Les développeurs informatiques arrivent en tête, avec 74,5 % de leurs tâches déjà couvertes par l’usage réel de l’IA. Viennent ensuite les conseillers du service client (70,1 %) et les opérateurs de saisie (67,1 %). Ce classement vient d’une étude qu’Anthropic a publiée le 5 mars 2026. Il mesure ce que l’IA fait aujourd’hui dans les entreprises, pas ce qu’elle pourrait faire un jour.
- Les développeurs informatiques arrivent en tête, avec 74,5 % de leurs tâches couvertes par l’usage réel de l’IA.
- Les jeunes de 22 à 25 ans voient leur emploi reculer de 6 à 16 % dans les métiers exposés.
- L’étude ne contient aucun chiffre équivalent pour le marché du travail français.
Un classement bâti sur l’usage réel, pas sur des prédictions
Les économistes d’Anthropic, Maxim Massenkoff et Peter McCrory, ont baptisé leur indicateur « observed exposure ». Il s’appuie sur la base O*NET, qui répertorie les tâches de 800 métiers américains, et sur les données d’usage de Claude issues de l’Anthropic Economic Index. S’y ajoute une métrique de 2023 (Eloundou et al.), qui évalue si un modèle peut accélérer une tâche d’au moins 50 %. Les pipelines automatisés pèsent plus lourd que l’assistance à un humain dans le calcul.
L’écart avec la théorie est massif. Dans les métiers de l’informatique et des mathématiques, les systèmes d’IA pourraient théoriquement traiter 94 % des tâches, alors que l’usage réel en couvre environ 33 %.
Les raisons de ce décalage tiennent, selon les limites techniques des modèles, les contraintes juridiques et la nécessité d’une validation humaine. Le service client, lui, doit sa deuxième place à un usage précis : ses tâches principales apparaissent de plus en plus dans le trafic de l’API, c’est-à-dire dans des chaînes automatisées. Une réponse type à un client se délègue plus facilement qu’une décision d’architecture logicielle.
Des métiers qualifiés, bien payés, et déjà très sollicités
Derrière le podium, le classement s’étire vers des professions de bureau. Les spécialistes des dossiers médicaux atteignent 66,7 %, les analystes d’études de marché 64,8 %, les commerciaux grossistes et industriels 62,8 % et les analystes financiers 57,2 %. Tous ont en commun un travail dont la production est du texte, du code ou des chiffres. Ce sont précisément les formats qu’un modèle de langage sait produire directement.
Environ 30 % des travailleurs américains n’apparaissent pas du tout dans ces données.
Contre l’idée reçue, ce ne sont pas les emplois les moins qualifiés qui sont en première ligne. Les travailleurs concernés sont en moyenne plus diplômés, plus expérimentés et mieux rémunérés que ceux des métiers peu exposés. Leurs revenus moyens sont supérieurs de 47 %, et 17,4 % détiennent un diplôme de troisième cycle, contre 4,5 % dans le groupe sans exposition.
Le premier rapport de l’Economic Index avait déjà posé ce paradoxe. Les shampouineurs et les obstétriciens, aux deux extrémités de l’échelle salariale, affichaient tous deux un usage très faible de l’IA, des métiers où la dextérité manuelle compte beaucoup.
Les jeunes diplômés encaissent le premier choc
Le signal d’alerte concerne les débutants. Selon Brynjolfsson et al., l’emploi des 22-25 ans recule de 6 à 16 % dans les métiers exposés. Les auteurs l’attribuent surtout à un ralentissement des embauches plutôt qu’à des départs. Les postes ne disparaissent pas, ils cessent de s’ouvrir aux juniors.
Le tableau global reste nuancé. Les travaux d’Anthropic ne relèvent aucune hausse statistiquement significative du chômage depuis le lancement de ChatGPT. Les projections de l’agence américaine des statistiques du travail (BLS) jusqu’en 2034 montrent qu’un gain de 10 points de couverture par l’IA réduit de 0,6 point la croissance prévue du métier. L’effet est faible, mais il va dans un seul sens. Pour un développeur à 75 % d’exposition, le calcul donne un recul d’environ 4,5 points de croissance projetée par rapport à un métier à zéro.
Exposition ne veut pas dire remplacement : le même chiffre peut signaler un gain de productivité.
Les données d’usage vont d’ailleurs dans ce sens. Dans le premier rapport de l’Economic Index, l’usage de l’IA relevait à 57 % de l’augmentation, où elle assiste l’humain, contre 43 % d’automatisation.
Que faire de ce classement en France
L’étude ne contient aucun chiffre équivalent pour le marché du travail français.
Les métiers analysés viennent de la nomenclature américaine O*NET, et les usages observés ne reflètent que ceux des utilisateurs de Claude, forcément tournés vers le texte et le code. Un développeur parisien et un développeur de Chicago n’ont pas les mêmes tâches ni les mêmes contraintes réglementaires. Le classement donne une direction, pas un verdict sur votre poste.
L’exercice le plus utile consiste à découper son propre poste en tâches. Rédiger, coder, saisir, résumer ou trier des documents relèvent du terrain où l’IA est déjà active, alors que la négociation, l’arbitrage et le contact humain en sont encore loin. Les juges, thérapeutes et négociateurs s’appuient sur un jugement contextuel complexe, et les psychologues, accompagnants et enseignants sur des relations de confiance. Un salarié dont 70 % des tâches sont de la première catégorie a intérêt à déplacer son temps vers la seconde, avant que son employeur ne le fasse à sa place.
Anthropic prévient que le paysage du marché du travail pourrait changer en peu de temps, et prévoit de répéter ses analyses au fil du temps. Le chiffre de 33 % de couverture dans l’informatique est donc un instantané de début 2026, pas une limite.
Sources : presse-citron.net | algomind.ai

