur les cartes vidéo que sur les cartes d’articles avec résumé IA, ce qui laisse penser que le test pourrait s’étendre au-delà des vidéos. Le chercheur Damien Andell, de 1492.vision, a documenté quatre points d’entrée dans le code couvrant vidéos et articles. Officiellement, seule la vidéo est concernée pour l’instant. Mais le signal envoyé aux éditeurs est clair.
Un trafic déjà fragilisé
Ce test n’arrive pas dans un environnement neutre. Discover reste l’une des dernières sources de trafic solides pour de nombreux sites d’actualité, à mesure que les résumés IA grignotent les clics ailleurs sur la recherche Google. Or ce canal montre déjà des signes d’essoufflement préoccupants.
Les données de Chartbeat montrent que les pages vues issues de Google Discover ont chuté de 15 % entre décembre 2024 et décembre 2025. Le groupe de presse britannique Reach plc, propriétaire de titres comme le Mirror ou l’Express, a lui aussi tiré un signal d’alarme cet été. En juillet 2026, Reach plc a annoncé que ses volumes de recommandation Google avaient chuté de 55 % sur un an, et a divisé par deux son dividende intérimaire. Un chiffre qui donne le vertige pour un secteur déjà fragilisé économiquement.
« Absolutely, no way », a réagi Barry Schwartz de Search Engine Land, estimant que cette fonctionnalité conduira à encore moins de clics vers les éditeurs, alors que Discover était devenu la seule source de trafic Google significative pour beaucoup de médias, dont les jours semblent désormais comptés. Une inquiétude partagée sur LinkedIn par Nicola Agius, responsable SEO chez Reach plc, qui a publiquement questionné la conception du bouton.
Silence de Google sur les chiffres, aucune option de retrait
Google reste avare de détails. L’entreprise n’a publié aucun chiffre d’impact, aucune liste de pays et n’a évoqué aucun opt-out pour les éditeurs. Impossible donc, à ce stade, de savoir combien de sites seront touchés ni dans quelle mesure.
Le contexte reste flou sur d’autres points sensibles. Il n’existe ni article de blog officiel, ni page d’aide, ni précision sur les pays concernés, la part d’utilisateurs testeurs, le modèle qui rédige les résumés, la méthode de sélection des sources, ou la possibilité pour les éditeurs de se retirer du dispositif. Cette opacité inquiète d’autant plus que Google multiplie en parallèle les initiatives qui redessinent la relation avec les médias.
Le groupe teste actuellement un programme baptisé AI Contribution. Il s’agit d’un programme de compensation opaque pour les éditeurs dont le contenu alimente ses réponses IA. Un mois plus tôt, en août 2026, Google avait pourtant présenté les choses différemment. La firme avait rendu disponible un nouveau bouton interactif « Preferred Sources », que les éditeurs pouvaient intégrer sur leurs propres sites, dans la continuité du déploiement initial de mai 2026 sur les expériences IA de Google. Selon les études de Google, les internautes sont deux fois plus susceptibles de cliquer vers une source préférée quand elle est disponible. Deux logiques qui semblent se contredire : d’un côté, donner plus de visibilité à certains éditeurs triés sur le volet ; de l’autre, intercaler un écran IA supplémentaire entre le lecteur et n’importe quel site.
Aucune date de généralisation n’a été fixée. Robby Stein a précisé que Google testera cette expérience d’abord sur les vidéos, avant d’expérimenter plusieurs designs différents dans les semaines à venir. Pour les rédactions qui dépendent de Discover pour une part significative de leur audience, la seule certitude est celle-ci : l’écran qui sépare un lecteur de leur contenu vient de s’épaissir d’une couche, et personne chez Google ne dit encore jusqu’où elle s’étendra.
Sources : abondance.com | siecledigital.fr

