Un Français sur deux utilise désormais une intelligence artificielle générative chaque semaine pour ses recherches en ligne, contre moins d’un sur trois il y a tout juste douze mois. C’est le chiffre qui résume à lui seul la bascule en cours : l’utilisation hebdomadaire des intelligences artificielles génératives bondit de 29 % à 52 % en un an, la plus forte progression observée par l’étude. Le réflexe qui consistait à ouvrir Google dès qu’une question surgissait n’a pas disparu, mais il n’est plus automatique. Il doit désormais partager la place avec ChatGPT, TikTok, YouTube ou Reddit, selon ce que l’internaute cherche vraiment.

Le troisième baromètre Peak Ace, mené en mars 2026 auprès de plus d’un millier de Français, pose un diagnostic sans détour. En moins d’un an, 35 % des Français ont modifié leurs habitudes de recherche en ligne, un chiffre qui grimpe à 58 % chez la Gen Z et 41 % chez les Millennials. Et ce basculement ne concerne plus seulement les plus jeunes : l’IA générative n’est plus un phénomène jeune : 53 % des Millennials et 35 % de la Gen X l’utilisent déjà dans leurs recherches, aux côtés de 41 % des Français en moyenne. la mère de famille de 45 ans qui compare des mutuelles santé ou le quadragénaire qui prépare ses vacances a de bonnes chances d’avoir, lui aussi, ouvert une conversation avec un assistant IA avant même de penser à taper une requête sur Google.

À retenir

  • Un phénomène statistiquement sans précédent : la progression de l’IA générative en France
  • Pourquoi Google reste incontournable malgré l’arrivée des assistants conversationnels
  • Le paradoxe français : on utilise l’IA en masse, mais on lui fait peu confiance

Le monopole s’effrite, mais ne s’effondre pas

Nuance importante : Google reste, et de très loin, le point d’entrée le plus fréquenté du web français. Le baromètre du numérique du Crédoc, réalisé pour l’Arcep, l’Arcom et le CGE, le confirme noir sur blanc : pour la recherche d’information, l’utilisation de moteurs de recherche (59 %) reste encore deux fois supérieure à celle de l’IA générative (28 %). Le moteur historique conserve deux atouts que rien ne remplace vraiment pour l’instant. Les moteurs de recherche conservent une position dominante grâce à leur simplicité (62 %) et leur précision (60 %). Taper trois mots et obtenir dix résultats fiables reste, pour beaucoup, plus rassurant qu’un paragraphe généré par une machine qu’on ne sait pas toujours vérifier.

Mais l’équilibre a bougé, et vite. La progression de l’IA générative dans la population française tient du phénomène statistique rarement observé : le figure speaks for itself: 48% of French people say they use generative AI, nearly one in two citizens is already interacting with a language model, when in 2023, only 20% of French people were using generative AI. Trois ans pour passer de 20 % à presque un Français sur deux : aucune technologie numérique récente n’était allée aussi vite, pas même le smartphone en son temps.

TikTok, YouTube, Reddit : la recherche éclate en plusieurs canaux

Le vrai changement n’est pas seulement dans le “qui” (Google ou ChatGPT) mais dans le “où”. Aujourd’hui, une recherche peut commencer par une question posée à ChatGPT, se poursuivre avec une vidéo YouTube, passer par un avis sur TikTok ou Reddit, puis finir sur Google ou une marketplace. Ce parcours en pointillés, impensable il y a cinq ans, devient la norme pour toute une génération. Selon les données du baromètre, TikTok et YouTube sont désormais utilisés par 61 % des membres de la Génération Z lorsqu’ils recherchent des informations ou souhaitent comparer des produits.

Chaque plateforme a trouvé sa spécialité. Les réseaux sociaux dominent pour l’actualité (68%) et l’inspiration (51%), particulièrement dans les domaines de la mode et du luxe où 66% de la génération Z les privilégie pour trouver des idées. On ne va plus sur TikTok par hasard pour choisir un restaurant ou une paire de baskets : c’est devenu, pour une partie des moins de 25 ans, le premier réflexe. Et côté moteur classique, même quand Google reste sollicité, la promesse du clic vers un site tiers s’amenuise. Aux États-Unis, une étude SparkToro montre que le taux de recherches zero-click atteint 68 %, contre 60 % en 2024, avec une hausse de 8 points en deux ans seulement, notamment parce que les AI Overviews de Google, présentes sur 20 % des requêtes, réduisent le taux de clic de près de 60 %. La recherche existe toujours, mais elle se termine de plus en plus souvent avant même d’avoir quitté la page de résultats.

Une confiance qui ne suit pas toujours l’usage

Ce basculement rapide cache une réalité plus contrastée qu’il n’y paraît. Les Français adoptent l’IA en masse, mais ne lui font pas encore une confiance aveugle. Si un Français sur deux utilise désormais régulièrement une IA générative, seuls 20 % déclarent lui faire confiance pour la protection de leurs données. Ce paradoxe explique en partie pourquoi Google reste un passage quasi obligé, même après une recherche entamée ailleurs : on demande d’abord à l’IA, mais on vérifie ensuite sur un moteur classique. C’est justement ce que révèle une autre enquête, plus modeste mais éclairante, menée auprès d’utilisateurs d’IA : 85% des gens vérifient ensuite les réponses de l’IA sur Google ou d’autres sources. L’IA accélère le premier contact avec l’information, mais elle n’a pas encore gagné le rôle d’arbitre final.

Cette méfiance se double d’une adoption très inégale selon l’âge et le niveau de diplôme. L’adoption de l’intelligence artificielle générative varie du tout au tout selon les catégories sociales : les 18-24 ans (85 %), les indépendants (77 %), les cadres et professions intellectuelles supérieures (76 %), les 25-39 ans (73 %), les diplômés du supérieur (65 %) et les adolescents (59 %) sont parmi les plus utilisateurs. À l’autre bout du spectre, une partie des Français continue de chercher sur Google sans même savoir qu’une alternative conversationnelle existe, ou sans en avoir l’usage dans son quotidien professionnel.

Reste une question concrète, souvent oubliée dans ces débats : que se passe-t-il quand l’IA se trompe et que personne ne la vérifie ? Le baromètre du numérique note que malgré la progression rapide de l’intelligence artificielle générative, plusieurs obstacles freinent encore son adoption comme outil prioritaire, pour 28 % de ceux qui ne citent jamais l’IA comme solution prioritaire. Le geste de taper une requête sur Google n’a donc pas disparu du quotidien des Français, il a simplement perdu son statut de réflexe unique et automatique. Pour les marques comme pour les médias, la conséquence est directe : être visible sur un seul canal, aussi dominant soit-il, ne suffit plus à toucher un public dont les habitudes se sont, en l’espace de deux ans à peine, complètement recomposées.

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