Une barrette de DDR5 32 Go qui coûtait une centaine d’euros début 2025 se négocie aujourd’hui à plus de 400 euros. Ce n’est pas une exagération de comparateur de prix paniqué : c’est la réalité du marché français, confirmée par plusieurs suivis indépendants de prix. La DDR5 32 Go dépasse 400 € en 2026, une hausse de 344 %. Et le pire reste peut-être à venir.
Le coupable n’a pas de visage précis, mais un nom bien identifié : l’intelligence artificielle. Plus exactement, la course effrénée des géants du cloud à sécuriser chaque gigaoctet de mémoire disponible sur la planète, quitte à verrouiller des années de production à l’avance.
- Les barrettes DDR5 32 Go ont quadruplé de prix en un an, passant de 100 € à plus de 400 €
- OpenAI réserve 900 000 wafers de DRAM par mois, et les hyperscalers ont verrouillé toute la production 2027
- Les fabricants de PC répercutent la hausse : HP paie 35 % de ses matériaux en mémoire au lieu de 15-18 % auparavant
- L’IA devrait consommer 20 % de la production mondiale de DRAM en 2026, contre une part mineure auparavant
Des acomptes versés pour réserver toute la production 2027
Les acheteurs hyperscale ont déjà verrouillé la quasi-totalité de la capacité mondiale de production de DRAM pour 2027, en versant des acomptes pour garantir leur approvisionnement. Microsoft, Google, Meta, Amazon : ces noms se disputent des wafers de silicium comme d’autres se disputent des barils de pétrole en temps de crise. Ces hyperscalers, qui approchent collectivement les 725 milliards de dollars de dépenses d’infrastructure IA en 2026, ont réservé la majeure partie de la production 2027 des trois fabricants.
OpenAI pousse le curseur encore plus loin. L’entreprise achète directement des wafers de DRAM bruts, non découpés et sans spécification DDR5 ou HBM, ce qui lui permet d’en faire ce qu’elle veut une fois fabriqués. Résultat : environ 900 000 wafers par mois sont désormais exclusivement réservés à son infrastructure. De quoi comprendre pourquoi il ne reste plus grand-chose pour les PC de bureau.
La HBM, cette mémoire qui aspire tout
Techniquement, le problème tient en un empilement de couches de silicium. La HBM empile plusieurs couches de DRAM pour atteindre environ un téraoctet par seconde de débit, douze fois plus rapide que la DDR5 classique, mais fabriquer un gigaoctet de HBM consomme environ quatre fois plus de capacité de wafer que la RAM conventionnelle. Chaque puce IA vendue par Nvidia ou AMD engloutit donc mécaniquement des ressources qui auraient pu produire de la DDR5 grand public.
Les chiffres de production le confirment. L’IA devrait consommer 20 % de la production totale mondiale de DRAM en 2026, une part appelée à croître encore à mesure que les data centers se multiplient. Sur le segment spot, plus volatil, la bascule a été brutale : les prix des puces DDR5 sont passés de 6,84 dollars par gigaoctet en septembre 2025 à 27,20 dollars en décembre 2025, soit près de quatre fois plus en un seul trimestre.
Micron a tiré les conclusions les plus radicales. Le fabricant a annoncé sa sortie complète du marché grand public et la disparition progressive de la marque Crucial, ses lignes étant réorientées vers les mémoires haut de gamme destinées aux data centers d’IA. Une marque connue de millions de particuliers, rayée de la carte en quelques mois.
Des PC plus chers, des constructeurs qui répercutent la facture
Les fabricants d’ordinateurs subissent le choc de plein fouet. HP a révélé lors de son bilan du premier trimestre 2026 que les coûts mémoire représentaient 35 % des matériaux d’un PC, contre 15 à 18 % auparavant. Chez Dell, la réponse a été directe : le groupe prévoirait une hausse tarifaire pouvant ajouter plusieurs centaines de dollars au prix de ses machines.
Le grand public paie déjà la note. En Europe, la tendance suit celle des États-Unis. Les prix moyens de la RAM ont grimpé de 345 % comparé à septembre 2025, selon le suivi du site allemand ComputerBase. Même la DDR4, technologie censée être en fin de vie, n’échappe pas à la flambée : elle a augmenté encore plus que la DDR5 en proportion, avec +172 % sur le marché spot contre +76 % pour la DDR5, faute de production suffisante pour répondre à une demande résiduelle mais bien réelle.
Pas de retour à la normale avant 2028, au mieux
Les dirigeants du secteur ne laissent guère d’espoir à court terme. Le PDG de SK Hynix, Kwak Noh-jung, a prévenu que 2027 serait la pire année pour l’approvisionnement en mémoire de l’histoire de l’industrie, avec une demande qui dépassera la capacité de production jusqu’en 2030. Une déclaration qui a de quoi glacer n’importe quel acheteur patientant pour monter sa configuration.
Les nouvelles usines, seule vraie solution structurelle, arrivent trop tard pour soulager le marché à court terme. La nouvelle usine Yongin Y2 de SK Hynix ne vise sa première salle blanche qu’en juin 2029, tandis que la mégafabrique Pyeongtaek P5 de Samsung ne prévoit une production de masse que dans la seconde partie de 2028. Trois ans d’attente minimum avant qu’un afflux de capacité vienne desserrer l’étau.
Un signal contraire mérite néanmoins d’être noté. L’analyste Shuli Ren de Bloomberg Intelligence a publié en juillet 2026 une étude estimant que la pénurie mondiale de mémoire pourrait avoir déjà atteint son pic au deuxième trimestre 2026. Une voix isolée face au consensus, mais qui rappelle qu’aucune prévision de marché n’est gravée dans le marbre. Reste que pour l’acheteur qui veut monter un PC aujourd’hui, la seule certitude tangible, c’est la facture qui s’affiche en caisse.
Sources : travail-industrie.com | hardwarecooking.fr | dropreference.com
