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Les Américains ont abandonné leur base sous la glace du Groenland en 1967 : ce qu’ils y ont laissé refait surface en 2026

Les Américains ont abandonné leur base sous la glace du Groenland en 1967 : ce qu’ils y ont laissé refait surface en 2026

Une base militaire américaine entière, avec ses tunnels, son réacteur nucléaire et des centaines de milliers de litres de déchets toxiques, dort depuis près de soixante ans sous la calotte glaciaire du Groenland. Ce n’est pas une légende urbaine polaire : sous la calotte glaciaire du Groenland dort une base militaire américaine secrète, Camp Century, fermée en 1967, avec 200 000 litres de diesel, 240 000 litres d’eaux usées et du liquide radioactif qui menacent de refaire surface à mesure que la glace fond. Et depuis quelques mois, grâce à un vol radar de la NASA dont les images continuent de circuler en 2026, cette histoire de guerre froide retrouve une actualité inattendue.

À retenir

  • Une ville entière de 200 personnes a été construite sous la glace du Groenland en 1959, mais pourquoi l’armée américaine l’a-t-elle abandonnée si précipitamment ?
  • Les scientifiques découvrent que des dizaines de milliers de litres de carburant et de déchets radioactifs dorment toujours sous 30 mètres de glace : quelles seront les conséquences ?
  • Le réchauffement climatique pourrait exposer cette base cachée d’ici 75 à 100 ans, soulevant une question diplomatique majeure : qui paiera le nettoyage ?

Une ville entière creusée dans la neige compactée

Tout commence en 1959. L’Army Corps of Engineers construit Camp Century en 1959, présenté dans un film militaire comme une prouesse d’ingénierie : un foyer creusé dans la calotte glaciaire, assez grand pour accueillir jusqu’à 200 personnes. Le complexe n’a rien d’un simple bivouac. Le camp comptait 21 tunnels totalisant 3 kilomètres de long et était alimenté par un réacteur nucléaire. Un dispensaire, une chapelle, un cinéma : c’est au hasard d’un vol au-dessus du Groenland que des scientifiques du NASA Earth Observatory ont redécouvert cette ville dissimulée dans la calotte polaire depuis soixante-cinq ans.

Derrière la façade scientifique se cache un projet nettement plus inquiétant. Camp Century servait aussi de site secret pour tester la faisabilité du déploiement de missiles nucléaires depuis l’Arctique pendant la guerre froide. Le programme, baptisé Iceworm, visait des proportions vertigineuses : l’armée prévoyait de déployer 600 missiles, espacés de quatre miles chacun, et de construire 60 centres de tir, pour un total de 11 000 soldats vivant en permanence sous la glace. Autant dire la population d’une sous-préfecture française, enfouie à des centaines de kilomètres du pôle Nord. Le projet ne dépassera jamais le stade expérimental. La glace, contrairement aux prévisions des ingénieurs, s’est révélée mouvante et instable, forçant l’abandon du site.

Ce qui a été oublié là-bas

Quand l’armée referme la porte en 1967, elle ne fait pas de ménage. La décision est prise d’arrêter toute l’opération : à l’exception du réacteur nucléaire, qui est ramené aux États-Unis, tout le reste est laissé à l’abandon, matériaux, nourriture, carburants, déchets radioactifs, enfouis sous un peu plus de 30 mètres de glace. Le réacteur PM-2A, lui, connaît un sort presque ironique : hautement radioactif, il est démantelé et enterré dans une décharge nucléaire de l’Idaho, comme si l’Amérique avait simplement déplacé le problème d’un désert glacé à un désert de l’Ouest américain.

Une étude de référence, publiée en 2016 dans la revue Geophysical Research Letters, a fait l’inventaire de ce qui reste sur place. Le tableau donne le vertige : plus de 50 000 gallons de diesel, 63 000 gallons d’eaux usées et de liquide de refroidissement radioactif, des milliers de gallons d’eaux usées et une quantité inconnue de PCB demeurent enfouis dans l’installation abandonnée. Ramené en litres, cela représente à peu près 200 000 litres de gazole et 240 000 litres d’eaux usées, soit l’équivalent du contenu de plusieurs piscines olympiques dissimulé sous la neige. Camp Century repose aujourd’hui sous près de 30 mètres de neige et de glace, sur une superficie de déchets d’environ 136 acres, soit à peu près la taille de 100 terrains de football.

Pourquoi cette vieille histoire refait surface en 2026

Rien de tout cela n’a physiquement percé la glace. Mais l’actualité de 2026 tient à une redécouverte technologique. En avril 2024, le scientifique de la NASA Chad Greene volait à bord d’un Gulfstream III survolant le Groenland à 150 miles à l’est de la base de Pituffik, lorsque le radar a détecté de manière inattendue quelque chose enfoui dans la glace. Le témoignage du glaciologue Alex Gardner, du Jet Propulsion Laboratory, résume la surprise de l’équipe : « Nous cherchions le lit de la glace et Camp Century est apparu. » Les clichés radar, diffusés et largement repris depuis, ont donné une visibilité inédite à ce fossile de la guerre froide, relançant les articles et les débats sur son avenir jusqu’au printemps 2026.

Ce regain d’attention n’est pas seulement technique. Il s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu autour du Groenland, où Washington a multiplié les déclarations sur ses ambitions territoriales. Or la question reste sans réponse claire depuis des années : personne ne sait vraiment qui devrait payer la facture d’un éventuel nettoyage. Une équipe américaine avait contacté le département d’État à ce sujet il y a quelques années, et la requête avait fini renvoyée de service en service, du Pentagone jusqu’au ministère danois des Affaires étrangères, puis vers l’institut de recherche GEUS. un dossier qui voyage entre administrations sans jamais trouver de responsable désigné.

Un compte à rebours qui s’étire jusqu’à 2100

Faut-il s’alarmer dans l’urgence ? Les climatologues qui suivent le dossier depuis des années répondent plutôt non. Par 1967, l’armée avait abandonné la base en s’attendant à ce qu’elle reste naturellement ensevelie sous la neige et la glace accumulées, mais le réchauffement pourrait faire disparaître plus de glace que n’en apportent les nouvelles chutes de neige d’ici 75 ans, exposant potentiellement la base et ses déchets physiques, chimiques, biologiques et radiologiques quelques décennies plus tard. Une réévaluation menée en 2021 à partir de mesures météorologiques directes sur le site a d’ailleurs nuancé les premières estimations les plus alarmistes, repoussant l’échéance plutôt qu’en l’accélérant.

Le vrai basculement se jouera moins dans une explosion soudaine que dans une lente négociation diplomatique. Camp Century n’est ni une bombe à retardement immédiate ni un mythe sans conséquence : c’est un contrat implicite passé en 1967, fondé sur l’idée qu’il neigerait éternellement, que le changement climatique est en train de rendre caduc. Le jour où la glace rendra vraiment ses secrets, la question ne sera plus scientifique, mais politique : qui, entre Washington, Copenhague et Nuuk, ira chercher la pelle.

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