Sur le papier, l’équation semblait limpide : un processeur gravé en 2 nanomètres bat toujours un rival en 3 nanomètres. Le Xring O3 de Xiaomi vient de démontrer que la réalité est bien plus nuancée. Sur Geekbench 7, la puce chinoise dépasse l’A20 Pro d’Apple dans certains relevés, mais uniquement en calcul multi-cœur, et l’écart s’inverse violemment ailleurs.

À retenir
  • Le Xring O3 surpasse l’A20 Pro de 14% en multi-cœur sur Geekbench 7, mais l’A20 Pro le devance de 31,5% en mono-cœur.
  • Xiaomi aligne dix cœurs CPU contre six pour Apple : plus de cœurs compense une puissance unitaire inférieure au multi-thread.
  • Le procédé N2 de TSMC gagne en efficacité énergétique plutôt qu’en vitesse brute par rapport au N3P utilisé par Xiaomi.
  • L’A20 Pro consomme 14 W pour 4 255 points en graphisme tandis que le Xring O3 en consomme 18 W pour 4 604 points.

Geekbench 7 : deux chiffres, deux histoires différentes

Sur le test mono-thread de Geekbench 7, l’A20 Pro d’Apple surpasse ses rivaux les plus proches, le Snapdragon 8 Elite Gen5 et le Xring O3 de Xiaomi, de 31,5 à 33,7%. Un écart qui ne laisse aucune place au doute. Mais la donne change radicalement en multi-cœur.

D’après les relevés de Notebookcheck sur un Xiaomi Pad 9 Pro Max, le Xring O3 obtient 3 699 points en single-core et 14 350 en multi-core, tandis que l’A20 Pro est environ 28% plus rapide en mono-cœur, mais se voit dépassé de 14% par le Xring O3 en multi-cœur. Une autre série de mesures, publiée par Gizmochina fin septembre, confirme la tendance : le Xring O3 prend la tête du multi-cœur avec 12 259 points, contre 11 547 pour l’A20 Pro. Les chiffres bougent selon les échantillons de puces et les appareils testés. Mais le sens de la bascule, lui, reste constant.

Dix cœurs contre six : la clé de l’énigme

Ce paradoxe s’explique par une architecture radicalement différente. Le Xring O3 embarque dix cœurs CPU au total : deux cœurs C1 Ultra à haute performance mono-thread cadencés à 4,35 GHz, quatre cœurs C1 Premium jusqu’à 3,6 GHz, et quatre plus petits cœurs C1 Pro jusqu’à 3,15 GHz. L’A20 Pro, lui, reste sur une formule plus compacte.

Six cœurs. C’est tout ce qu’Apple aligne face aux dix de Xiaomi.

La configuration CPU reste à 6 cœurs, répartis entre 2 cœurs haute performance et 4 cœurs à haute efficacité, le même nombre qu’Apple utilise depuis l’A17 Pro. Mécaniquement, additionner le travail de dix unités de calcul donne un score multi-thread plus élevé que celui obtenu avec six, même si chaque cœur individuel est moins puissant. C’est exactement ce qui se joue ici : Apple mise sur la puissance brute de chaque cœur, Xiaomi sur le nombre.

2 nm contre 3 nm : pourquoi le nœud de gravure ne fait pas tout

L’intuition du grand public reste tenace : plus la gravure est fine, plus la puce est rapide. C’est faux, ou du moins incomplet. L’A20 Pro est fabriqué par TSMC sur un nœud de 2 nm, alors que le Xring O3 est construit sur le procédé N3P de 3 nm de TSMC. Le changement de transistor compte davantage que le simple chiffre affiché.

Le procédé N2 de TSMC remplace la structure de transistors FinFET utilisée depuis l’ère du 7 nm par des transistors nanofeuillets à grille enveloppante (GAA), une technologie qui limite les fuites de courant. Concrètement, cette avancée physique se traduit surtout par un gain d’efficacité énergétique, pas forcément par un bond de fréquence brute. Le procédé N2 de TSMC devrait offrir une hausse de vitesse de 10 à 15% à puissance égale par rapport au nœud N3E précédent. Un gain réel, mais loin d’être suffisant pour expliquer à lui seul un écart de plus de 30% en mono-cœur : celui-ci vient surtout du design des cœurs eux-mêmes, pas uniquement de la lithographie.

Efficacité, mémoire, graphisme : le retour de bâton pour Xiaomi

Le tableau se retourne dès qu’on sort de Geekbench. Premier exemple frappant : la mémoire.

Xiaomi a pourtant l’argument technologique de son côté. L’A20 Pro atteint 115,2 Go/s de bande passante mémoire, dépassant le Xring O3 à 113,8 Go/s, malgré le fait que ce dernier prenne en charge le nouveau standard LPDDR6 alors qu’Apple utilise du LPDDR5X. Sur le papier, la puce chinoise a la technologie la plus récente. En pratique, les choix d’architecture d’Apple, notamment un contrôleur mémoire plus large, referment l’écart.

Sur 3DMark Steel Nomad Light, le Xring O3 enregistre le meilleur score avec 4 604 points, mais il consomme 18 W durant le test, la puissance la plus élevée de tout le comparatif, alors que l’A20 Pro obtient 4 255 points en ne consommant que 14 W. Xiaomi gagne la course brute, mais paye la facture en chaleur et en autonomie. Sur le critère de performance par watt, c’est l’A20 Pro qui reprend l’avantage avec environ 304 points par watt. Pour un smartphone qu’on garde en main toute la journée, ce chiffre pèse souvent plus lourd qu’un pic de score sur un benchmark synthétique.

Le message à retenir dépasse le simple duel Xiaomi-Apple. Un nœud de gravure plus fin ouvre des possibilités, il ne garantit rien : tout dépend de la manière dont chaque fondeur choisit de dépenser ce budget, entre fréquence, nombre de cœurs ou sobriété énergétique. Xiaomi a visé le multi-cœur et la puissance graphique brute avec dix cœurs sur du 3 nm ; Apple a préféré injecter son avance de gravure dans l’efficacité et la puissance mono-cœur avec six cœurs sur du 2 nm. Deux paris, deux résultats de benchmarks qui ne racontent jamais toute l’histoire d’un smartphone au quotidien.

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