Character Technologies, la société derrière Character.ai, a engagé une procédure de Chapter 11 devant le tribunal des faillites du district du Delaware. Le terme « faillite » est un raccourci, car ce régime américain sert à organiser une vente ou une restructuration, pas forcément à tout liquider. La plateforme reste en ligne et ses services restent accessibles pour le moment.

Disney a mis 20 millions de dollars sur la table pour une licence.

À retenir
  • Character Technologies a déposé une procédure de Chapter 11 au Delaware.
  • Disney propose 20 millions de dollars pour une licence non exclusive.
  • Quarante procureurs généraux réclament des garanties sur les données des utilisateurs.

Ce que le Chapter 11 change pour la plateforme

Le calendrier est serré. L’entreprise veut obtenir une vente supervisée par un tribunal d’ici la fin de l’année, dans l’espoir de faire vivre la plateforme sur la durée. Elle table sur une conclusion du processus en novembre ou en décembre. Si aucun acheteur ne propose de poursuivre l’activité, la plateforme sera démantelée. Deux issues sont donc sur la table : une reprise, ou l’extinction pure et simple du service.

Le 15 octobre 2026, la société a déposé l’avis d’ouverture de sa procédure, qui précise la date de la réunion des créanciers. Les documents judiciaires sont publiés sur un site tenu par Stretto, l’agent chargé des notifications.

Disney occupe la place du premier enchérisseur. Le groupe a accepté de payer 20 millions de dollars pour une licence perpétuelle et non exclusive sur la propriété intellectuelle de Character.ai. Il fournit aussi des services de transition, par l’intermédiaire d’anciens salariés de la start-up qu’il a embauchés. Karandeep Anand, arrivé à la direction de Character.ai l’an dernier pour redresser son image sur la sécurité, est devenu directeur technique de Disney le mois dernier.

Le contexte rend le rapprochement cocasse. Disney avait auparavant accusé la société d’utiliser sans autorisation ses personnages protégés. D’autres candidats pourront surenchérir dans le cadre de la vente aux enchères. Un adversaire juridique devient donc le premier acquéreur potentiel, à un prix modeste.

Des procès à la chaîne, une facture qui s’alourdit

Le dossier le plus connu concerne un adolescent de Floride. Sa famille affirmait qu’il était mort après une relation émotionnelle et sexuelle avec un chatbot surnommé « Dany ». Il s’agissait de la première plainte pour décès par négligence déposée aux États-Unis contre une entreprise d’IA, et elle a fait l’objet d’un accord en 2026. Au début de 2026, Character.ai et Google, lié à la start-up par un accord de licence, avaient accepté de régler plusieurs plaintes de familles qui évoquaient des suicides ou des automutilations d’adolescents. Les parents reprochaient à la plateforme de n’avoir prévu aucun mécanisme pour alerter un adulte quand un mineur passait trop de temps à discuter avec les bots.

Quarante procureurs généraux se sont invités dans la procédure.

Ils ont déposé un avis d’intérêt pour réclamer des garanties sur les données des consommateurs susceptibles d’être cédées dans la faillite. L’enjeu est concret : des millions de conversations intimes, échangées avec des personnages censés écouter sans juger, pourraient figurer parmi les actifs mis en vente. Plusieurs États ont par ailleurs poursuivi directement l’entreprise.

Le dossier de dépôt reconnaît que le divertissement par IA coûte cher à développer, et que ces coûts, associés aux risques de contentieux et au dialogue avec les régulateurs, ont empêché l’entreprise de dégager assez de trésorerie. Le modèle économique pesait donc autant que les poursuites. En un peu plus d’un an, la société avait pourtant atteint un milliard de dollars de valorisation après une levée de 150 millions. L’offre de Disney en représente 2 %, même si une licence partielle n’est pas l’entreprise entière.

Que deviendront les personnages ?

Les scénarios dépendent de l’enchère. Un repreneur qui veut garder le service actif conserverait les personnages et la base d’utilisateurs, avec des règles de sécurité probablement plus strictes. Un acheteur intéressé seulement par la technologie ou les données laisserait l’application s’éteindre. L’entreprise promet des « perturbations minimales » pendant la procédure, tout en admettant un risque de fermeture sans offre adéquate.

Créée en novembre 2021, la plateforme atteint ses cinq ans en pleine procédure.

Pour les utilisateurs, quelques gestes s’imposent dès maintenant. Mieux vaut éviter de confier des informations sensibles (santé, vie sentimentale, identité) à un service dont les données peuvent être vendues. Les personnages que l’on a créés ou aimés n’ont aucune garantie de survie, donc il vaut mieux noter ce qui compte avant une éventuelle fermeture. Les parents, enfin, peuvent profiter de l’occasion pour regarder l’usage qu’en font leurs adolescents, alors que la société avait ajouté des protections pour les mineurs après la multiplication des plaintes.

Dernier détail, qui compte : la licence de Disney est non exclusive. Elle ne bloque donc ni une vente de la plateforme à un tiers, ni l’apparition de concurrents. Les fondateurs Noam Shazeer et Daniel de Freitas ont de leur côté rejoint à nouveau Google, et la décision du tribunal est attendue d’ici la fin de l’année.

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