Claude Opus 5.5, lancé par Anthropic le 22 septembre 2026, ne produit presque plus de tiret cadratin. Selon l’outil de comparaison Arena, le modèle est passé de 15,2 de ces signes pour 1 000 mots avec Opus 5 à 0,8, soit environ 95 % de moins. L’agence Graphite va plus loin : elle relève un tiret tous les 67 000 mots, la longueur d’un roman court.

Il y a un an, une rafale de tirets suffisait à trahir une IA.

À retenir
  • Le tiret cadratin a reculé d’environ 95 % chez Claude Opus 5.5 selon l’outil Arena.
  • Graphite n’en relève qu’un tous les 67 000 mots dans les textes d’Opus 5.5.
  • Les autres tics d’écriture de l’IA persistent, comme les négations rhétoriques et les cadrages correctifs.

Trois mesures, un même verdict

Les chiffres diffèrent d’une étude à l’autre, car les corpus analysés ne sont pas les mêmes. Arena a passé au crible des réponses Text Arena en raisonnement élevé, collectées en août et septembre 2026, et en tire le recul de 95 %. Arize descend de 12,9 à 0,05 tiret pour 1 000 mots, une chute de 99,6 %. Graphite mesure 2,92 pour Opus 5 contre 0,015 pour Opus 5.5, un taux inférieur à celui des articles humains d’avant ChatGPT.

Un calcul simple donne la mesure de l’écart. À 15,2 pour 1 000 mots, Opus 5 plaçait un tiret tous les 66 mots environ, soit à peu près un par paragraphe. À 0,8, Opus 5.5 en glisse un tous les 1 250 mots, l’équivalent de trois ou quatre pages.

Anthropic n’a rien annoncé sur ce point précis : le changement ressort d’analyses indépendantes, pas de la documentation du modèle. Le communiqué du 22 septembre met en avant une communication plus claire et les informations importantes placées en premier, sans un mot sur la ponctuation.

Le tiret n’est pas seul à reculer. Le point-virgule passe de 6,10 à 1,64 pour 1 000 mots, et la longueur moyenne des phrases tombe de 12,14 à 10,03 mots. Au total, Arena estime que 10 de ses 12 indicateurs d’écriture évoluent dans une meilleure direction.

D’où venait cette manie

Le 14 novembre 2025, Sam Altman annonçait que ChatGPT respectait enfin une consigne personnalisée demandant d’éviter le tiret cadratin, un réglage optionnel et non le comportement par défaut. Pendant des mois, le chatbot avait pourtant accusé réception de la demande avant de continuer comme si de rien n’était.

Le chercheur Mustafa Ocal, qui travaille sur la détection de textes générés à l’université internationale de Floride (FIU), résume : l’IA ne pense pas, elle prédit. Le tiret lui sert de connecteur universel, à la place des virgules et des points-virgules, pour enchaîner des propositions de toute nature. Son nom vient de la typographie, où il occupait la largeur exacte d’un M majuscule.

Plusieurs explications circulent. Une préimpression de mars 2026 pointe des livres imprimés numérisés, issus d’époques où le tiret était à son apogée, puis un réglage fin sur des textes saturés de markdown. D’autres y voient l’effet de l’apprentissage par retour humain, qui récompense les réponses nuancées et conversationnelles. Dans une étude de 2026, GPT-4.1 plaçait 10,62 tirets pour 1 000 mots, contre 3,23 pour la base humaine.

Les modèles Llama de Meta, eux, n’en produisent presque pas.

Les autres tics ont la vie dure

Supprimer un signe ne fait pas disparaître un style. Graphite a relevé 2 548 tournures employées bien plus souvent par cette IA que par un auteur humain. Son score s’établit à 10,57 pour Opus 5.5, contre 16,75 pour Opus 5, soit 37 % de moins. Les articles humains plafonnent à 6,65 en moyenne, ce qui laisse le modèle 1,6 fois au-dessus.

Les cadrages correctifs, les négations rhétoriques du type « ce n’est pas X, c’est Y » et les verdicts annoncés restent surreprésentés. AIxploria relève même une hausse de 97 % des formules de prudence, signe qu’un tic visible a été remplacé par un autre, plus discret.

Autre contrepartie, la verbosité : les réponses passent en moyenne de 453 à 481 mots, ce qui fait d’Opus 5.5 le plus bavard des Opus comparés. Selon certains retours, on obtient plus de paragraphes plutôt que des phrases plus denses, d’où l’intérêt de tester ses limites de longueur avant de basculer en production.

Les détecteurs fondés sur la seule ponctuation sont désormais obsolètes.

Que change un tiret en moins

Pour les rédactions, les entreprises ou les établissements qui s’appuient sur des outils de détection, la conséquence est directe. Un texte généré avec Opus 5.5 passera plus facilement entre les mailles d’un filtre qui cherche un signe typographique, et certains observateurs notent que des réponses plus longues compliquent aussi la modération.

Un tiret cadratin ne prouvait d’ailleurs pas grand-chose. Les écrivains l’emploient depuis des siècles, et une étude décrite par le chercheur Kreuz montre que des lecteurs qui le désignaient comme indice de texte robotique ne repéraient l’IA que de peu mieux que le hasard. Certains recruteurs le signalent dans les CV, et des auteurs le suppriment de leurs textes pour ne pas passer pour des robots.

Pour un rédacteur, le réflexe utile consiste à vérifier le fond. Retirer un tiret ne confirme ni une date ni un chiffre, et ne transforme pas un brouillon en texte d’auteur. Les indices restants sont structurels : contrastes systématiques, phrases courtes et percutantes en rafale, emphase sur des détails ordinaires. Un journaliste de TechRadar avoue avoir cessé de présumer l’intervention de ChatGPT devant chaque tiret, faute de méthode fiable pour trancher.

Ces mesures restent des moyennes sur des corpus précis. Graphite a publié une première version de son étude le 16 septembre, puis l’a étendue à Opus 5.5 le 1er octobre. Et le comportement varie d’une famille de modèles à l’autre : la préimpression de mars 2026 mesurait encore environ neuf tirets pour 1 000 mots chez GPT-4.1, même avec la consigne de les éviter.

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