L’IA a permis de détecter 6,7 cancers pour 1 000 femmes, contre 5,7 sans elle. Cet écart d’un cas sur mille donne la hausse de 17,6 % mise en avant par une étude allemande, publiée dans la revue Nature Medicine.

Ce chiffre ne mesure pas une explosion des cancers, mais des tumeurs trouvées plus tôt.

À retenir
  • L’IA détecte 204 cas de cancer du sein manqués par l’analyse humaine dans l’étude allemande.
  • L’algorithme réduit les faux positifs et aide les radiologues à se concentrer sur les cas inquiétants.
  • À Stockholm, l’IA a augmenté la détection de 11,3 % et baissé les faux positifs de 21,9 % en un an.
  • En France, appliquer cette détection aux 2,7 millions de mammographies annuelles pourrait repérer environ 2 700 cancers supplémentaires.

Ce que dit réellement l’étude allemande

Le travail porte sur plus de 460 000 femmes suivies dans le programme de dépistage allemand. Ce programme prévoit que toutes les images soient lues par deux radiologues, comme en France. L’intelligence artificielle s’est greffée sur ce dispositif existant. Elle ne l’a pas remplacé.

Les auteurs indiquent que l’IA a mis en évidence 204 cas de cancer du sein qui auraient été ratés par l’analyse humaine. L’outil a aussi produit moins de faux positifs, ces alertes qui font soupçonner un cancer avant de se révéler sans gravité. Son traitement automatisé filtre les examens jugés normaux, ce qui permet aux médecins de se concentrer sur les cas inquiétants. Dans certains cas, il a même signalé des zones considérées comme normales lors d’un premier examen, révélant des cancers qui auraient pu passer inaperçus.

Le radiologue garde la décision et la responsabilité.

Stockholm et la Norvège : deux autres pièces au dossier

L’hôpital Saint Göran de Stockholm utilise l’IA pour le dépistage depuis juin 2023, et c’est le tout premier hôpital au monde à le faire. Un an plus tard, son service de radiologie notait une hausse de 11,3 % du taux de détection et une baisse de 21,9 % des faux positifs. L’algorithme attribue à chaque mammographie une note de 0 à 100, et le seuil a été fixé à 53,4, au-delà duquel les médecins prennent le relais.

Côté norvégien, une cohorte rétrospective de 116 495 femmes a montré que les scores de l’IA étaient plus élevés pour les seins qui développeraient un cancer, 4 à 6 ans avant leur détection. Il s’agit d’un travail d’analyse sur d’anciens clichés, pas d’une pratique clinique. Il suggère toutefois que certains signaux existaient bien avant le diagnostic, ce qui rejoint l’hypothèse des auteurs allemands : détecter plus tôt des cancers qui auraient été trouvés au cycle de dépistage suivant.

Et en France, où en est-on ?

Le dépistage organisé s’adresse aux femmes de 50 à 74 ans, qui bénéficient d’une mammographie tous les 2 ans, avec une double lecture systématique en cas de cliché normal ou bénin. Quelque 2,7 millions de mammographies de dépistage sont réalisées chaque année dans le pays. Le cancer du sein reste le plus fréquent chez la femme, avec 61 214 nouveaux cas diagnostiqués en 2023 et 12 600 décès en 2021. Une assistance qui allège la seconde lecture a donc de quoi intéresser les centres de coordination régionaux.

Un calcul rapide donne le vertige : un cas supplémentaire pour 1 000 mammographies, appliqué à 2,7 millions d’examens, représenterait environ 2 700 cancers repérés en plus chaque année. Mais ce chiffre reste une simple projection de ma part, pas un résultat. Comme le rappelle une analyse de Sciences et Démocratie, ces pourcentages viennent de contextes précis, et les transposer tels quels au dépistage français serait prématuré. Les premiers essais français sont attendus en 2026, avec une attention particulière aux faux positifs et aux situations compliquées comme les seins denses.

Moins d’une femme sur deux participe au dépistage organisé : 46,5 % en 2022-2023.

À ce taux s’ajoutent environ 10 % de femmes dépistées par démarche individuelle, ce qui laisse l’objectif européen de 70 % encore loin. Les promoteurs de l’IA évoquent par ailleurs une réduction de l’ordre de 12 % des diagnostics tardifs, un chiffre à confirmer à grande échelle.

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