Dataport a annoncé le 13 octobre 2026 que LLMoin, son assistant IA de rédaction, compte 100 000 utilisateurs dans sept Länder allemands et chez 17 clients communaux. Le chiffre vient de l’éditeur public lui-même, pas d’un audit indépendant.

Dix mois ont suffi pour passer de 60 000 à 100 000.

En décembre 2025, un premier bilan faisait état d’environ 40 000 utilisateurs à Hambourg et de quelque 60 000 au total. Les 40 000 comptes ajoutés depuis équivalent à une seconde administration hambourgeoise. Le tout repose sur Dataport, établissement de droit public porté par six Länder, dont Hambourg, et par le groupement informatique des communes du Schleswig-Holstein.

À retenir
  • Dataport annonce 100 000 utilisateurs de LLMoin dans sept Länder allemands et 17 clients communaux.
  • Le modèle d’IA est loué à Microsoft, mais les documents des utilisateurs restent dans le centre de données de Dataport.
  • En France, L’Assistant a été testé par 10 000 agents, avec 75 % jugeant l’outil utile.

Hambourg d’abord, puis le reste du pays

Le développement démarre en 2023, entre la ville de Hambourg et Dataport. À l’origine, l’usage principal consistait à résumer de longs documents et à fouiller dans les archives existantes, rappelle Benjamin Marten, product owner de l’outil chez Dataport. Après une phase d’essai auprès d’un groupe d’agents issus de plusieurs administrations, le déploiement progressif commence en décembre 2024. Il a fallu onze mois pour équiper l’ensemble de l’administration centrale hambourgeoise, soit environ 40 000 agents.

La Basse-Saxe ouvre la voie de la réutilisation : son CIO et un dirigeant de Dataport signent le contrat le 12 février 2025. Brême, la Rhénanie-Palatinat et la Saxe-Anhalt suivent, cette dernière avec un pilote lancé en septembre 2025 dans sept ministères et prévu jusqu’à fin 2026.

Le Brandebourg et la Rhénanie-Palatinat l’utilisent sans faire partie des Länder porteurs de Dataport.

L’argument qui revient chez les décideurs est financier. Le CIO de Saxe-Anhalt, Bernd Schlömer, a expliqué reprendre «l’application éprouvée de Hambourg» pour «éviter des coûts de développement élevés». Chez Dataport, on parle d’économies d’échelle et de gains de temps partagés entre Länder et communes. Le modèle ressemble à un logiciel libre, sauf qu’ici le prestataire public opère lui-même le service.

Les petites communes ont longtemps dû signer un contrat individuel avec Dataport, ce qui freinait l’adoption. Un accord avec le groupement informatique des communes du Schleswig-Holstein a ouvert l’outil à toutes les collectivités du Land, via un contrat unique.

Sous le capot : fonctions, modèle et hébergement

LLMoin propose le résumé de textes, la recherche documentaire, la génération de texte et un mode expert pour le prompt libre, c’est-à-dire des consignes formulées sans gabarit. Il s’utilise dans un navigateur, sans lien obligatoire avec le réseau du Land, ce qui convient aux petites structures sans infrastructure lourde. Pour les communes, il tourne dans un environnement partagé du Twin Data Center de Dataport, avec des données séparées logiquement d’une collectivité à l’autre.

Le moteur n’est pas allemand. LLMoin s’appuyait au départ sur GPT-4o, puis sur GPT-4.1 selon des communications de 2025, des modèles obtenus via le cloud Azure de Microsoft depuis un centre de données situé dans l’Union européenne. Les documents des utilisateurs, eux, sont stockés exclusivement dans le centre de données de Dataport, conforme au Grundschutz, le référentiel allemand de sécurité informatique. Cette séparation entre le modèle, loué à l’extérieur, et les données, gardées à domicile, est le compromis que revendique l’éditeur. Elle contraste avec le discours de souveraineté qui accompagne l’outil français.

Un modèle américain, hébergé en Europe, sur des données gardées chez soi.

Le cousin français, à une autre échelle

La France a son propre équivalent : L’Assistant, opéré par la direction interministérielle du numérique (DINUM). Avant sa généralisation, il a été testé pendant dix mois par 10 000 agents dans six ministères pilotes (Justice, Finances, Éducation nationale, Culture, Enseignement supérieur et Recherche, services du Premier ministre). Le bilan de l’expérimentation publié par la DITP indique que 75 % des agents le jugent utile, avec des gains de temps de l’ordre de 12 % sur les tâches de rédaction.

Le gouvernement a confirmé le 16 juin 2026 un déploiement auprès d’environ un million d’agents de l’État. La presse spécialisée évoque un coût initial de 700 000 euros, tandis que des syndicats redoutent une déshumanisation du service public.

Comparer les deux compteurs serait hâtif. ActuIA, qui a relevé l’annonce de Dataport, souligne que les volumes d’usage ne sont pas directement comparables, faute de définition commune de ce qu’est un utilisateur. Côté français, l’outil a aussi évolué : les agents peuvent désormais y intégrer leurs propres bases documentaires (circulaires, notes de service, guides), et l’assistant cite alors les sources qu’il a mobilisées, une fonction annoncée par le ministre David Amiel. L’objectif affiché est de couvrir les quelque 2 millions d’agents publics, avec une offre sécurisée pour les données non classifiées.

Reste la question de la transparence vis-à-vis des usagers. Le guide d’usage de l’IA pour les agents publics de l’État recommande d’ajouter en pied de page la mention «Document rédigé avec l’assistance d’un outil d’IA générative et vérifié par [votre nom]», formule reprise du système de design de l’État.

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