Bitchat annonce 300 mètres de portée sans antenne ni Wi-Fi, mais ce chiffre est théorique. Il s’obtient grâce à la chaîne d’utilisateurs, qui étend la couverture bien au-delà de la portée initiale du Bluetooth. Entre deux téléphones isolés, la portée directe est de 10 à 30 mètres selon l’environnement.

Tout dépend donc du nombre de personnes autour de vous.

À retenir
  • La portée directe entre deux téléphones n’est que de 10 à 30 mètres.
  • Les messages passent de téléphone en téléphone, jusqu’à 7 sauts maximum.
  • L’application est gratuite, sans compte, et fonctionne sur iOS 16 et Android 8.0 ou plus.

Comment un Bluetooth à 30 mètres en couvre dix fois plus

Chaque téléphone qui a l’application ouverte devient automatiquement un point de relais pour les messages des autres utilisateurs à proximité. Un message destiné à quelqu’un situé à 250 mètres passe de téléphone en téléphone jusqu’à destination, sans jamais toucher un serveur ni une antenne mobile. Le dépôt GitHub du projet précise que les messages transitent par les appareils voisins, avec un maximum de 7 sauts. Les 300 mètres relèvent donc du meilleur cas, dans une zone dense. TechCrunch, lors du lancement, retenait plutôt environ 100 mètres pour un usage courant.

L’application ne vit pas uniquement de Bluetooth. Elle repose sur une double architecture : le mesh Bluetooth hors ligne, et le protocole Nostr pour la messagerie via internet. Selon un descriptif de l’appli, elle sélectionne automatiquement le meilleur transport disponible.

Plusieurs mécanismes limitent la consommation et le bruit sur le réseau. Les messages sont compressés en LZ4 et des modes de batterie adaptatifs sont prévus. Les paquets sont aussi complétés pour atteindre des tailles fixes, afin de gêner l’analyse de trafic, et des filtres de Bloom évitent la duplication des messages dans le maillage.

Un million de téléchargements en quelques jours

Le jeudi 22 octobre, Bitchat était numéro 1 de la catégorie réseaux sociaux de l’App Store en France, et neuvième du classement général, devant l’application de Canal+. Sur Android, elle comptabilise plus d’un million de téléchargements.

Jack Dorsey a réagi sur X avec un simple drapeau français.

Le contexte explique la ruée. Depuis les violentes manifestations du 17 octobre 2026 contre la vie chère, qui ont dégénéré en pillages, l’intérêt pour la technologie a explosé. La flambée est aussi arrivée au lendemain de la panne nationale d’Orange du 21 octobre, qui a privé des millions d’abonnés de réseau mobile pendant près de dix heures. Des appels à l’installer « pour la prochaine manif » ont circulé, afin de rester joignable si le réseau est saturé, coupé ou restreint. Ce schéma n’est pas nouveau : des Népalais l’ont installée en septembre 2025 pendant l’interdiction des réseaux sociaux, puis elle a grimpé en Jamaïque lors de l’ouragan Melissa.

Les États ne regardent pas ce succès d’un bon œil. New Delhi a réclamé son retrait de Google Play et de l’App Store, et Apple a dû la retirer de l’App Store chinois au printemps 2026 à la demande du régulateur local.

Ce que la messagerie ne promet pas

Le projet est né d’un week-end de bricolage. Dorsey a lancé l’application en juillet 2025 en promettant une messagerie « sécurisée » et « privée », puis il a lui-même reconnu qu’elle n’avait pas été testée sur le plan de la sécurité. Un chercheur, Alex Radocea, avait montré qu’il était possible d’usurper l’identité d’un contact et de tromper ses correspondants.

Depuis, le chantier a avancé. Le projet est passé au protocole Noise, qui assure un chiffrement de bout en bout, avec confidentialité persistante pour les sessions en direct. D’après la newsletter Nostr Compass de janvier 2026, un audit a été confié à Cure53, société qui a aussi examiné Signal, et les notes de version font état de corrections de failles, dont trois jugées critiques et sept de gravité élevée. Autre réserve notée par les développeurs : le courrier en différé, stocké puis relayé, est scellé sans cette protection supplémentaire.

Les observateurs la présentent comme un complément. Elle sert au scénario où le réseau lui-même a disparu, pas à remplacer une messagerie auditée. Côté données, la fiche App Store indique que le développeur ne collecte aucune donnée avec l’application.

À installer avant d’en avoir besoin

Le premier réflexe est de la télécharger maintenant, puisqu’il faut une connexion pour l’obtenir. Elle est gratuite, sans publicité, et tourne sur iPhone à partir d’iOS 16 et sur Android à partir de la version 8.0, les deux versions pouvant discuter entre elles. Aucun compte à créer : on arrive directement sur une boîte de messagerie instantanée et on choisit un pseudo, modifiable à tout moment.

Le réseau ne vaut que par ses participants. Seul dans une rue vide, votre téléphone ne trouvera personne à qui parler, alors qu’une foule équipée de l’appli, ouverte en tâche de fond, forme un maillage dense. Une personne qui craint la saisie de son téléphone dispose aussi d’une parade : un « mode panique » efface toutes les données d’un triple appui sur le logo de l’application. Reste à convaincre vos proches de l’installer, car une messagerie sans interlocuteur ne sert à rien.

Le projet embarque aussi des fonctions liées à Bitcoin et Cashu pour des échanges hors ligne, mais ce n’est pas la raison principale du succès : c’est d’abord la messagerie maillée anti-panne.

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