Un bandeau de capteurs posé sur le crâne, une minute de calibration, et un robot humanoïde qui bouge sans qu’un seul mot ne soit prononcé. C’est la scène qui a fait s’attrouper les visiteurs sur le stand de la deeptech française HABS lors de la 10e édition de VivaTech, à Paris. La société chinoise de robotique Unitree a présenté un robot humanoïde en collaboration avec la société française de neuro-IA HABS, dans une démonstration conçue pour permettre l’interaction entre les humains et les machines via l’activité cérébrale plutôt que par des commandes vocales. Fini le joystick, la télécommande ou même la voix : place aux ondes cérébrales brutes.
À retenir
- Un bandeau de capteurs EEG suffit pour piloter un humanoïde sans dire un mot
- HABS et Innov8 rivalisent avec des innovations chinoises qui évoluent à grande vitesse
- La France joue la carte du logiciel et de l’interface homme-machine face à la domination chinoise
Un casque, trois cartes, et un robot qui devine
Le principe tient en quelques gestes. Les visiteurs qui viennent sur le stand de HABS peuvent enfiler un bandeau bardé de capteurs pour analyser leurs ondes cérébrales pour tenter de faire deviner leur fond de pensée à un robot d’Unitree. Pas de quoi s’inquiéter pour autant : la machine ne va pas dénicher les souvenirs les plus enfouis du cerveau, mais elle doit réussir à identifier à quoi on pense parmi trois options. Concrètement, après une phase de calibration, une sorte de petit entraînement d’une minute pour permettre au bandeau d’avoir des « clés de déchiffrement » du cerveau, la personne est invitée à tirer l’une des trois cartes proposées : la première renvoie à une personne qu’on aime, la deuxième à une musique qu’on aime et la troisième à un petit calcul de mathématiques.
L’appareil utilisé relève de l’électroencéphalographie, une technologie non invasive bien connue en neurosciences. Les participants portaient un bandeau équipé d’un électroencéphalogramme (EEG), un appareil qui enregistre l’activité électrique dans le cerveau, tandis que le robot répondait aux commandes générées par le système. Rien d’implanté sous le crâne, donc, contrairement aux puces cérébrales invasives qui alimentent régulièrement les fantasmes de science-fiction. D’ailleurs, HABS a pris soin de s’en démarquer explicitement : l’expérience vise à mettre en lumière le potentiel de l’interface cerveau-machine, sans pour autant tomber dans l’extravagance d’une puce invasive qui pourrait susciter les pires angoisses, à l’image de la fameuse puce Neuralink d’Elon Musk. Un choix qui n’a rien d’anodin dans un contexte où l’acceptabilité sociale de ces technologies reste fragile.
HABS et Innov8, le duo derrière le « Neuralink français »
Derrière cette démonstration se cachent deux entreprises hexagonales aux rôles complémentaires. HABS s’est associé à Innov8, distributeur des robots humanoïdes du chinois Unitree en Europe. D’un côté, la deeptech qui décrypte le cerveau ; de l’autre, celle qui fournit le corps mécanique. HABS n’en est pas à son coup d’essai sur ce type de dispositif : le stand de HABS, souvent surnommé le « Neuralink » français, innove une nouvelle fois pour cette 10e édition du salon parisien, après avoir fait sensation l’an passé avec des macarons qui permettaient de relever en temps réel les émotions suscitées par la dégustation dans le cerveau.
Le PDG d’Innov8, Stéphane Bohbot, situe cette démonstration dans une logique de progression plus large. L’an dernier, l’accent était mis sur la robustesse physique des machines : « L’an passé, nous montrions à quel point les robots étaient stables avec des exercices d’équilibre. Les gens étaient fascinés par les capacités hardware des machines. » Cette année, le curseur s’est déplacé. « Cette année, on a voulu montrer l’intelligence de ces robots, au travers de leur capacité à raisonner. L’idée est de montrer que nous sommes dans la première phase de cette intelligence robotique », explique Stéphane Bohbot, PDG du groupe Innov8. Il ajoute une dimension plus inattendue, presque philosophique pour un salon tech : « C’est une opportunité pour mettre en lumière la compréhension des émotions par la machine. Finalement, on montre l’humanité du robot. »
Une prouesse française dans une course mondiale dominée par la Chine
Présentée comme une première mondiale par ses concepteurs, cette interface cerveau-machine en temps réel s’inscrit néanmoins dans une compétition planétaire où la France reste un acteur modeste. L’interface cerveau-machine en temps réel d’Unitree x HABS a été qualifiée de première mondiale exclusive, permettant de contrôler un robot humanoïde directement par l’activité cérébrale. Mais un mois seulement après VivaTech, une start-up chinoise a présenté une démonstration comparable et allant plus loin : BrainCo affirme qu’un bras robotique peut saisir un objet, comme une tasse ou une pomme, uniquement grâce aux intentions détectées par le casque, une plateforme qui fonctionnerait aussi avec des robots humanoïdes, des bras articulés ou encore des chiens robots. Un signal qui rappelle que la France avance sur ce terrain, mais rarement seule en tête.
Le poids de la Chine dans la robotique humanoïde en général donne d’ailleurs la mesure du chemin qui reste à parcourir pour les acteurs européens. Selon une étude du cabinet britannique Omdia, la Chine a fabriqué 87 % des 13 000 robots humanoïdes déployés dans le monde en 2025. Face à cette domination industrielle, la carte française se joue davantage sur le logiciel et l’interface homme-machine que sur la fabrication du robot lui-même, un positionnement qu’illustre bien l’association entre HABS, spécialiste du décryptage cérébral, et Unitree, fournisseur du châssis mécanique.
La vraie question posée par cette démonstration n’est pas tant technique que d’usage. Un robot capable de deviner entre trois cartes reste très loin d’un pilotage fin et fiable au quotidien, et personne chez HABS ou Innov8 n’a annoncé de date de commercialisation ni de prix pour un tel dispositif. Mais le signal envoyé à VivaTech est clair : la prochaine bataille des interfaces homme-machine ne se jouera peut-être pas seulement dans les laboratoires américains ou chinois, et Paris entend bien y avoir sa place lors des prochaines éditions du salon.
Sources : x.com | tech-connect.info


